Automne 2012. Une journée de jeunes talents organisée par le Youth Sport Trust, à Londres. Le jeune Nathan Maguire, 15 ans, s'élance avec anxiété et excitation vers son idole. La star de l'évènement. Une blonde en fauteuil roulant, comme lui. Mais surtout, une athlète accomplie, comme lui. Hannah Cockroft vient de rafler deux médailles d'or aux Jeux paralympiques de Londres. Intimidé, il lui demande un autographe. Elle s'exécute avec un sourire. Sans se douter une seconde que ce «fanboy», de cinq ans son cadet, deviendra un jour son «boyfriend».
Leurs chemins se croisent bientôt à nouveau, à l'occasion d’événements et d’entraînements. Hannah s'amuse de ce jeune garçon «persistant» qui la suit partout. «Il m'épuisait!», se souviendra l'athlète de 32 ans des années plus tard dans le Daily Telegraph.
Un an et demi plus tard, Nathan Maguire se jette à nouveau à l'eau. Le jeune coureur propose à son amie un rendez-vous au Trafford Centre, le centre commercial du coin. Alors qu'il se pointe au rancard engoncé dans une chemise et un costume, sa partenaire sort à peine de l'entraînement, en sueur et dans sa tenue de sport. Le ton est donné.
Plus de dix ans plus tard, les revoilà. Toujours ensemble et avec la même soif de battre des records et d'aligner de médailles sur le mur de leur salon de Chester, dans le nord-ouest de l'Angleterre. Un bungalow «pas spécialement adapté» pour leurs fauteuils, mais transformé en centre d'entraînement – le garage est notamment devenu une salle de sport complète depuis la pandémie de Covid-19.
La méthode leur a réussi. Depuis leur rencontre, Nathan a remporté plusieurs médailles, notamment l'argent aux Jeux paralympiques de 2020 et l'or aux Jeux du Commonwealth de 2022. Hannah, elle, a raflé trois médailles à Rio et deux à Tokyo.
Un petit miracle, pour l'un comme pour l'autre. Nathan est cloué dans un fauteuil depuis l'âge de 8 ans. Une nuit d'octobre 2005, le petit garçon très actif ressent des fourmillements dans les pieds au moment de s'endormir. Il ne l'apprendra que plus tard, mais son système immunitaire est en train d'attaquer sa moelle épinière. Une maladie rarissime appelée «myélite transverse».
Quand ses parents l'emmènent à l'hôpital dès le lendemain, il est déjà trop tard. La maladie a déjà atteint le milieu de sa poitrine. Depuis, il est paralysé en dessous de cet endroit. Ce qui ne l'empêchera pas, trois mois plus tard, de jouer au basket en fauteuil roulant et de faire du sport son moyen de réadaptation.
Quant à Hannah, si elle peut encore se tenir debout, voire même marcher sur de courtes distances, elle utilise un fauteuil roulant pour les longues distances depuis toujours. Deux crises cardiaques consécutives dans les 24 heures qui suivent sa naissance l'ont laissée avec des lésions permanentes dans de nombreuses zones de son cerveau, les jambes et les pieds déformés ainsi que des problèmes de motricité.
Comme son compagnon, son handicap ne la prive pas d'une enfance «ordinaire» – et très sportive. Dès l'âge de 12 ans, elle découvre le basketball en fauteuil roulant, puis la natation, le lancer de disque et enfin, trois ans plus tard, la course.
Pour ces Jeux de Paris, les espoirs de la championne olympique sont «très simples»: rien de moins que deux médailles d’or. Ce qu'elle craint le plus?
Le principal intéressé, lui, se contente de «viser la finale». Mais quoi qu'il arrive, une autre récompense attend le couple à leur retour. Et encore une fois, c'est Nathan qui a pris les devants, en faisant sa demande en mariage lors des vacances du couple à Copenhague, juste après les Jeux de Tokyo, en septembre 2021.
La cérémonie aura lieu trois semaines après la fin des Jeux de Paris, à Halifax, ville d'origine d'Hannah. Après quoi, les deux athlètes prendront enfin le temps de se reposer. Peut-être autour d'un bol de spaghetti à la bolognaise, le plat qu'elle réclame tout le temps à son futur mari. (mbr)