Un piège se dresse sur la route de la Nati
Deux mois après avoir fait vibrer tout un pays à la Coupe du monde, l’équipe de Suisse de football s’apprête à remettre le bleu de chauffe pour une nouvelle campagne automnale de Ligue des Nations. Celle-ci débutera dans dix jours en Macédoine du Nord.
Sur le papier, la Nati, reléguée en ligue B au terme de la précédente édition, partira largement favorite dans un groupe également composé de la Slovénie et de l’Ecosse. Après tout, elle est quart-de-finaliste du dernier Mondial.
Pour autant, la route vers la première place, synonyme de montée directe en ligue A, ne s’annonce pas sans embûches et a même tout du piège, notamment parce que la troupe de Yakin sera bien différente en Macédoine du Nord de celle qui a disputé la Coupe du monde en Amérique du Nord.
L’équipe de Suisse a subi cet été les départs à la retraite «classiques» de deux internationaux, Silvan Widmer et Christian Fassnacht, ainsi que le retrait plus mouvementé de Noah Okafor, auquel a réagi sur les réseaux sociaux Granit Xhaka, alors que son coéquipier n’épargnait pas Murat Yakin. Faut-il y voir un énième désaccord entre le capitaine et le sélectionneur?
La Nati doit par ailleurs faire face aux blessures. Auteur de deux buts et d’une passe décisive au Mondial, Ruben Vargas n’a joué que 20 minutes cette saison. Il souffre d’une inflammation du ménisque dont son club peine à évaluer la gravité. Marca révélait la semaine dernière que le joueur de Séville s’était déplacé à Madrid pour obtenir un deuxième avis médical.
Cette blessure au genou fait directement écho à celle de Johan Manzambi. Le Genevois, si décisif en première partie de Mondial, avait vu son aventure se terminer prématurément à la suite d’une contusion. Son absence avait alors pesé sur le jeu de l'équipe de Suisse.
Manzambi a retrouvé les terrains le week-end dernier avec son nouveau club d’Aston Villa. Mais il lui manque encore du temps de jeu. Personne ne serait surpris si les Villans, qui ont pris tant de précautions pour son retour à la compétition, ne le libéraient pas, ou s’ils imposaient des restrictions au staff de l’équipe de Suisse. Ils n’ont pas déboursé 60 millions d’euros pour voir leur poulain se blesser en sélection à cause d’une titularisation précipitée.
Les défenseurs Miro Muheim et Luca Jaquez se trouvent dans une situation assez similaire. Bien qu'ils soient annoncés sur le retour, ils n’ont pas encore joué en Bundesliga cette saison, la faute à des blessures musculaires contractées durant leur préparation estivale.
Aux absences et aux incertitudes physiques s’ajoute l’intégration, toujours délicate, bien qu’importante à chaque début de cycle, de jeunes talents tels que Winsley Boteli et Alvyn Sanches, ainsi que des adversaires qui n’ont pas toujours réussi aux hommes de Murat Yakin.
Si la Suisse n’a jamais défié la Macédoine du Nord, capable de tenir en échec la Belgique par deux fois lors des dernières qualifications pour la Coupe du monde, elle reste sur un nul 1-1 contre l’Ecosse à l’Euro 2024 et un autre score de parité 0-0 face à la Slovénie lors des éliminatoires du Mondial 2026.
Le format de compétition n’est pas non plus sans danger. Quatre des six matchs de groupe seront disputés lors de cette fenêtre internationale à rallonge. Autant dire qu’en cas de mauvais départ, il sera vite compliqué d’apporter des ajustements, de redresser la barre et d’enrayer une mauvaise dynamique. Cette configuration est d’autant plus piégeuse que la Nati disputera ses deux premiers matchs à l’extérieur: le premier dans l’arène explosive de Skopje, le deuxième au mythique Hampden Park.
La sélection à croix blanche devra enfin veiller à ne pas retomber dans ses vieux travers. Capable de se sublimer lors des grands tournois, il lui arrive de vivre des phases plus poussives en dehors, comme lors des qualifications pour l’Euro 2024 ou de la précédente Ligue des Nations. Elle est sur courant alternatif depuis plusieurs années.
Problème: la Ligue des Nations est de moins en moins une compétition mineure. Les résultats des matchs à venir décideront si la Suisse sera dans le chapeau 2 ou 3 du tirage au sort des qualifications pour l’Euro 2028, prévu en décembre. La différence est loin d’être négligeable.
Ces matchs de Ligue des Nations compteront aussi en vue d’éventuels barrages si la qualification directe pour le championnat d’Europe est manquée.
La Nati aurait donc tout intérêt à réussir une bonne campagne automnale et à la conclure à la première place, le deuxième devant disputer un barrage contre un troisième de ligue A pour tenter de monter. Et à la vue des équipes pouvant potentiellement terminer à cette place, les chances d’accession seraient immédiatement amoindries.
Or végéter en ligue B signifie moins d’occasions de se frotter aux grandes nations du football que la Suisse entend battre dans les compétitions majeures pour franchir un cap, des primes de victoire moins élevées et des recettes moins importantes lors des rencontres à domicile, en plus donc de futures répercussions sur les tirages et les qualifications des grands tournois.
