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Pour les sportifs, un petit joint ne fera bientôt plus de mal

L’AMA va réexaminer l’interdiction du cannabis, sous la pression inavouable des milieux sportifs et politiques. Sage décision ou sotte idée? Avis d'expert.
16.09.2021, 06:4116.09.2021, 15:04

Elle était très attendue sur 100 m mais elle n'est jamais venue, suspendue des JO pour un contrôle positif à la marijuana. Sha’Carri Richardson deviendra peut-être une martyr de la fumette: interpellée sur ce cas embarrassant, l'AMA annonce que le statut des cannabinoïdes sera réévalué.

«Après avoir reçu les demandes d’un certain nombre de parties prenantes, le comité exécutif approuve la décision d'un examen scientifique en 2022»
Agence mondiale antidopage (AMA)

Richardson a révélé qu’elle fumait depuis le décès de sa mère, pour soulager une douleur atroce, ce qui participe bien d'une forme de dopage. Mais à quel degré? Comme le baume au coeur ou la tricherie dans le sang? Au Canada, où le cannabis est en vente libre, la suspension de la sprinteuse aura suscité une grande incompréhension, sur le principe plus ou moins admis: comment un petit joint peut-il faire autant de mal?

Sha’Carri Richardson.
Sha’Carri Richardson.

L'AMA promet de réétudier la question - et chacun aura deviné la réponse que la fédération d'athlétisme lui souffle à l'oreille, puisque le président (et ancien champion) Sebastien Coe commente sobrement: «Il n'est pas déraisonnable aujourd'hui d'avoir un réexamen...»

Assez naturellement, le changement de paradigme ne dissipe pas tous les doutes, notamment celui de l'effet dopant. Certaines études continuent de mentionner un pouvoir relaxant rédhibitoire, aussi bien psychologique que musculaire, dans des disciplines de haute précision (tir, etc) ou à risques élevés (escalade, etc); d'où l'intérêt de planer, très éventuellement.

La pétanque, un temps, a semblé mal tourner, perdue dans une règlementation floue et des effluves de mauvaise herbe. La démarche, ici, viserait moins la gaieté que le cochonnet.

«Sur les boulodromes, ça sent l’herbe et ça devient pénible. Le cannabis permet de se désinhiber. Il faudrait des contrôles»
Christian Aligne, président de la commission médicale de pétanque de la région Auvergne-Rhône-Alpes, dans Le Monde

Un point de vue que relativise Raphaël Faiss, responsable de recherche à l’Institut des sciences du sport de l’UNIL:

«L’effet psychotrope du cannabis peut éventuellement agir sur le stress ou la douleur, mais l'expérience nous montre que les sportifs concernés en font surtout un usage récréatif, qu’ils sont généralement issus de milieux urbains où, de surcroît, l’exposition passive est susceptible d’entraîner un test positif. Pour éviter cette consommation indirecte, le seuil limite a été élevé. Mais la question de fond reste l’effet dopant et, à ce titre, dans la grande majorité des cas, le cannabis n’améliore pas la performance.»

Le chercheur rappelle que l’évaluation d’un produit s’opère autour de trois critères:

  • Le potentiel d’amélioration de la performance
  • Le risque pour la santé de l’athlète
  • L’esprit du sport

«Pour qu’un produit soit intégré à la liste d’interdiction, il doit enfreindre au moins deux de ces critères.»

«Si vous voulez vous doper, vous avez meilleur temps de boire du café que de fumer un joint. Les connaissances scientifiques établissent très clairement que quatre cafés améliorent la performance. A partir de cinq ou six, il y a des effets secondaires»

Raphaël Faiss cite d'autres substances équivoques: «Certaines boissons bien établies socialement, dont la deuxième boisson la plus consommée au monde, présentent des taux de caféine et/ou de cocaïne qui, à partir d’une certaine quantité, peuvent devenir problématiques en termes de dopage.»

Pour ne pas la nommer.
Pour ne pas la nommer.

D'une question philosophique, le cannabis est aussi devenu un sujet économique, avec ses propres fonds (ETF) côtés en bourse et un enjeu politique majeur. Raphael Faiss ne le cache pas: «La lutte antidopage est financée par les états. On ne peut pas exclure qu’un pays comme le Canada, dont la population est plutôt favorable au cannabis, exerce une certaine pression politique sur l’AMA (ndlr: qui a son bureau principal à Montréal)

Là encore, la question divise:

«Dans certains pays, le cannabis équivaut à la peine de mort. L’Agence mondiale antidopage doit composer avec les différentes contingences politiques»
David Pavot, directeur de la chaire mondiale de recherche sur l’antidopage à l’Université de Sherbrooke

Raphael Faiss conclut avec le troisième critère, l'esprit du sport, pour trancher finement la question sous-jacente des vrais tricheurs et des faux problèmes.

«L’esprit du sport reste une notion assez subjective, mais il y a une certaine cohérence à reconsidérer le statut d’un produit que certains États légalisent, à une époque où le risque augmente, dans les trains et dans les bus, d’être exposé à une consommation passive. Avec sa réflexion sur le cannabis, l’AMA est pragmatique, elle vit avec son temps et s’adapte aux transformations sociétales. C’est une preuve d’ouverture.»

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