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Super League: Saint-Gall travaille avec le psy Alain Meyer

Carlo Boukhalfa et ses coéquipiers au FC Saint-Gall bénéficient de l'aide d'Alain Meyer (en médaillon).
Carlo Boukhalfa et ses coéquipiers au FC Saint-Gall bénéficient de l'aide d'Alain Meyer (en médaillon). image: watson

Le FC Saint-Gall a un atout secret pour gagner le titre

Les Brodeurs – qui reçoivent Servette ce dimanche (16h30) – réalisent une très belle saison en Super League et peuvent rêver d'un titre inattendu. Notamment grâce au travail d'un homme.
24.01.2026, 19:0024.01.2026, 19:00
Christian Brägger, Benalup-Casas Viejas / ch media

Depuis un an et demi, le FC Saint-Gall a pris un virage dans son approche de la psychologie du sport. Il n’y a pas si longtemps encore, chaque joueur devait se débrouiller seul s’il souhaitait travailler sur le plan mental. Et il n’était pas question qu’un psychologue ait accès à l’intimité du vestiaire. Les séances, en plus, étaient à la charge des joueurs.

Avec l’arrivée du directeur sportif Roger Stilz, cette manière de faire a radicalement changé. Une évolution logique, presque incontournable: la tête est aujourd’hui considérée comme le secteur offrant le plus grand potentiel d’amélioration, alors que les joueurs sont déjà formés à très haut niveau sur le plan purement footballistique.

Ça va moins bien pour Sommer 👇

Roger Stilz voit le psychologue du sport comme un préparateur physique du mental:

«Les joueurs, mais aussi les entraîneurs, doivent comprendre qu’il s’agit d’accepter sa personnalité et de la développer, pas de régler ou de guérir des problèmes avec une discussion.»

De son passage au SC Kriens comme joueur, Stilz (48 ans) connaissait Alain Meyer et l’a contacté. Comme l'entraîneur Enrico Maassen et son staff étaient eux aussi ouverts à cette démarche, Meyer travaille depuis un an et demi au FC Saint-Gall en tant que «responsable mental et personnalité».

Agé de 49 ans, Alain Meyer a déjà œuvré pour l’équipe nationale féminine et pour le FC Bâle, où il a notamment accompagné les débuts de Breel Embolo. Il dispose aussi d’un avantage non négligeable: il a lui-même été footballeur de haut niveau, comme gardien. Lors d’un essai au FC Bâle, il s’était même battu pour devenir la doublure de Pascal Zuberbühler.

Alain Meyer, psychologue du sport, travaille depuis un an et demi au FC Saint-Gall.
Alain Meyer, psychologue du sport, travaille depuis un an et demi au FC Saint-Gall. image: Manuel Eichmann/FCSG

«J’étais trop sensible, je réfléchissais trop et je n’arrivais ni à trier ni à canaliser mes pensées. J’ai échoué», raconte-t-il. C’est sans doute aussi ce qui l’a poussé vers la psychologie du sport.

Meyer a été gardien au FC Winterthour et au FC Bienne, en Challenge League. Et il s’est illustré, en août 2008, par un carton rouge dès la 3ᵉ minute contre le FC Saint-Gall, après une faute en position de dernier défenseur. «C’est loin», sourit-il, «mais c’était, d’une certaine manière, mon premier contact avec le club».

Le gardien Biennois Alain Meyer arrette un but lors de la rencontre de football de Challenge League entre FC Lausanne-Sport et le FC Biel-Bienne, ce samedi 06 decembre 2008 au stade Olympique de la Po ...
Alain Meyer, ici en 2008, a notamment défendu la cage du FC Bienne en Challenge League.Image: KEYSTONE

Aujourd’hui, comme coach mental chez les Brodeurs, il a un rythme de discussions individuelles toutes les trois semaines sur place, avec un contact téléphonique possible à tout moment et, en général, chaque semaine. Meyer a aussi été présent les premiers jours du camp de préparation cet hiver, dans le sud de l’Espagne.

Entretiens individuels et secret professionnel

Il le répète: la psychologie du sport ne traite pas de problèmes.

«Il s’agit d’optimisation, de développement personnel, de clarté, de calme, de concentration. De résilience aussi, et de rapidité d’action»

Autrement dit, des derniers pourcents «qui peuvent faire gagner des points».

Alain Meyer a aussi travaillé au sein de l'Association suisse de football (ASF).
Alain Meyer a aussi travaillé au sein de l'Association suisse de football (ASF). image: instagram

Avec vingt ans d’expérience en psychologie du sport, Alain Meyer sait de quoi il parle. Il n’exige jamais rien. Tout repose sur l’envie, le consentement. Une relation se crée avec le joueur. Certains à Saint-Gall montent volontiers dans le train, d’autres sont plus réservés.

Le psy des Brodeurs privilégie les entretiens individuels. Il ne s’agit ni de team building ni d’intervenir dans la dynamique du groupe. Il conserve une position extérieure, neutre, qu’il perdrait s’il faisait partie intégrante du staff. Il entre, puis se retire.

Son objectif est de renforcer la capacité d’autogestion des joueurs.

«Il s’agit de permettre à chacun d’exploiter pleinement son potentiel»
Christian Witzig (SG), Mitte, bejubelt sein 1-1mit Team im Fussball Meisterschaftsspiel der Swiss Super League zwischen dem FC St. Gallen (St. Gallen) und dem FC Zuerich (FCZ), am Samstag, 6. Dezember ...
Alain Meyer veut aider chaque joueur du FCSG à développer pleinement son potentiel. De quoi influencer positivement les résultats de l'équipe.Image: KEYSTONE

Meyer n’est pas qu’un simple donneur d’impulsions: il aide à transformer les préoccupations en nouvelles perspectives. Et bien sûr, il est tenu au secret professionnel. Aucun nom ne sort jamais des entretiens. «Sinon, j’ai perdu», dit-il sans détour.

Le bouledogue et le conseil pour les penalties

Formé à la Haute école spécialisée d’Olten, puis titulaire d’un master en psychologie du sport et coaching à Berlin, Meyer explique ce qu’il observe le plus souvent.

«Quand un joueur me dit qu’il est nerveux, je peux lui expliquer ce qui se passe dans son corps. Celui-ci signale simplement que des performances maximales sont attendues.»

La nervosité n’est pas une faiblesse, mais une force.

«Elle rend plus rapide, plus alerte»

Encore faut-il disposer des bons outils. «Comment je me parle? Comment je fais disparaître les pensées négatives?» Les joueurs doivent apprendre à se coacher eux-mêmes, à diriger leur attention, à l’aide de visualisations, d’images ou de techniques de respiration. Et surtout, à casser leurs automatismes.

Marié, propriétaire d’un bouledogue qui «le ramène sur terre» lorsqu’il travaille trop, Alain Meyer puise aussi son énergie au bord du lac de Bienne. «Comparé à d’autres mandats, le FC Saint-Gall est une véritable chance et une réussite, notamment grâce à l'ouverture d'esprit de ce club. Humainement, nous avons énormément progressé ensemble», s'enthousiasme-t-il.

Alain Meyer aime se ressourcer avec son chien au bord du lac de Bienne.
Alain Meyer aime se ressourcer avec son chien au bord du lac de Bienne.image: instagram

A-t-il contribué aux victoires lors des trois dernières séances de tirs au but, contre Trabzonspor, Wil et Rapperswil? Peut-être. Mais il se garde bien de promettre une recette miracle.

«On peut toutefois entraîner les émotions et les pensées juste avant le tir»

Les joueurs savent tirer des penalties, mais doivent apprendre à prendre de la distance avec leurs pensées. Le psy saint-gallois déconseille aussi de changer au dernier moment de côté où on veut tirer. Car cela ne fait que semer le doute.

Vomi, calme et bienveillance

Contrairement aux motivateurs qui agissent à court terme, le psychologue du FC Saint-Gall vise un renforcement durable du mental. «Il s’agit de rendre les joueurs aptes à gérer la pression. Comment je vais? De quoi ai-je besoin? Comment puis-je influencer mes pensées?»

Il évoque aussi le cas de Per Mertesacker, qui avait révélé vomir régulièrement avant les matchs.

«Il n’écoutait pas son corps, qui montait en régime pour se préparer. Devant 40 000 spectateurs, être calme n’est pas réaliste. Vomir était pour lui une manière d’évacuer la nervosité. Il a mal interprété ses sensations.»
epa04156703 Arsenal's Per Mertesacker reacts during the English Premier League soccer match between Everton FC and Arsenal FC at Goodison in Liverpool, Britain, 06 April 2014. Everton won 3-0. EP ...
Per Mertesacker (ex-Arsenal et équipe d'Allemagne) était très stressé avant les matchs. Image: keystone

Or, rappelle Alain Meyer, «la nervosité est aussi un signe que ce que l’on fait a de l’importance».

Il parle du phénomène psychologique de fight or flight (en français: la réponse combat-fuite), ce système d’alarme hérité de la survie. Face au stress, il faut apprendre à retrouver le calme. Les sportifs doivent comprendre leurs processus inconscients. On peut travailler sur la peur de l’échec, comme sur la peur de l’avion. Par l’acceptation, pas par la lutte.

«On a été conditionnés à ne pas vouloir avoir peur. Pourtant, on pourrait faire de la peur une alliée et passer d’une tension maximale à une tension moyenne»
Alain Meyer

Là-bas aussi, le bien-être des joueurs est pris au sérieux👇

Beaucoup de sportifs entretiennent aussi une relation destructrice avec eux-mêmes, souvent liée au perfectionnisme. «C’est une erreur fondamentale», affirme Meyer. «Il faut se traiter avec autant de bienveillance que les autres.»

L’attention à l’instant présent, devenue centrale dans la société, joue également un rôle. Quand le stade du FC Saint-Gall est rempli avec 20 000 spectateurs, les joueurs locaux peuvent choisir de ne pas ignorer cette énergie, mais de l’utiliser: «Je me soutiens en me concentrant sur moi et sur le terrain. Et je me dis: aujourd’hui, je vais montrer à quel point je suis bon.»

On espère toutefois pour Servette que les Brodeurs n'auront pas trop souvent cette pensée positive en tête ce dimanche...

Adaptation en français: Yoann Graber

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source: lecteur
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