Le LS est éliminé à cause d’une pratique controversée
Peter Zeidler était forcément très déçu en conférence de presse d'après match, jeudi à la Tuilière. «Personne n'a parlé dans le vestiaire», a confié d'emblée le coach du Lausanne-Sport, pour décrire la «tristesse générale» de son équipe après la défaite (1-2) et donc l'élimination en barrages de Conference League contre les Tchèques du Sigma Olomuc (il y avait eu 1-1 à l'aller).
Après les sentiments, le technicien a tout de suite parlé du «moment qui nous a fait mal». Parce qu'il arrive juste avant la mi-temps et que le LS n'a jamais pu, ensuite, s'en relever. Ce moment, c'est ce fameux corner de la 44e minute, le but victorieux des visiteurs. Marqué grâce (ou à cause de, c'est selon) à une énorme erreur défensive des Vaudois. «On aurait pu. On aurait dû mieux défendre», reconnaît Zeidler.
Le but en vidéo
Et pour cause: l'attaquant du Sigma Olomuc, Antonin Rusek – absolument pas surveillé et encore moins marqué à la culotte – a bénéficié d'un espace immense pour pénétrer dans les seize mètres et frapper, en première intention. Sans être jamais inquiété par un seul Lausannois (ils étaient pourtant les onze dans leurs seize mètres...), de son départ à l'orée de la surface jusqu'à sa frappe. Un tir imparable pour le gardien du LS, Karlo Letica. A ce niveau, il est rare de voir une telle négligence défensive. Et Lausanne l'a payée cash.
Cette erreur est liée à la manière de défendre des Lausannois sur corner: la défense en zone. Apparue dès la fin des années 1980, elle s'oppose à l'autre tactique, plus traditionnelle, du marquage individuel.
Comme son nom l'indique, celui-ci oblige chaque défenseur à marquer à la culotte un adversaire, lui laissant ainsi très peu d'espace. Si Lausanne avait défendu de cette manière, Antonin Rusek n'aurait certainement pas marqué sur cette action. Ou, au moins, pas aussi facilement.
En appliquant la défense en zone, les défenseurs ne marquent pas individuellement les adversaires, mais se placent à des endroits stratégiques dans la surface de réparation. Histoire de la quadriller et de protéger les zones dangereuses. Cette tactique présente plusieurs autres avantages: ne pas être pris de vitesse en un contre un face à un attaquant qui aurait un meilleur coup de rein, éviter les tirages de maillot ou encore être déjà en position si notre gardien capte le ballon et veut relancer rapidement.
Mais si ce quadrillage est mal exécuté et, qu'en plus, les défenseurs manquent d'agressivité pour «bondir» sur l'attaquant en position favorable pour tirer, cette stratégie devient très risquée. Voire fatale. C'est exactement ce qu'il s'est passé à la Tuilière jeudi soir.
C'est aussi pour cette raison que cette stratégie – pratiquée par 62% des équipes européennes lors de la Coupe du monde 2022 – reste controversée. L'un de ses plus grands détracteurs, l'ex-sélectionneur de l'Angleterre Graham Taylor, affirmait dans The Guardian:
Malgré ce goal évitable, qui a de lourdes conséquences, Peter Zeidler ne veut pas abandonner sa défense en zone. Il estime que ce n'est pas le problème sur cette action: «Il y avait des possibilités pour mieux défendre (tout en appliquant la défense en zone)», répète-t-il.
L'entraîneur du LS poursuit:
La conclusion des analystes de la Fifa après le Mondial 2022 ne donne pas tort à Peter Zeidler:
Les pensionnaires de la Tuilière tenteront de faire mieux dans ce registre dès ce dimanche, avec la réception du FC Bâle (14h00) en Super League. La seule compétition, désormais, où ils sont encore engagés.
