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FIFA 22 débarque, mais ce jeu peut vite se transformer en enfer

Le jeu de football virtuel le plus populaire de la planète sera disponible dès le 1er octobre. Un jeu qui peut engendrer des dérives dangereuses et des comportements sociaux inquiétants. On fait le tour de la question avec deux gamers expérimentés.
26.09.2021, 17:0226.09.2021, 17:36
Jonathan Amorim
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Fabio Pechlaner, dit «Cobra», est le joueur officiel FIFA du FC Sion. Le Zurichois est également membre de l'équipe nationale suisse de eFootball. Laurent Moret, ou «loranzocancun», a été quant à lui le coéquipier de Fabio pendant deux ans en Valais avant de quitter le club cet été. Les deux font partie des meilleurs joueurs FIFA du pays et nous expliquent le côté sombre du jeu.

Le trailer officiel du jeu

FIFA 22 arrive avec des mises à jour et un nouveau gameplay.

Un mode de jeu pointé du doigt 💸

Ces dernières années, EA Sports, la société créatrice du jeu, a diversifié ses revenus. La vente de «pack» sur le monde «Ultimate Team» est devenue, largement, l'entrée financière la plus importante. Pour vulgariser le concept, il s'agit d'un système où les utilisateurs achètent des «packs» (avec une carte de crédit) pour obtenir des joueurs qui améliorent leur équipe. Par la suite, ils affrontent des adversaires en ligne afin d'obtenir le meilleur classement possible.

Un système que certains qualifient de «pay-to-win», car pour avoir les meilleurs joueurs, qui se font rares, il faut acheter un maximum de «packs». En gros, plus l'utilisateur investit, plus il a de chance de gagner. «Lorsque deux joueurs du même niveau s'affrontent, c'est souvent celui qui a la meilleure équipe qui gagne. C'est dommage, on ne met pas ici en avant le talent, mais l'argent investi», déplore Laurent Moret.

Un petit tuto pour démarrer et ne pas être largué

Un avis partagé par son ancien coéquipier au FC Sion, Fabio Pechlaner: «C'est un système de ''pay to win'' clair et ce n'est pas équitable. Je suis curieux de voir combien de temps cela va durer. Beaucoup de joueurs arrêtent, car ils n'ont pas les moyens de concurrencer les gros investisseurs».

Cette grogne est même montée jusqu'aux principaux intéressés puisque certains joueurs de football professionnels se sont demandé comment et pourquoi EA Sports se faisaient autant d'argent sur leur dos? Le tweet du célèbre agent Mino Raiola (qui gère notamment la carrière de Zlatan Ibrahimovic, l'un des leaders de la révolte) en dit long.

Certains pays comme la Belgique ont par ailleurs déjà interdit ce mode de jeu considéré comme un jeu de hasard.

Un jeu addictif? 🤨

«Ce n'est pas vraiment le jeu qui est addictif, mais plutôt l'achat de ''pack''. Il faut vraiment prendre du recul par rapport à ça, car des drames peuvent vite arriver», avertit Fabio Pechlaner. Pour lui, le nombre d'heures passées sur la console est la responsabilité du joueur, qui doit absolument «bien s'entourer socialement et ne pas s'enfermer dans une bulle».

Laurent Moret, champion valaisan sacré lors d'un tournoi organisé par Migros Valais en 2019, compare le jeu à un casino: «C'est une sorte de cercle vicieux. Quand tu perds, tu veux te refaire et regagner un match. Il faut réussir à se détacher de tout cela, notamment sur ''Ultimate Team'' où le premier réflexe après une défaite est d'acheter un pack pour améliorer son équipe».

Une addiction qui peut parfois tourner au drame, comme ce fut le cas l'an dernier lorsqu'un père de famille français de 35 ans, endetté à hauteur de 13 000 euros après des achats sur le jeu, a tenté de se suicider.

Trash-talking et réseaux sociaux 😡

Un autre phénomène inquiétant intervient directement sur les réseaux sociaux, un lieu où la jeune génération a tendance a laissé échapper ses mots. Laurent Moret en est même venu à bloquer sa messagerie sur son compte PlayStation:

«Je me faisais toujours insulter après une victoire. Donc j'ai bloqué ma messagerie. Maintenant, je reçois des insultes sur Instagram»
Laurent Moret

Le constat est aussi amer chez Fabio Pechlaner: «Ce sont souvent des très jeunes joueurs qui se laissent emporter par leurs émotions derrière leurs écrans. Il faut malheureusement vivre avec lorsqu'on joue à FIFA à un niveau compétitif.»

Selon Laurent Moret, ces insultes sont aussi le fruit de mauvais exemples donnés par des joueurs célèbres de FIFA, qui s'énervent quand leurs adversaires pratiquent le toxic game, une forme d'anti-jeu:

«Beaucoup de joueurs pètent un plomb après avoir perdu contre un adversaire qui pratique ce que l'on appelle un "jeu toxique". Il s'agit de tout faire pour gagner et pour énerver son adversaire comme laisser défiler à l'écran les célébrations après ses buts ou garder le ballon dans son camp pendant de longs moments. Des streamers populaires cassent des manettes et s'énervent en direct, ce qui popularise ce type de comportement, surtout chez les jeunes».

L'an dernier, le Danois du RB Leipzig Gaming Anders Vejrgang (15 ans) a pulvérisé le record de succès à la suite sur le mode de jeu «Ultimate Team» avec 535 victoires. Suite à sa première défaite, le prodige a été victime d'un déferlement de haine en ligne de la part de la communauté de gamers FIFA, souvent jugée néfaste. De quoi faire réagir Diogo Peixoto, un joueur français très populaire également.

On se réjouit quand même? 🎮

Décrié à longueur d'années, le jeu suscite toutefois une énorme attente à chacune de ses sorties. Pour Laurent Moret, qui a quitté le FC Sion cet été, il s'agira cette année de surtout prendre du plaisir: «Je vais continuer à y jouer mais sans me prendre la tête, uniquement pour le plaisir. Au final, le eFootball, c'est comme le football, il y a des millions de joueurs et très peu qui arrivent à vivre de leur passion.»

Fabio Pechlaner a quant à lui prolongé son contrat avec le FC Sion pour une troisième saison consécutive. Il affirme être plus motivé que jamais, malgré les dérives de son jeu favori:

«Je ne me fixe pas vraiment d'objectifs. Je joue pour gagner chaque match. Ma motivation est au maximum»
Fabio Pechlaner

Encore quelques jours de patience donc avant de pouvoir affronter à nouveau vos amis en ligne ou dans votre salon. Avec, bien sûr, le recul nécessaire pour éviter de casser vos manettes. Sinon, vous avez également la possibilité de vous tourner vers le concurrent de toujours de FIFA, PES, qui s'appelle désormais eFootball et qui est devenu gratuit au téléchargement.

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