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Euro: Les trios magiques font rêver mais ils sont parfois des illusions

La «hype» du moment, c'est le retour de Karim Benzema en équipe de France et le trio qu'il forme avec Kylian Mbappé et Antoine Griezmann. Nous avons remonté les dix derniers Euros pour retrouver des triplettes légendaires, et juger le résultat.
19.06.2021, 14:4921.06.2021, 12:13
Jonathan amorim

L'Angleterre en 2000 🏴󠁧󠁢󠁥󠁮󠁧󠁿 Beckham - Shearer - Owen

Cette année-là, les «Three Lions» figurent parmi les favoris, notamment dans leur groupe composé de l’Allemagne et des supposés plus faibles Portugais et Roumains. Devant, les Anglais peuvent compter sur l’expérimenté Alan Shearer et sur l'étoile montante du football anglais, Michael Owen, tous deux servis au milieu de terrain par la superstar David Beckham. On joue en 4-4-2, certes, mais ce trio fait rêver.

Tout commence bien pour l’Angleterre puisqu’après 18 minutes de jeu contre le Portugal, c’est déjà 2-0, avec notamment un David Beckham à son top qui distribue des passes dans tous les coins. Mais les Anglais se mangent une remontada sauce portugaise (défaite 3-2) avant de relever la tête contre l’Allemagne (1-0) puis de perdre 3-2 contre la Roumanie. Les «petits» Portugais et Roumains finissent aux deux premières places. Football was not coming home, again.

  • Le nombre de buts du trio : 3 (deux pour Shearer, un pour Owen).
  • Ratio nombre de but/nombre de match : 1 but par match.
  • La note Watson pour le trio : 6/10. Beckham a offert des galettes contre le Portugal et Shearer et Owen ont fait le taff en attaque le reste du temps. Pas suffisant pour passer le premier tour de l’Euro, mais assez pour obtenir la moyenne de 6.
Vidéo: YouTube/UEFA

Le Portugal en 2004 🇵🇹 CR7 - Pauleta - Figo

Nous sommes en 2004 et Cristiano Ronaldo est encore un adolescent boutonneux. Le Roi de Lusitanie s’appelle Luis Figo et il démarre la compétition aux côtés de Simao Sabrosa et Pauleta dans le trio offensif portugais. Les Lusitaniens se broutent lors du premier match en perdant contre la Grèce malgré un but du remplaçant CR7. Le petit prince de Madère gagne alors sa place dans le onze et le Portugal se met à gagner.

Ronaldo marquera deux buts, deux de plus que Figo et Pauleta réunis. Le Portugal devra s'en remettre à ses «Olivier Giroud» Nuno Gomes et Helder Postiga pour battre l’Espagne et éliminer l’Angleterre. On préfère ne même pas mentionner la finale, véritable tragédie grecque au Portugal.

  • Le nombre de but du trio : 2 (les 2 pour Ronaldo).
  • Ratio nombre de but/nombre de match : 0,33 but par match.
  • La note Watson pour le trio : 5/10. Prestation catastrophique de Pauleta, respectacle pour Luis Figo dans le jeu et excellente pour le futur roi du Portugal qui sauve ce trio et lui octroie presque à lui seul une note de 5 sur 10.

Les Tchèques en 2004 🇨🇿 Nedved - Koller - Baros

La «hype» en 2004, ce n’était pas encore la Belgique ou l’Islande mais bel et bien la République tchèque qui possédait une génération phénoménale: le jeune Petr Cech au but, une défense emmenée par le sublime Marek Jankulovski et surtout une ligne d’attaque avec Pavel Nedved, Jan Koller, Milan Baros ou encore Vladimir Smicer, sans oublier la légende Karel Poborsky. Avec Tomas Rosicky en 10, rien que ça.

Cette équipe va marcher sur l’Europe en battant la Lettonie, la Hollande (dans un match fou), l’Allemagne et le Danemark, avant de tomber face à la Grèce (1-0) sur une tête du terrible Traianos Dellas.

  • Le nombre de but du trio: 7 (5 pour le fantastique Milan Baros et 2 pour le géant Jan Koller).
  • Ratio nombre de but/nombre de match: 1,4 but par match.
  • La note Watson pour le trio: 10/10. Cette équipe était beaucoup trop belle à voir jouer pour hériter d’une autre note que d’un 10 sur 10, malgré l’absence de but pour le ballon d'or 2003 Pavel Nedved.

L'Espagne en 2008 🇪🇸 Villa - Torres - Silva

En 2008, l’Espagne entame son deuxième règne sur le monde, pendant trois compétitions internationales d'affilée. En Suisse et en Autriche, le «tiki-taka» espagnol est ponctué par un trio d’attaque composé de David Villa, Fernando Torres et du très élégant David Silva.

L’Espagne déroule grâce à son trio offensif et à son milieu de terrain fantastique formé par Xavi, Iniesta et Fabregas. Deux ans plus tard, ces mêmes hommes formeront un double trio magique et deviendront champions du monde.

  • Le nombre de but du trio : 7 (4 pour Villa, 2 pour Torres, 1 pour Silva).
  • Ratio nombre de but/nombre de match : 1,16 but par match.
  • La note Watson pour le trio : 10/10. On ne va pas se mentir, l’Espagne, emmenée par ce trio, était beaucoup trop forte pour tout le monde.

La France en 2008 🇫🇷 Ribéry - Benzema - Henry

Les Français sont vice-champions du monde et préparent l’Euro à Châtel St-Denis dans une ambiance exécrable. En attaque, ils alignent Franck Ribéry, Karim Benzema et Thierry Henry. Très prometteur.

Mais les hommes de Raymond Domenech passent totalement à côté de leur tournoi. Ils s’inclinent notamment 4-1 contre la Hollande et 2-0 contre l’Italie. Pas de quoi attrister ce bon vieux Raymond qui préfère demander sa femme en mariage face caméra, après l’élimination de son équipe, plutôt que rendre des comptes à son pays. Forcément, ça passera moyennement aux yeux du grand public.

  • Le nombre de but du trio: 1 (Thierry Henry).
  • Ratio nombre de but/nombre de match: 0,33 but par match.
  • La note Watson pour le trio: 1/10. Un seul point dans la compétition, 1 but donc 1 point Watson, pas plus.

La Russie en 2008 🇷🇺Arshavin - Pavlyuchenko - Sychev

Bon, on triche un peu parce que ces trois-là n’évoluaient pas vraiment ensemble en 2008 quand la Russie est venue briller entre les montagnes suisses et autrichiennes. Mais comment ne pas citer cette équipe dans le top 10 ?

Emmenés notamment par un Archavine éblouissant, les Russes impressionnent en battant la Grèce et la Suède, mais surtout en éliminant les favoris hollandais 3-1 en quart de finale. Roman Pavlyuchenko inscrit trois buts, trois de plus que Dimitri Sychev qui vit, lui, un tournoi bien plus compliqué, perdant même sa place de titulaire au fil des matches.

  • Le nombre de but du trio: 5 (3 pour Pavlyuchenko, 2 pour Arshavin).
  • Ratio nombre de but/nombre de match: 1 but par match.
  • La note Watson pour le trio: 6/10. Avec un Dimitri Sychev en meilleure forme, ce trio aurait clairement obtenu un 7 minimum.

Les Pays-Bas en 2008 🇳🇱 Sneijder - Van Nistelrooy - Robben

Les Néerlandais deviennent vite les favoris de la compétition et l’équipe préférée des footix. Au premier tour, ils démontent l’Italie 3-0, la France 4-1 et la Roumanie 2-0, avant de s'incliner contre l’autre équipe en forme du tournoi, la Russie, en quart de finale.

Vidéo: YouTube/UEFA

L’armada offensive hollandaise est stratosphérique avec en plus des trois cités dans le titre, Robin van Persie, Dirk Kuyt ou encore Rafael van der Vaart. Difficile de réaliser que cette génération n’aura finalement rien gagné.

  • Le nombre de but du trio: 5 (3 pour Wesley, 2 pour Ruud et 1 pour Monsieur «je rentre sur mon pied gauche et je frappe premier poteau»).
  • Ratio nombre de but/nombre de match: 1,25 but par match.
  • La note Watson pour le trio: 6/10. Un festival offensif au premier tour, ça ne suffit pas, sinon le Front national serait au pouvoir depuis longtemps en France.

L'Espagne en 2012 🇪🇸 Iniesta - Fabregas - Silva

Le «tiki-taka» règne depuis 2008 sur le monde du football quand les Espagnols débarquent en Pologne et en Ukraine, auréolés de leur titre de champions du monde deux ans plus tôt.

Vidéo: YouTube/UEFA

En 2012, ils vont nous sortir une nouvelle variante avec ces fameuses compositions sans véritable attaquant où Fabregas, David Silva et Andres Iniesta officient, chacun leur tour, à la pointe de l'attaque espagnole. Un fléau qui existe encore en 2021, notamment à Manchester City (Coucou Pep). Mais un fléau qui fonctionne puisque l’Espagne remporte en 2012 son troisième titre consécutif avec un trio offensif diablement efficace et un joker de luxe nommé Fernando Torres.

  • Le nombre de but du trio: 4 (2 pour Fabregas et 2 pour David Silva).
  • Ratio nombre de but/nombre de match: 0,66 but par match (beaucoup plus en incluant le joker Torres, auteur de trois buts).
  • La note Watson pour le trio: 9/10. 9 sur 10 pour le premier trio offensif de l’histoire du football à évoluer sans numéro 9, avouez que c’est plutôt symbolique.

Le Portugal en 2016 🇵🇹 Quaresma - Eder - CR7

Un gitan, un vilain petit canard («Eder», un surnom donné par la presse portugaise avant la compétition) et un roi. Au fur et à mesure du tournoi, cet ensemble avance à très petits pas, la presse française le qualifiant même de «dégeulasse». Moi, je le qualifierais de «romanesque».

Vidéo: YouTube/RTP

Absolument rien n'allait dans cette équipe, tantôt malchanceuse, tantôt chanceuse, qui passe, tour après tour, via des calculs mathématiques, des prolongations ou des séances de tirs au but. Ce roman improbable ne pouvait se terminer d'aucune autre manière que dans l'antre de l'équipe de France, à Paris, avec le roi CR7 sur le banc (blessé) et le vilain petit canard en personnage principal (il a marqué le seul but de la finale et offert le sacre européen au Portugal). Quaresma, lui, se contentera d'un rôle secondaire à la Robin dans Batman.

  • Le nombre de but du trio: 5 (3 pour CR7, 1 pour Quaresma et 1 pour Eder.
  • Ratio nombre de but/nombre de match: 0,7 but par match.
  • La note Watson pour le trio: 10/10. Parce que je ne suis pas du tout objectif.

La Croatie en 2016 🇭🇷Rakitic - Mandzukic - Perisic

Mario Mandzukic en pivot avec Rakitic et Perisic en soutien, le tout orchestré par Luka Modric, c'est ce que nous proposait la Croatie en 2016. Un spectacle alléchant qui trouve rapidement son public puisque les Croates battent la Turquie, font match nul contre la Tchéquie et, surtout, battent l'Espagne au premier tour du tournoi. De quoi s'enflammer.

Malheureusement, les Balkaniques tombent en huitièmes de finale face au réalisme portugais. Il leur faudra attendre deux années supplémentaires pour réellement montrer tout l'étendue de leur talent avec une présence en finale de la Coupe du Monde 2018, toujours avec ces trois joueurs dans l'effectif.

  • Le nombre de but du trio: 3 (2 pour Perisic et 1 pour Rakitic).
  • Ratio nombre de but/nombre de match: 0,75 but par match.
  • La note Watson pour le trio: 6/10. Mais un 10 sur 10 en 2018.
Quelle note pour le trio Mbappe-Benzema-Griezmann à la fin du tournoi ?

«Les joueurs de l'équipe de Suisse, c'est des amateurs, non?»

Video: watson
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