Liverpool prend une mesure qui inquiète le foot anglais
Des stades pleins et des fans qui s'époumonent. Le prestige de la Premier League repose évidemment sur ses stars et la qualité de son football, mais elle tient aussi à son atmosphère unique en tribunes, que certains estiment menacée par le prix toujours plus élevé des billets.
Le constat, tout d'abord. Selon un récent rapport de l'UEFA, le «Big Six», c'est-à-dire les six principaux clubs anglais – Arsenal, Chelsea, Liverpool, Manchester City, Manchester United et Tottenham – ont vu leurs recettes de billetterie augmenter de 20 % lors de cette exercice par rapport à la saison précédente.
Une stratégie commerciale qui entre dans le cadre de la lutte intense entre grosses écuries pour attirer les meilleurs joueurs. A ce titre, les droits TV et le sponsoring restent de loin les principales sources de revenus des formations de Premier League. Mais, face à leur relative stagnation, elles optent aussi désormais sur une croissance des revenus les jours de match – billets inclus –, investissant dans des stades toujours plus modernes et toujours plus grands.
Cibler les visiteurs d'un jour
Dernière décision en date à avoir fait grand bruit, celle de Liverpool, un des clubs les plus populaires d'Angleterre. Les Reds ont annoncé fin mars que les prix des billets augmenteraient au rythme de l'inflation ces trois prochaines saisons, s'attirant les foudres du groupe de supporters «Spirit of Shankly» les accusant «d'ignorer ceux qui font du Liverpool FC ce qu'il est».
Et si les travaux d'agrandissements d'Anfield ont porté sa capacité à 61 000 places, seuls 34 000 abonnements sont commercialisés, dans le but de cibler les visiteurs d'un jour, une clientèle plus dépensière, notamment en produits dérivés.
L'idée est de «regarder le rendement par supporter, par match», explique l'expert en finances du football Kieran Maguire.
Offres VIP contestées
Même son de cloche dans l'ouest londonien aisé, où Fulham met le paquet sur son «offre d'hospitalité», avec une tribune avec piscine sur le toit et restauration haut de gamme, et où le prix moyen des abonnements à l'année figure parmi les plus élevés (jusqu'à 4 000 euros).
«La tribune Riverside est un atout formidable», dit à l'AFP Simon Duke, du Fulham Supporters' Trust, tout en notant qu'elle «est chère pour le supporter moyen». Il suggère:
Ces offres VIP dépassent parfois les 6 000 euros la rencontre, comme pour le prochain choc entre Manchester City et Arsenal, à l'Etihad Stadium, le 19 avril.
«Certains clubs regardent leur stade et voient dans chaque siège une simple opportunité de faire de l'argent», commente Niall Couper, dont l'organisation «Fair Game» a mis en garde dans un rapport contre cette stratégie.
Union sacrée entre fans et grogne générale
A Manchester United, le prix des abonnements pour accéder à Old Trafford a lui aussi augmenté, de 5 %, pour la troisième saison consécutive. Et certains tarifs réduits sont également en hausse.
Dès l'an dernier, les supporters des Reds Devils se sont associés à ceux de Liverpool – soit les fans des deux clubs les plus titrés d'Angleterre – pour promouvoir une campagne «Cessez d'exploiter la fidélité», à l'occasion d'un match à Anfield.
Face à ce mécontement croissant, les clubs de Premier League peuvent se targuer d'une affluence moyenne toujours élevée, avec un peu plus de 40 000 spectateurs par match, dans des stades remplis à près de 99 %.
Mais des signaux d'alerte existent, comme à Tottenham, en difficulté sportive (17e et en danger de relégation) et qui n'est pas parvenu à remplir son stade de 63 000 places pour les matches de Ligue des champions cette année.
Le Tottenham Supporters' Trust a prévenu:
S'ajoute à cela un pouvoir d'achat toujours plus contraint pour les ménages britanniques. Mais dans un pays où se rendre au stade est une quasi religion, l'expert Kieran Maguire estime que les clubs ont encore de la marge.
Au moment des «arbitrages budgétaires» entre vacances, restaurant, pub et foot, «l'abonnement restera la priorité», assure-t-il.
(afp/yog)
