Spécialiste de ski-alpinisme, Romain Ducret (médaillon) ne se réjouit pas de suivre les épreuves de la discipline proposées aux Jeux de Milan-Cortina.Image: keystone/dr/watson
Un Romand dénonce: «Les JO dénaturent notre sport»
Pour Romain Ducret, «il aurait été préférable de renoncer au ski-alpinisme aux Jeux plutôt que d’y proposer les épreuves organisées cette semaine à Bormio».
Les Jeux de Milan-Cortina accueillent un petit nouveau puisque pour la première fois de l'histoire, le ski-alpinisme est intégré au programme olympique. Mais les épreuves, auxquelles quatre Suisses en quête de médailles participeront jeudi et samedi à Bormio, ne réjouissent pas vraiment les amoureux de cette discipline.
Le double champion du monde Rémi Bonnet a carrément décidé de ne pas se présenter au départ car il ne reconnaît pas son sport.
Rémi Bonnet a décidé de ne pas participer aux JO de Milan-Cortina. Image: KEYSTONE
«Je n’ai pas entendu un seul connaisseur du ski-alpinisme soutenir le format proposé aux Jeux», relève Romain Ducret, joint par watson. Ce Romand est une personnalité du «skimo» (le surnom de la discipline) puisqu'il est co-fondateur des championnats et de la Coupe suisses ainsi que de l'équipe nationale. Il a également participé à toutes les Patrouilles des glaciers depuis 1984.
«Comme un trail en indoor»
Il rappelle que «l'essence de ce sport a toujours été de gravir une ou plusieurs montagnes puis de les descendre le plus rapidement possible». Ce ne sera pas le cas aux JO, les organisateurs ayant décidé de proposer deux formats courts: le sprint (hommes et femmes) et le relais mixte. «Vous allez peut-être trouver que j’exagère, mais c’est un peu comme remplacer le curling par un jeu de boules, ou réduire le trail de montagne à un 80 mètres sur piste indoor», assène Romain Ducret.
En suivant cette logique, il estime que le CIO aurait dû renommer sa discipline. «Elle n'a rien à voir avec notre pratique de compétition. En l'état, j'aurais d'ailleurs préféré qu'elle ne figure pas au programme des JO, mais puisqu'elle y est, il aurait fallu lui trouver un autre nom afin de ne pas dénaturer notre sport.»
Un risque pour l'avenir
Milan-Cortina avait-il toutefois les moyens logistiques et les infrastructures pour proposer une compétition fidèle à l'essence du «skimo» telle que Romain Ducret la considère? Notre expert est persuadé que oui.
«À l’époque, lorsque nous avions lancé la Coupe de Suisse et le championnat national, nous avions créé quelques courses organisées à côté des pistes, dans le véritable esprit du ski-alpinisme. Les parcours passaient devant des restaurants d’altitude, ce qui avait suscité l’intérêt des médias et attiré de nombreux spectateurs. Aux JO, avec un peu de créativité, ce serait tout à fait possible de faire la même chose. Il suffirait de partir à proximité d’un télésiège, de quitter les pistes balisées en empruntant des couloirs, d’enchaîner plusieurs montées et de belles descentes, et le tour serait joué.»
Romain Ducret, qui avait déjà pris contact avec le CIO dans les années 90 pour que son sport intègre le programme olympique dans son format original, sait que les JO sont une formidable vitrine pour les disciplines représentées. Elles permettent à des millions de téléspectateurs de découvrir de nouvelles disciplines et il n'est pas rare, dans les mois et les années qui suivent, de constater une hausse de licenciés dans les clubs.
«Mais en proposant deux formats éloignés de ceux que l'on trouve habituellement dans les grandes courses, le CIO manque l'occasion de susciter des vocations», songe Romain Ducret, inquiet.
«Aujourd’hui, quand j’entends des jeunes dire qu’ils s’entraînent dans l’espoir d’aller aux JO, je ne peux m’empêcher d’être inquiet. En suivant cette préparation spécifique, ils participeront à très peu d’épreuves des championnats suisses, européens ou mondiaux, car ce n’est tout simplement pas la même discipline. Le risque majeur, à terme, est de voir diminuer le nombre de participants, ce qui pourrait freiner, voire compromettre, le développement de notre sport.»