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Roland-Garros

Roger Federer est encore rouillé, mais sinon tout fonctionne

Il a fallu quarante minutes au Bâlois pour rejouer presque comme avant, presque comme si de rien n'était, mais sans parvenir à éviter la défaite. Nous l'avons observé et écouté, sur place, à Genève.
18.05.2021, 19:4819.05.2021, 13:44

Ils étaient cent spectateurs et dix journalistes à saluer le retour du Maestro, à épier chaque geste, chaque son, chaque changement de rythme, comme la preuve ultime de sa virtuosité éternelle.

A bientôt 40 ans, Roger Federer tente un nouveau come-back, épisode IV, et pour le coup, même Rocky a l’air d’un vieux schnock en peignoir. Vif sur ses appuis, fluide dans ses mouvements, le Maestro a assuré. Il ne fait toujours pas son âge. Il n’est pas devenu un joueur ordinaire, pas plus qu'un champion blasé, et c’est au moins ce qu’aura réussi à prouver sa défaite contre Pablo Andujar, mardi, dans le cadre somptueux du Geneva Open (6-4 4-6 6-4).

Pour le reste, il suffisait d’observer, de se laisser envahir par le sentiment absurde que rien ne changera jamais, que le génie inventif, à ce degré de pureté, peut échapper au processus irréversible du vieillissement - même si nous savons tous que c'est faux.

Son jeu est intact

Il aura eu besoin de quarante minutes pour trouver ses repères et, à partir d'un certain relâchement, jongler avec différents effets (court croisé, revers slicé, attaque de coup droit).

Sur cette terre lourde qui exige d'être travaillée, face à un adversaire qui remet tout et ne commet pas d'erreur (le prototype du casse-c*******, comme ils disent dans le jargon), Roger Federer aura su donner ses propres impulsions à l'échange, mais sans exercer d'emprise.

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Ce qui lui a manqué? De la spontanéité dans les choix, des automatismes dans la prise de décision, dans l'approche des points importants, une certaine régularité, in fine; tout ce qu'un joueur privé de compétition doit réacquérir patiemment, avec modestie, en se confrontant à la réalité du terrain.

L'avis du Maestro

«Finalement, j'ai bien joué pendant un set et demi, voire deux. C'était correct, même plus. Mais assez logiquement, je n'étais pas très sûr de moi, dans mes choix, dans ma façon de jouer. J'ai commis beaucoup de petites erreurs qui, en temps normal, n'arrivent presque jamais. Lui (réd: Pablo Andujar) est resté stable et moi je n'ai eu que des 'up and down'. C'est là que j'ai encore besoin de matches. Je le sais et je dois l'accepter.»

Sa motivation est sincère

Si Roger Federer n’avait plus envie de tout ça, il ne serait pas ici, sous cette cramine qui terrasse son vieux dos, sur cette terre grasse qui lamine son beau jeu. Il ne viendrait pas y salir ses socquettes, et sa réputation avec, contre un gratteur espagnol de la meilleure espèce, Pablo Andujar, quinze ans de paquetage sur le circuit ATP, dont douze sans le moindre honneur, sinon celui de promener son sourire charmeur dans les arrières-courts.

Pour une rentrée de classe, le temps n’était pas idéal, l’adversaire encore moins, mais Roger Federer s’y est conformé avec beaucoup d'application, si ce n'était sa frustration de ne pouvoir être lui-même, pas totalement, ou pas encore.

L'avis du Maestro

«La bonne nouvelle, c'est que je rejoue. Ce n'est pas si futile. J'ai eu raison de venir à Genève et j'aurais voulu faire profiter le tournoi de ma présence plus longtemps. Bien sûr, je connais mes limites du moment, mais ce n'est pas pour autant que je n'ai aucune ambition. Je dois surtout réfléchir au meilleur moyen de retrouver le bon rythme rapidement, soit en enchaînant les tournois, soit en tapant des balles avec de grands joueurs.»

Son corps répond bien

Bien sûr, Roger Federer manque un peu de tonus, voire de réactivité, sur les petits pas d'ajustement, notamment quand il s'agit de relever une balle lourde. Bien sûr encore, sa musculature n'est pas prête à produire des efforts répétés, dans un contexte de tension nerveuse, et n'en sera pas capable avant au moins quelques duels – rien ne remplace la compétition, comme ils disent.

Mais en changeant de t-shirt sur le court, le Bâlois a montré qu'il n'avait pas pris un gramme. Son mouvement au service n'a laissé apparaître aucune raideur. Son jeu de défense n'a manqué ni de vitesse, ni d'endurance, tout juste d'une certaine élasticité en bout de course. Le mécanisme de ce tennis old school, tout en fluidité et en délicatesse, semble le préserver des usures naturelles, même après une opération au genou, même après tout ce temps. C'est peut-être cela, au fond, la meilleure nouvelle du jour.

L'avis du Maestro

«Physiquement, je me suis senti bien pendant toute la durée du match. Je n'ai eu aucun problème de ce côté-là. Maintenant (réd: 20 minutes plus tard), je ressens un grand coup de fatigue, mais c'est dû à la pression qui retombe. J'ai voulu la victoire à tout prix pendant des heures: c'est autant de tension qui s'est accumulée dans mon corps. Là aussi, je dois l'accepter et me réhabituer à la compétition.»

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