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L'attaquant Martelinho (à gauche) dans un duel avec le gardien du Sporting du Portugal en mars 2002.
L'attaquant Martelinho (à gauche) dans un duel avec le gardien du Sporting du Portugal en mars 2002. Image: keystone
Interview

Il y a 20 ans, un Romand changeait la face du football portugais

En 2001, Boavista devient champion du Portugal au nez et à la barbe des trois géants lusitaniens. Un exploit jamais réédité depuis. Grand artisan de ce sacre, l'ex-attaquant Martelinho vit désormais dans la Broye vaudoise. Entretien.
11.05.2021, 16:5113.05.2021, 17:08
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En mai 2001, le Boavista Futebol Clube signe l'un des plus grands exploits du football portugais, voire européen. La formation de Porto remporte le championnat du Portugal. De toute l'Histoire, c'est seulement la deuxième fois que le sacre échappe à l'un des trois géants lusitaniens – FC Porto, Benfica et Sporting – avec celle de 1946 (Belenenses). Hasard du calendrier, le Sporting peut être sacré ce mardi soir après 19 ans d'attente s'il bat... Boavista.

20 ans après, Joaquim Pereira da Silva, dit Martelinho (46 ans), revient pour watson sur cet événement historique. Il en est l'un des grands artisans. Le résident de Corcelles-près-Payerne (VD), encore sur le banc du FC Portalban-Gletterens (FR) en début d'exercice, animait l'attaque des Axadrezados pendant cette période dorée.

Vous gagnez le titre avec Boavista en 2001, un véritable exploit historique. Racontez-nous cette saison de folie.
MARTELINHO:
C’était un truc incroyable! Lors de la saison précédente, en 98-99, on fait deuxième. A ce moment, on s’est dit que c’était possible de réaliser une fois quelque chose d'énorme, d'aller au bout. Mais au début de la saison 2000-2001, le titre n’était pas un objectif. On jouait plutôt pour les places en Champions League. Le 13 janvier 2001, à la fin de la première phase, on joue Porto. Je marque et on gagne 1-0. On leur prend la première place du classement. Après le match, on discute entre nous dans le vestiaire et là, on se dit que c’est vraiment possible d’aller chercher le titre.

Le but de Martelinho contre Porto

Mais en vrai, ça a été très difficile. Il y avait une pression immense de la part de la presse. Les journalistes écrivaient chaque week-end qu’on n’y arriverait pas, qu’on craquerait tôt ou tard. Et arrive ce match de la 29e journée contre le Sporting. Il y a 0-0, et à la 89e minute, je marque de nouveau! (rires) C'était Peter Schmeichel au goal. On gagne 1-0. Je crois que c’est le tournant, que cette victoire a été décisive pour le titre.

Quelle folie ça devait être parmi vos fans et dans la ville, ce premier sacre!
Vous savez, Boavista n’a que 30 à 40’000 supporters. En comparaison, Benfica, c’est 5 millions, Porto et Sporting entre 3 et 4 millions. A eux trois, ils rassemblent 95% des fans de tout le Portugal! Nous, on est un petit club. Mais tous nos supporters forment une famille, Boavista est une famille. Je me souviens d’un match à Alverca pour la 30e journée, juste après notre victoire contre le Sporting. 50 autobus de supporters de Boavista ont parcouru 300 kms pour venir nous soutenir. On sort sur le terrain pour l'échauffement. Et là on voit toutes ces personnes dans le stade. Là, je me dis: «C’est impossible qu’on perde ce match. Parce qu’on va le jouer à 12 contre 11, et à la maison!» Et on a gagné 2-1. C'était incroyable pour un petit club comme le notre de voir un truc pareil.

Martelinho (à gauche) avec le maillot de Boavista contre le Bayern Munich en Ligue des champions en février 2002.
Martelinho (à gauche) avec le maillot de Boavista contre le Bayern Munich en Ligue des champions en février 2002. Image: keystone

Qu'est-ce qui a permis à Boavista de devenir champion?
On était une famille. A cette époque, on avait 5 millions d'euros de budget. Porto, Benfica et Sporting, c’était 50-60 millions, 10 fois le notre! Mais chez nous, les remplaçants célébraient les buts comme s’ils étaient sur le terrain. On jouait tous avec le même objectif. Attention, on était quand même une jolie équipe, hein! Individuellement, Porto, Benfica et Sporting étaient meilleurs que nous, c’est vrai. Mais au niveau du collectif, on était les meilleurs. Et avec nos grands supporters, on est allé chercher ce titre, avec beaucoup de mérite. Boavista avait aussi la chance d'être le meilleur club portugais à cette époque en matière de formation. Avec sept autres joueurs de l'équipe victorieuse, nous y avons été formés. Le maillot de la première équipe représente quelque chose de très fort pour le jeune issu de l'institution.

Vous aviez aussi cet entraîneur, Jaime Pacheco, réputé être aussi intransigeant et dur au mal que sensible humainement...
Pour moi, il est un deuxième père. C’est l'entraîneur qui a cru en mes capacités. C’est vrai qu’avec lui, on a beaucoup travaillé physiquement! On allait courir toutes les semaines dans un parc de Porto, matin comme après-midi. Techniquement, les «trois grands» étaient meilleurs. Alors on a voulu faire la différence sur le plan physique. On jouait très rapide, c’était d’ailleurs ma principale qualité. Et si vous regardez les défenses du championnat, on était la meilleure cette année-là. On avait pris seulement 22 buts en 34 matchs. Toute l’équipe travaillait défensivement. Pacheco a réussi à nous convaincre que c’était possible d’y arriver grâce au travail. Il était la personne la plus importante dans cette équipe: sa vision, sa mentalité, le groupe qu’il a formé. Il a façonné ses joueurs à son image, forts dans la tête.

Le but de Martelinho contre le Sporting

Vous avez d'ailleurs gardé cet état esprit comme entraîneur…
Ici en Suisse, au niveau où j’ai entraîné [2ème ligue interrégionale, soit la cinquième division], le plus grand problème est lié à la mentalité. Pour les joueurs, perdre 1-0 n’est pas négatif, ils se disent que perdre seulement 1-0 n'est pas grave. Non! Perdre, c’est que de la merde! (rires) C’est possible de changer cette vision des choses, mais ça demande beaucoup de travail. Au Portugal, si on perdait un match 5-0, c’était une catastrophe, une humiliation. Vous n'imaginez même pas l’ambiance dans tout le club durant la semaine qui suivait pareille claque... Ici, en deuxième ligue interrégionale, ça ne pose pas plus de problème que ça aux joueurs, il n'y a pas plus de déception qu'après une courte défaite.

Pacheco était connu pour être proche de ses joueurs, mais ne leur faisait aucun cadeau. Vous confirmez?
On avait des matches de championnat le week-end et la Ligue des Champions durant la semaine. Si un joueur levait un peu le pied en championnat pour arriver en pleine forme et briller en coupe d'Europe, alors il savait qu'il ne jouerait pas cette partie européenne. C'était notre mentalité: on mettait la même intensité à chaque match, peu importe l'adversaire. Le mec qui ne jouait pas à 100%, il sortait. Idem avec les entraînements: si tu faisais un super match le week-end mais que tu te relâchais la semaine, Pacheco ne te convoquait même pas pour le match suivant.

Jaime Pacheco s'essayant au <em>moonwalk </em>en février 2002 lors d'un match de Ligue des Champions contre le Bayern Munich.
Jaime Pacheco s'essayant au moonwalk en février 2002 lors d'un match de Ligue des Champions contre le Bayern Munich.Image: keystone

Il y a cette exception: le dernier match de la saison, vous affrontez Porto chez eux. Vous êtes déjà champions. Les joueurs de Boavista arrivent au stade en tongs et chemisettes, avec les cheveux décolorés...
On avait tout fait pour éviter de devoir jouer le titre sur ce derby, parce que ça aurait été très difficile... Heureusement, on était assurés du sacre, avec quatre points d'avance sur le FC Porto. On prend une claque 4-0. La semaine avant ce dernier match, on avait fait la fête tous les jours! (rires) On enchaînait les restaurants et les discothèques, la municipalité de Porto nous avait aussi reçus. Franchement, c'était normal de se lâcher pareillement, pour un club qui gagne pour la première fois le titre. Mais Porto nous attendait le couteau entre les dents. Notre sacre leur restait en travers de la gorge. Ce jour-là, il faisait super chaud, 35 degrés, et dès la 20e minute on a joué à dix après l’expulsion de Petit. Ensuite, ça a été la catastrophe. Ils étaient archi-motivés à nous battre, pour montrer qu’ils étaient quand même meilleurs que nous. Mais on s’en fichait, nous on était champions! (rires)

Quels liens avez-vous gardé avec Boavista?
Depuis que j’ai arrêté ma carrière, je regarde beaucoup de matches du club. L’un de mes fils est un grand fan. Il est au Portugal, il va voir tous les matches à domicile. Cette saison, c’est un peu compliqué au niveau des résultats. A trois matches de la fin, Boavista se bat contre la relégation. Il va affronter le Sporting mardi soir, qui, s’il gagne, sera champion. Petite parenthèse: ce serait le premier titre du grand Sporting depuis 2002... Cela montre à quel point il est difficile d'être sacré au Portugal, et combien notre titre de 2001 était un exploit.

J'ai gardé des contacts avec l'ancien latéral français William Quevedo, on s'appelle tous les trois-quatre mois. Je suis resté ami avec sept-huit joueurs, dont le gardien Ricardo et Petit, avec qui on se parle souvent. Et chaque année, avant la pandémie de Covid-19, Boavista organisait une réunion avec tous les membres et anciens membres du club pour commémorer le titre de 2001. Tout le monde y était convié: les joueurs, les entraîneurs, mais aussi les concierges et les responsables du matériel. Parce qu'une équipe de football, ce n'est pas seulement des gens sur un terrain. C'est toute une structure, et c'est ce que nous étions.

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