La Norvège domine les JO grâce à cette trouvaille
Dans le tableau des médailles de toute l'histoire des Jeux olympiques d'hiver, la Suisse – une fière nation de sports d'hiver – se classe au 8e rang avec 69 breloques d'or. La Norvège compte près de 100 titres olympiques de plus et occupe ainsi la 2e place derrière l'Allemagne. Mais les Scandinaves – leaders du classement dans ces JO 2026 de Milan-Cortina – réduisent l'écart à toute vitesse et devraient bientôt s'emparer de la tête.
Pourtant, la Norvège est un pays d'environ 5,6 millions d'habitants seulement. La Suisse en compte plus de neuf millions. Mais ce sont bien les Norvégiens qui dominent le classement depuis plusieurs éditions D'autres nations – bien plus peuplées – comme les Etats-Unis, le Canada ou la France n'ont aucune chance. Voici ce qui se cache derrière le succès de la Norvège.
Le plaisir du sport pour tous
«Tout le monde fait simplement du sport», déclare l'ex-biathlète Tiril Eckhoff (35 ans). La question n'est pas de savoir si l'on fait du sport en Norvège, mais lequel, explique la double championne olympique. Une affirmation confirmée par l'icône du biathlon Ole Einar Björndalen (52 ans):
Le sport y est bien plus ancré dans la culture que dans d'autres pays. «Tout le monde sait skier», affirme le journaliste Rasmus Lie de la chaîne de télévision TV2. Dans les régions rurales, il arrive même que des enfants se rendent à l'école à skis.
Le sport n'est pas perçu en Norvège comme un supplice ou un moyen d'arriver à ses fins, mais comme un moment de joie. Tout le monde veut y participer, souligne Björndalen.
Le fait qu'il y ait autant d'athlètes de haut niveau dans les sports d'hiver est aussi lié à la philosophie de la Fédération norvégienne des sports (NIF): celle-ci s'est donné pour mission de promouvoir le plaisir. «Joy of Sport – for All» («Le plaisir du sport – pour tous») est le slogan d'un guide de politique sportive publié par la NIF il y a 15 ans.
Lors des compétitions sportives pour les enfants jusqu'à douze ans inclus, les résultats ne jouent aucun rôle. On ne prête pas de grande attention aux classements, rapporte également le journaliste Sander Smördal de TV2:
Pression retardée le plus longtemps possible
Un système similaire existe au sein de la fédération anglaise de football, la FA, qui figure parmi les pionnières mondiales en matière de formation des jeunes. On y trouve par exemple la règle selon laquelle aucun résultat ne doit être publié dans les catégories allant des U7 aux U11. Dans le football autrichien également, les classements ont été supprimés jusqu'aux U12.
L'objectif est le même que dans le ski norvégien: les enfants doivent s'amuser et ne pas se laisser influencer par les résultats. «Le plaisir est un élément important de la culture des clubs norvégiens», explique Tiril Eckhoff.
Elle-même dit avoir adoré les nombreuses compétitions de relais durant son enfance.
Dans d'autres pays, la suppression de classement chez les juniors est en revanche vue d'un œil critique. En Norvège, ce concept fait pourtant partie intégrante du succès dans les sports d'hiver.
La philosophie norvégienne sous-jacente correspond à un dicton national, explique le journaliste sportif Rasmus Lie: «Flest Mulig, lengst mulig», ce qui signifie en français:
Les enfants doivent bouger le plus possible et ne pas arrêter à l'adolescence. Mais cela ne fonctionne que s'ils ne perdent pas le plaisir de pratiquer, précise Tiril Eckhoff.
C'est pourquoi, en Norvège, chez les jeunes enfants, soit tout le monde reçoit une coupe, soit personne n'en reçoit. On veille également à ce qu'ils n'aient pas à passer beaucoup de temps en voiture ou en train le week-end. «Les compétitions sont plutôt régionales», détaille Eckhoff.
Calgary 1988 comme basculement
La Norvège n'a pourtant pas toujours dominé les Jeux olympiques d'hiver. En 1980, à Lake Placid, les Scandinaves n'avaient décroché qu'une seule médaille d'or; même le Liechtenstein, grâce à Hanni Wenzel, avait eu plus de succès. En 1984, à Sarajevo, la Norvège était restée derrière la Suède et la Finlande. Les Jeux de Calgary en 1988 sont toutefois considérés comme le point de bascule de l'histoire sportive norvégienne. Six ans avant les Jeux à domicile de Lillehammer (1994), le pays était resté totalement bredouille en médailles d'or.
Il fallait que cela change. Un an après Calgary, la NIF a fondé une organisation nommée «Olympiatoppen», dotée d'un centre de sport d'élite à Oslo. L'idée derrière Olympiatoppen était de créer un lieu pour le développement des compétences et de la culture de la performance dans le sport d'élite norvégien, sans se limiter à une seule discipline. Tout le monde devait en profiter.
Depuis lors, la Norvège mutualise ses compétences au niveau des entraîneurs. Les entraîneurs nationaux des différentes disciplines n'ont plus de secrets les uns pour les autres, rapportent Rasmus Lie et Sander Smördal de TV2. Ce dernier détaille:
Ce savoir est ensuite transmis aux athlètes qui peuvent alors, entre autres, optimiser leur entraînement et leur nutrition.
La question de l'argent
Dans bien des endroits, le principal moteur d'une carrière dans le sport de haut niveau n'est pas le savoir, mais l'argent. Le grand public imagine que tous les athlètes qui ont atteint le sommet sont riches. Dans un pays prospère comme la Norvège, on pourrait penser que les athlètes reçoivent beaucoup d'argent. Mais c'est tout le contraire. «Dans d'autres pays, certains athlètes sont payés à 90 % par l'Etat et à 10 % par des sponsors. En Norvège, c'est l'inverse», explique Ole Einar Björndalen.
Il existe certes des bourses, mais elles ressemblent davantage à un revenu de base qu'à un financement complet. Par conséquent, les athlètes norvégiens doivent eux-mêmes susciter l'intérêt des sponsors pour pouvoir se permettre une carrière professionnelle à long terme. «A un jeune âge, c'est très difficile, surtout si l'on ne vient pas d'une famille aisée», témoigne Björndalen. Il poursuit:
Tiril Eckhoff a également dû gagner de l'argent en parallèle pour devenir athlète professionnelle. Est-ce que cela l'a aidée à développer le mordant nécessaire? «Peut-être», répond-elle.
Les appels à un soutien financier accru de la part des fédérations se font entendre. La patineuse de vitesse Ragne Wiklund a récemment parlé ouvertement des problèmes financiers de certains athlètes de pointe. «Je sais combien il est difficile de trouver des sponsors. Il n'y a que très peu d'athlètes qui mènent une vie glamour», confie la médaillée de bronze sur 5 000 mètres.
Les athlètes ne reçoivent pas même d'argent pour une victoire olympique. Alors que Swiss Olympic verse 50 000 francs pour une médaille d'or, 40 000 pour l'argent et 30 000 pour le bronze, il n'y a pas un centime en Norvège. Le biathlète Vetle Sjastad Christiansen a commenté à ce sujet, après sa médaille d'argent avec le relais.
Même si les primes élevées ne font pas partie du concept de succès norvégien, les autres facteurs s'imbriquent les uns dans les autres. Une culture sportive profondément ancrée, des lignes directrices claires pour la relève et un système de sport d'élite qui partage le savoir entre les disciplines.
Le succès n'est pas décrété, il est développé – sur des années et à plusieurs niveaux simultanément. C'est peut-être précisément ce qui explique pourquoi un pays de seulement 5,6 millions d'habitants domine les sports d'hiver depuis des années.
Adaptation en français: Yoann Graber

