Marco Odermatt est un peu dans l'ombre de Franjo von Allmen lors des ces Jeux olympiques. Mais le géant de samedi 14 février pourrait lui valoir de l'or. image: Keystone
Marco Odermatt rejoue Pékin 2022
Le phénomène de Nidwald est scruté lors de ces Jeux olympiques de Milan-Cortina. S'il compte deux médailles, il n'a pas encore d'or. Un schéma qui rappelle quelque peu Pékin 2022.
On le décrivait le visage fermé avant la descente, encore déçu d'avoir perdu son duel avec Giovanni Franzoni sur la Streif. On le disait même abattu après sa 4e place du samedi 7 février lors de la descente olympique.
Il avait réagi lors de l'épreuve du combiné par équipe (3e), avant que Loïc Meillard ne vienne parachever l'œuvre en décrochant l'argent. Puis il a accroché le bronze en super-G. Pourtant, tout le monde parle de crise pour le Nidwaldien.
C'est simple: dès qu'il ne gagne pas, Marco Odermatt est annoncé en difficulté. Normal, c'est le numéro un mondial, avec une avance écrasante au classement général de la Coupe du monde. Tout ce qui compte, c'est le trône: pour lui comme pour les médias.
Pékin 2022, le trou noir avant la lumière
Mais souvenez-vous de Pékin 2022, lorsqu'il filait vers une médaille olympique en super-G avant de se faire surprendre dans la dernière compression.
Il était effondré contre les barrières, abattu dans l'aire d'arrivée chinoise, la tête baissée. Ce fichu pied droit qui lui a coûté une part de gloire lui a sans doute insufflé une hargne nouvelle. Une détermination féroce qui le pousse à appuyer sur l'accélérateur.
Marco Odermatt avait aligné deux déceptions avant de briller en glanant l'or en géant à Pékin.image: Keystone
Difficile de ne pas relier 2022 à 2026. A Bormio, on repense encore à son visage défait lorsque Dominik Paris lui a soufflé cette médaille de bronze samedi dernier. Des réminiscences, des signaux d'alerte. Au fond, ne pas voir Odermatt au sommet de l'affiche relève de l'anomalie.
Cette conviction imprègne l'inconscient collectif: c'est le fardeau de tous les champions hors norme.
Mais Odi peut connaître un jour de malchance, essuyé un petit coup bas du destin. Il avait même publié sur ses réseaux sociaux un térébrant «skiracing can be hard» («le ski peut être cruel») après sa déconvenue sur la neige (artificielle) chinoise. Il connaît les coups durs.
Des yeux tournés vers les médailles.image: Keystone
Dans la foulée, l'auteur de ces lignes avait même rédigé un article pour expliquer qu'Odi était attendu comme le Messie, mais qu'il risquait fort de passer au travers de ses JO chinois. A l'image de Hirscher ou Shiffrin, qui ont souvent déçu lors des joutes olympiques, il rejoindrait cette longue lignée d'athlètes ultradominateurs qui se heurtent à la pression olympique.
La victoire pékinoise en géant du roi d'Hergiswil, arrachée au forceps, a révélé que l'homme est taillé dans un bois autrement plus noble – un bois impérial que le temps ne saurait corroder. Faut-il encore rappeler qu'il règne sur la discipline et qu'il aligne déjà trois victoires cette saison?
Pour Odermatt, à l'image de Tadej Pogačar en cyclisme, la victoire n'est pas un objectif, c'est une exigence. Un entraîneur proche du Nidwaldien nous a confié:
«Marco, avec son statut, il vise l'or. Mais avec du recul, il est conscient de l'importance de ces deux médailles (argent et bronze) glanées.»
Ce ne sont pas les commentaires de la presse sur cet Odi en demi-teinte, qui peine à livrer son récital habituel, qui inquiéteront le Suisse. Pendant que les fans s'enflamment pour Franjo von Allmen après sa moisson record sur les pentes italiennes, Marco Odermatt pourrait mettre les bouchées double pour décrocher une troisième médaille en quatre courses, surtout qu'il se dit «satisfait, mais pas comblé» de ses JO avant d'entamer sa dernière épreuve olympique.