Il n'y a pas qu'à Roland-Garros que le public français est indiscipliné. Il l'est aussi au Grand-Bornand, où la Coupe du monde de biathlon a fait étape ce week-end.
Tout le monde s'accorde à dire que le site haut-savoyard présente l'une des meilleures ambiances du calendrier. Il n'a presque rien à envier à Ruhpolding, Oberhof, Antholz ou Nove Mesto. La manche organisée l'hiver dernier à Lenzerheide en Suisse est encore loin de dévoiler pareille atmosphère. Bref, Le Grand-Bornand est en ce sens une jolie vitrine pour le biathlon mondial. Mais on sait aussi que le public tricolore est parfois un peu trop chauvin, quitte à en oublier les règles de bonne conduite.
L'Allemande Franziska Preuss en a fait l'amère expérience ce samedi. Alors qu'elle s'installait seule en tête sur le tapis, en vue de son dernier tir, le public ne s'est pas tu, comme le veut la tradition. Au contraire, certains spectateurs se sont mis à entonner «Allez les Bleus» en l'honneur des Françaises Julia Simon et Jeanne Richard, alors deuxième et troisième à environ 30 secondes.
Un pas de tir reste rarement silencieux. Le public réagit en cœur au blanchissage des cibles, en particulier celles des locaux, et les biathlètes ont appris à s'en accommoder. Or lorsqu'un athlète ouvre seul le terrain, qui plus est lors du quatrième et dernier tir, et qu'il porte en plus le dossard jaune de leader de la Coupe du monde, comme dans le cas de Preuss, il n'y a plus un bruit de l'installation à la première balle.
Franziska Preuss a donc dû composer avec la bêtise de certains supporters français lors de son dernier tir, le plus difficile nerveusement, étant donné que la victoire se trouve à portée de fusil. Mais elle n'a pas flanché, alors que dans des circonstances plus calmes, nombreux sont ceux qui craquent à cet instant de la course. Son splendide 5/5 a enterré les derniers espoirs des fans tricolores.
Cette situation a été relevée par la consultante d'Eurosport France Florence Baverel-Robert et par celui de la chaîne norvégienne TV 2: Ole Einar Bjørndalen. Le recordman de victoires en Coupe du monde estime que ces chants sont plus dus à un excès d'enthousiasme qu'à une volonté de déstabiliser la biathlète allemande.
Les biathlètes françaises, elles, ont été déçues par ce comportement. «Je ne suis pas fière de ça et je n'aime pas quand cela arrive. Mais c'est comme ça que sont les supporters français. Nous aimons beaucoup encourager les nôtres. Je crois que c'est antisportif. Cela fait d'elle (réd: Preuss) une meilleure biathlète», a déclaré la Pontissalienne Lou Jeanmonnot auprès de la NRK. Le constat est identique du côté de Justine Braisaz-Bouchet: «Je suis très heureuse pour Preuss. Nous ne devons pas oublier le fair-play».
Qu'en pense la principale intéressée? «Je crois qu'ils pouvaient se taire, mais c'est comme ça. Chaque situation est un défi. J'ai essayé de me concentrer sur moi-même et d'atteindre les cibles. J'ai aiguisé mes sens et cela a bien fonctionné», a expliqué Franziska Preuss après sa course. A agir de la sorte, il se pourrait que les supporters des Bleus aient donné ce petit supplément d'âme à la biathlète allemande; cette volonté de ne faire aucun cadeau carabine en mains.