Le FC Saint-Gall a un atout secret pour gagner le titre
Depuis un an et demi, le FC Saint-Gall a pris un virage dans son approche de la psychologie du sport. Il n’y a pas si longtemps encore, chaque joueur devait se débrouiller seul s’il souhaitait travailler sur le plan mental. Et il n’était pas question qu’un psychologue ait accès à l’intimité du vestiaire. Les séances, en plus, étaient à la charge des joueurs.
Avec l’arrivée du directeur sportif Roger Stilz, cette manière de faire a radicalement changé. Une évolution logique, presque incontournable: la tête est aujourd’hui considérée comme le secteur offrant le plus grand potentiel d’amélioration, alors que les joueurs sont déjà formés à très haut niveau sur le plan purement footballistique.
Roger Stilz voit le psychologue du sport comme un préparateur physique du mental:
De son passage au SC Kriens comme joueur, Stilz (48 ans) connaissait Alain Meyer et l’a contacté. Comme l'entraîneur Enrico Maassen et son staff étaient eux aussi ouverts à cette démarche, Meyer travaille depuis un an et demi au FC Saint-Gall en tant que «responsable mental et personnalité».
Agé de 49 ans, Alain Meyer a déjà œuvré pour l’équipe nationale féminine et pour le FC Bâle, où il a notamment accompagné les débuts de Breel Embolo. Il dispose aussi d’un avantage non négligeable: il a lui-même été footballeur de haut niveau, comme gardien. Lors d’un essai au FC Bâle, il s’était même battu pour devenir la doublure de Pascal Zuberbühler.
«J’étais trop sensible, je réfléchissais trop et je n’arrivais ni à trier ni à canaliser mes pensées. J’ai échoué», raconte-t-il. C’est sans doute aussi ce qui l’a poussé vers la psychologie du sport.
Meyer a été gardien au FC Winterthour et au FC Bienne, en Challenge League. Et il s’est illustré, en août 2008, par un carton rouge dès la 3ᵉ minute contre le FC Saint-Gall, après une faute en position de dernier défenseur. «C’est loin», sourit-il, «mais c’était, d’une certaine manière, mon premier contact avec le club».
Aujourd’hui, comme coach mental chez les Brodeurs, il a un rythme de discussions individuelles toutes les trois semaines sur place, avec un contact téléphonique possible à tout moment et, en général, chaque semaine. Meyer a aussi été présent les premiers jours du camp de préparation cet hiver, dans le sud de l’Espagne.
Entretiens individuels et secret professionnel
Il le répète: la psychologie du sport ne traite pas de problèmes.
Autrement dit, des derniers pourcents «qui peuvent faire gagner des points».
Avec vingt ans d’expérience en psychologie du sport, Alain Meyer sait de quoi il parle. Il n’exige jamais rien. Tout repose sur l’envie, le consentement. Une relation se crée avec le joueur. Certains à Saint-Gall montent volontiers dans le train, d’autres sont plus réservés.
Le psy des Brodeurs privilégie les entretiens individuels. Il ne s’agit ni de team building ni d’intervenir dans la dynamique du groupe. Il conserve une position extérieure, neutre, qu’il perdrait s’il faisait partie intégrante du staff. Il entre, puis se retire.
Son objectif est de renforcer la capacité d’autogestion des joueurs.
Meyer n’est pas qu’un simple donneur d’impulsions: il aide à transformer les préoccupations en nouvelles perspectives. Et bien sûr, il est tenu au secret professionnel. Aucun nom ne sort jamais des entretiens. «Sinon, j’ai perdu», dit-il sans détour.
Le bouledogue et le conseil pour les penalties
Formé à la Haute école spécialisée d’Olten, puis titulaire d’un master en psychologie du sport et coaching à Berlin, Meyer explique ce qu’il observe le plus souvent.
La nervosité n’est pas une faiblesse, mais une force.
Encore faut-il disposer des bons outils. «Comment je me parle? Comment je fais disparaître les pensées négatives?» Les joueurs doivent apprendre à se coacher eux-mêmes, à diriger leur attention, à l’aide de visualisations, d’images ou de techniques de respiration. Et surtout, à casser leurs automatismes.
Marié, propriétaire d’un bouledogue qui «le ramène sur terre» lorsqu’il travaille trop, Alain Meyer puise aussi son énergie au bord du lac de Bienne. «Comparé à d’autres mandats, le FC Saint-Gall est une véritable chance et une réussite, notamment grâce à l'ouverture d'esprit de ce club. Humainement, nous avons énormément progressé ensemble», s'enthousiasme-t-il.
A-t-il contribué aux victoires lors des trois dernières séances de tirs au but, contre Trabzonspor, Wil et Rapperswil? Peut-être. Mais il se garde bien de promettre une recette miracle.
Les joueurs savent tirer des penalties, mais doivent apprendre à prendre de la distance avec leurs pensées. Le psy saint-gallois déconseille aussi de changer au dernier moment de côté où on veut tirer. Car cela ne fait que semer le doute.
Vomi, calme et bienveillance
Contrairement aux motivateurs qui agissent à court terme, le psychologue du FC Saint-Gall vise un renforcement durable du mental. «Il s’agit de rendre les joueurs aptes à gérer la pression. Comment je vais? De quoi ai-je besoin? Comment puis-je influencer mes pensées?»
Il évoque aussi le cas de Per Mertesacker, qui avait révélé vomir régulièrement avant les matchs.
Or, rappelle Alain Meyer, «la nervosité est aussi un signe que ce que l’on fait a de l’importance».
Il parle du phénomène psychologique de fight or flight (en français: la réponse combat-fuite), ce système d’alarme hérité de la survie. Face au stress, il faut apprendre à retrouver le calme. Les sportifs doivent comprendre leurs processus inconscients. On peut travailler sur la peur de l’échec, comme sur la peur de l’avion. Par l’acceptation, pas par la lutte.
Beaucoup de sportifs entretiennent aussi une relation destructrice avec eux-mêmes, souvent liée au perfectionnisme. «C’est une erreur fondamentale», affirme Meyer. «Il faut se traiter avec autant de bienveillance que les autres.»
L’attention à l’instant présent, devenue centrale dans la société, joue également un rôle. Quand le stade du FC Saint-Gall est rempli avec 20 000 spectateurs, les joueurs locaux peuvent choisir de ne pas ignorer cette énergie, mais de l’utiliser: «Je me soutiens en me concentrant sur moi et sur le terrain. Et je me dis: aujourd’hui, je vais montrer à quel point je suis bon.»
On espère toutefois pour Servette que les Brodeurs n'auront pas trop souvent cette pensée positive en tête ce dimanche...
Adaptation en français: Yoann Graber
