«Dans l'ombre de l'UTMB, les trails romands souffrent»
La course Saillon-Ovronnaz aura-t-elle lieu comme prévu en avril 2027? Ce n'est pas sûr du tout. Le comité d'organisation (CO) de l'épreuve valaisanne vient de démissionner en bloc, selon une information révélée par Le Nouvelliste et confirmée à watson par l'ex-président du CO Christophe Luisier, joint par téléphone.
Ce dernier est à la fois triste et résigné. «Lors de notre dernière édition en 2025, nous n'avions que 157 athlètes au départ. C'est trop peu pour tenir.» Les organisateurs du trail ont pourtant mis toutes les chances de leur côté pour attirer du monde. Ils proposaient un rendez-vous en tout début de saison (fin avril) et des tarifs défiant toute concurrence.
Cela n'a pas suffi pour attirer suffisamment de monde et rassembler les 10 à 12 000 francs nécessaires pour l'organisation d'une épreuve qui existait de longue date et avait une solide réputation en Valais (c'est entre Saillon et Ovronnaz que les Championnats du monde de course de montagne avaient été organisés en 2006). Connue d'abord sous le nom de «Course des deux bains», la compétition avait disparu du calendrier avant que Bernard Mayencourt et Christophe Luisier la relancent en 2017, d'abord seuls puis avec La Foulée Saillonintze, le club local de course à pied.
Quand on lui demande pourquoi les traileurs romands se sont désintéressés d'une épreuve aussi renommée, Christophe Luisier évoque la densité du calendrier. «Il y a beaucoup trop de courses.» Il estime aussi que les athlètes recherchent des tracés plus complexes qu'une montée sèche vers Ovronnaz. Il regrette enfin la stratégie du circuit mythique de l'UTMB, dont il affirme payer les conséquences.
L'Ultra-Trail du Mont-Blanc est l’une des courses de trail les plus célèbres et difficiles au monde. Il se déroule chaque année autour du massif du Mont-Blanc. Pour y participer, les athlètes doivent généralement se qualifier via des courses du circuit officiel (UTMB World Series) organisées partout dans le monde. Or en chassant ces épreuves ils délaissent les autres, comme la Saillon-Ovronnaz.
Le Valaisan est bien placé pour témoigner de cette situation puisqu'il a lui-même participé à trois épreuves de l'UTMB autour du Mont-Blanc (deux fois sur le tracé de 56 km et une fois sur celui de 100). Pour préparer ces échéances, il a lui-aussi négligé les petites courses de Suisse romande.
Christophe Luisier incarne à la fois la réalité de centaines de milliers de coureurs qui rêvent de participer au mythique UTMB (une aspiration que personne ne saurait leur reprocher) et celle à laquelle sont confrontés les organisateurs des épreuves régionales plus modestes.
Pour que chaque trail puisse tirer son épingle du jeu, notre interlocuteur plaide pour une meilleure coordination entre les organisateurs des différentes épreuves valaisannes.
D’ici là, pour que la course Saillon–Ovronnaz puisse avoir lieu en 2027, un nouveau comité d’organisation devra être constitué. Christophe Luisier n’en fera pas partie, mais il se rendra volontiers disponible si les nouveaux responsables souhaitent s’appuyer sur son expérience. «Cette course, c'était le bébé de Bernard Mayencourt. Elle me tient à coeur», conclut le Valaisan, dont l'amour pour son sport n'a pas disparu malgré les galères.
