Une vidéo, virale par le passé, a ressurgi durant les Jeux olympiques de Paris 2024. Elle présente une gymnaste en justaucorps, une plongeuse en maillot de bain ou des sprinteuses en culotte de sport en compétition. Or le corps de ces athlètes est grossièrement censuré par des astérisques géantes et de larges bandes noires.
Si certains soutiennent que les épreuves féminines des Jeux olympiques de Paris 2024 ont été retransmises de la sorte par la télévision iranienne, cette affirmation est fausse. On doit cette vidéo à une émission parodique en persan, intitulée «OnTen» et distribuée il y a maintenant dix ans sur la chaîne américaine à diffusion internationale «Voice of America», explique AFP Fact Check.
Si les astérisques géantes n'ont pas pullulé à la télévision iranienne, il n'en reste pas moins que la censure a été de mise durant les JO. Le correspondant de Franceinfo à Téhéran rappelle que le gouvernement iranien ne diffuse pas certaines épreuves féminines, notamment la natation, la gymnastique et le beach-volley, où les corps sont jugés trop peu vêtus. Il y a aussi la boxe, surtout que l'Académie internationale du fiqh islamique a promulgué une fatwa contre ce sport en 1987.
De toute évidence, les Iraniennes ne concourraient pas dans toutes ces disciplines, car elles sont soit interdites aux femmes dans le cas du beach-volley et de la boxe, soit accessibles sous conditions: aucun coach masculin ni de pratique à la vue de tous, ce que les compétitions internationales ne permettent pas. Les 11 Iraniennes engagées à Paris ont donc pratiqué le tir, le tir à l'arc, le tennis de table, l'aviron, l'athlétisme et le taekwondo.
C'est d'ailleurs en taekwondo que deux Iraniennes ont remporté une médaille olympique. Mobina Nematzadeh a décroché le bronze dans la catégorie des moins de 49 kilos et Nahid Kiani est devenue vice-championne olympique chez les moins de 57 kilos. Or un passage durant son podium n'a pas été diffusé par la télévision du régime islamique.
Nahid Kiani a partagé les marches avec Kimia Alizadeh, sa compatriote médaillée de bronze, défendant aujourd'hui les couleurs de la Bulgarie. Troisième à Rio en 2016 pour l'Iran, Alizadeh a quitté son pays en 2020, dénonçant haut et fort le régime des mollahs. Elle a participé aux Jeux de Tokyo en tant que membre de l’équipe olympique des réfugiés et donc à ceux de Paris 2024 avec son pays d'adoption.
Outre la censure, un clip incitant à la haine aurait été diffusé le 6 août sur la chaîne iranienne Ofogh TV, selon le Middle East Media Research Institute (MEMRI). La vidéo présente un lutteur, serrant la main de ses adversaires. Il déverse du sang en les touchant puis enfile une veste assimilable à celles des membres de la délégation israélienne. Les combattants comprennent que le lutteur vit dans l'Etat hébreu et viennent s'essuyer sur la tenue qu'il porte. Le clip s'achève par la vue des mains de l'athlète, gorgées de sang. Nous ne relaierons pas ces images.
The Jewish Chronicle précise que le Comité olympique israélien a condamné cette campagne par l'intermédiaire de son porte-parole. L'instance l'a décrite comme une «hideuse vidéo de propagande», rappelant que ses athlètes avaient reçu des menaces de mort en marge des Jeux olympiques. L'AFP a en effet appris qu'une enquête a été ouverte dès le premier week-end de compétition par le parquet de Paris, après que trois athlètes israéliens ont reçu des menaces. Aucun lien n'a pour l'instant été établi avec l'Iran. Ces menaces ont fait suite à la divulgation sur les réseaux sociaux de données personnelles sensibles d’athlètes israéliens.
L'Iran se trouve à la 176e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse, publié chaque année par Reporters sans frontières. Pour s'informer, les Iraniens sont passés maîtres dans l'usage clandestin des VPN et des antennes paraboliques.