Le HC Lugano a un problème et il s'appelle Simon Hrubec
C’est un miracle. Comme si des ânes s’étaient soudain transformés en chevaux de course.
Il y a un an, après avoir terminé la saison régulière à la 13e place, Lugano avait assuré son maintien en National League au terme de six matchs éprouvants, lors du play-out contre Ajoie. La pire saison des Tessinois depuis leur retour dans l'élite au printemps 1982.
Un an plus tard, tout a changé: nouveaux entraîneurs, nouveau directeur sportif, et des résultats radicalement différents. Désormais, Lugano tient tête aux ZSC Lions en quarts de finale des play-offs. Les Zurichois ont certes remporté le premier match 3-0, mais ce résultat est totalement trompeur. Réputée pour son objectivité, la NZZ affirme ainsi:
Les statistiques viennent étayer cette thèse. Lugano a davantage tiré au but (24-21) et a généré plus d’expected goals. Cependant, en play-offs, seule la victoire compte. Les statistiques ne sont rien. Elles ne servent qu’à consoler les perdants. Celui qui remporte le match est le meilleur, point final.
Malgré tout, les éloges envers les Tessinois sont mérités: Lugano a accroché le double champion en titre. Mais au final, tout s’est joué au niveau des gardiens. Niklas Schlegel, côté luganais, est certes un bon portier, mais il n’est pas exempt de tout reproche sur l’ouverture du score. Il ne possède pas non plus le talent de son homologue zurichois.
Finalement, le premier acte des play-offs peut se résumer ainsi: un match Lugano vs Simon Hrubec. Le dernier rempart zurichois a déjà permis à ses coéquipiers de remporter deux titres et de triompher en Ligue des champions. Il a désormais parfaitement lancé son équipe dans ces play-offs, multipliant les arrêts décisifs dans les moments clés et écœurant les attaquants luganais. En vérité, le huitième jour, Dieu créa Simon Hrubec! L’entraîneur des ZSC Lions, Marco Bayer, ne souhaitait certes pas réduire cette soirée à son gardien, mais il en a tout de même fait l’éloge:
Il est vrai que les autres joueurs ont eux aussi été bons. Pour la première fois de la saison, les Zurichois ont aligné leur équipe au complet. Denis Malgin était même de retour, après s'être blessé à l'épaule contre le Canada. Son importance est désormais claire: il fait partie des rares joueurs de la ligue capables de rendre une équipe imprévisible pour l’adversaire. Avec Malgin, les ZSC Lions sont une toute autre formation. Il a inscrit le but du 1-0, que Lugano n'est jamais parvenu à rattraper.
Lugano ne remportera probablement pas le titre, mais, 20 ans après son dernier sacre, l’équipe mérite amplement des éloges. Un club a-t-il déjà connu une évolution aussi spectaculaire en l’espace d’une seule année? Probablement pas. Et ce ne sont ni des recrues coûteuses, ni des individualités exceptionnelles qui font le renouveau du HC Lugano. C’est une question de culture: la preuve que des personnalités fortes peuvent transformer une organisation.
Nouveaux entraîneurs, nouveau directeur sportif, nouveau souffle, nouvelle identité: les gros chats, vivant tranquillement sous les palmiers, sont devenus en quelque sorte les Lakers des riches. Le directeur sportif Janick Steinmann et l’entraîneur Stefan Hedlund ont quitté Rapperswil-Jona pour rejoindre le Tessin. En tant qu’entraîneur adjoint, Hedlund est bien plus qu’un simple assistant du nouveau coach principal, Tomas Mitell. Les deux Suédois forment un véritable duo à la tête de l’équipe.
Depuis des années, les Lakers tirent le meilleur parti de leurs capacités. La discipline de Lugano, son jeu structuré, sa ténacité, sa combativité, sa passion et son intensité rappellent aujourd'hui les meilleures soirées des Saint-Gallois sous la houlette de Stefan Hedlund. Et il ne fait aucun doute que Lugano dispose de moyens financiers supérieurs et d’un effectif plus talentueux que Rapperswil-Jona.
Le Suédois trouve amusante cette comparaison avec son ancien employeur: «Ce n’est pas à moi de parler des similitudes entre les Lakers et Lugano. Ce que je peux dire, c’est que cette équipe a du cœur. Elle est convaincue, elle a de la volonté. Malheureusement, nous n’avons pas marqué aujourd’hui. Mais si nous parvenons à reproduire cette performance tout au long de la série, nous aurons de bonnes chances».
Luca Fazzini incarne à lui seul la progression du HC Lugano. A 31 ans, ce pilier du vestiaire réalise sa meilleure saison et a été, avec 47 points, le Luganais le plus décisif en saison régulière. Aucun autre Suisse n’a accumulé autant de points cette saison au sein de la ligue.
«Fazzini est un modèle», affirme Stefan Hedlund. «Il est toujours le premier à arriver à la patinoire le matin. Il joue de manière sensationnelle. Et c’est un signal important. Ces dernières années, Lugano avait du mal à faire progresser ses joueurs. Mais aujourd’hui, c’est différent.»
A la 37e minute du premier acte des quarts de finale, l’attaquant de Lugano a failli égaliser. Son tir n’a manqué le cadre que de quelques millimètres. Sur cette action, Simon Hrubec était battu. Mais, comme souvent chez les grands gardiens, la chance était de son côté.
L’écart entre les deux équipes est minime. Peut-être que Lugano parviendra à embêter les ZSC Lions. Il est fort probable que cette série se transforme en un drame en sept matchs. Mais au final, tout se résume à une seule question: Lugano, avec Schlegel, peut-il battre Hrubec? Niklas Schlegel n’a encore jamais remporté de titre, tout le contraire de Simon Hrubec, solide, calme et impérial dès qu'il le faut, c'est-à-dire en play-offs.
