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Des clubs de foot suisse laissent leur vestiaire dans un état déplorable

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Des clubs de foot suisse laissent leur vestiaire dans un état déplorable

Les images du vestiaire italien jonché de déchets il y a dix jours ont choqué. Fait-on mieux chez nous? Pas toujours. Plusieurs gérants de stades romands expriment leur ras-le-bol et racontent leurs trouvailles: bananes, cartons ou bouteilles.
05.04.2022, 06:5805.04.2022, 11:08

En quittant le stade de Palerme, il y a dix jours et peu après avoir été éliminés sans gloire par la Macédoine du Nord (0-1), les footballeurs italiens de la Nazionale ont laissé derrière eux une montagne de déchets. Des détritus débordaient des poubelles, jonchaient le sol et végétaient jusque dans certains lavabos.

«J'ai vu la vidéo du vestiaire de Palerme. Les adversaires de Xamax n'ont jamais laissé autant de choses, mais c'est un peu du même acabit, fait remarquer Patrick Pollicino, chef du service des sports de la ville de Neuchâtel. Des déchets qui traînent après les matchs, on en a régulièrement.»

M. Pollicino a déjà vu des drôles de choses en ouvrant la porte du vestiaire visiteur de la Maladière:

«L'état est parfois déplorable. J'ai découvert des pelures de bananes collées dans les casiers, de la nourriture qui traîne, des assiettes réparties sur des bancs ou des tables, des bandages et sparadraps abandonnés, ou encore des gels douche à moitié-plein. À Neuchâtel, nous mettons à disposition un système de tri: il y a un compartiment pour les bouteilles en PET, un autre pour les incinérables et un autre encore pour les canettes en aluminium. Or on se rend compte qu'il n'y a aucun respect dans le tri. Les équipes mélangent tout, et ce de manière régulière.»

Les vestiaires visiteurs sont si souvent dégradés que les responsables des stades finissent par trouver ça normal. «À Sion, la plupart du temps, c'est assez clean», commence Johan Roh quand on l'interroge sur le sujet. Avant d'ajouter:

«Bien sûr, des déchets par terre, comme des strap, des bandages, du papier, 2 ou 3 bouteilles, il y a toujours. Mais ça, c'est normal»

Le responsable des infrastructures de Tourbillon banalise même le geste d'un joueur qui a esquinté un essuie-mains en inox après lui avoir asséné un coup de poing. «C'est pas des grosses choses.»

Olivier Pittet prend lui aussi garde de ne pas faire de certaines exceptions une généralité. Le gérant du stade de la Pontaise reconnaît cependant qu'il a connu «des situations d'après-match qui n'étaient pas très bonnes». Concrètement: des bouteilles entamées puis abandonnées, de la terre sur le sol, des cartons de pizzas ouverts ou encore des poubelles qui débordent allègrement.

«Tous ces déchets que nous retrouvons, c'est un manque de respect vis-à-vis du gérant du stade et de l'équipe qui les accueille, grince Patrick Pollicino à Neuchâtel. L'entreprise mandatée pour les nettoyages est sensée récurer les sols et les stériliser, pas récupérer des bananes collées au plafond!»

«Les footballeurs sont des assistés»

D'ordinaire, les derniers à quitter le vestiaire sont les intendants (notamment le responsable matériel). C'est donc à eux que revient la charge de laisser le vestiaire propre.

Comme celui du Japon en 2018

Eliminés en 8e de finale du Mondial 2018 par la Belgique (3-2), les Nippons avaient tout nettoyé avant de partir. Ils avaient même laissé une note (en russe) à l'attention des propriétaire du stade: « ...
Eliminés en 8e de finale du Mondial 2018 par la Belgique (3-2), les Nippons avaient tout nettoyé avant de partir. Ils avaient même laissé une note (en russe) à l'attention des propriétaire du stade: «Merci».Image: Twitter

Compter sur les intendants pour «poutser» les lieux déresponsabilise totalement les principaux occupants du vestiaire: les footballeurs. Olivier Pittet manie l'euphémisme: «Il y a peu de joueurs qui passent un coup de balai avant de partir». Et c'est tout le problème. «À partir d'un certain niveau, les footballeurs sont un peu des assistés. Ils ne portent pas leur sac, tout est prêt et rangé quand ils arrivent.» Pourquoi devraient-ils se soucier de l'état du vestiaire en éteignant la lumière?

Les Italiens, eux, n'y ont guère prêté attention. «Il y avait une forme de dépit», songe Olivier Pittet (Lausanne), en se remémorant le scénario du match, la domination des Transalpins et, à la fin, l'élimination de la course au Mondial. «C'est clair, c'était de la frustration», trouve aussi Johan Roh (Sion).

Les équipes battues, par colère ou vengeance, auraient-elles davantage tendance à dégrader les lieux? «On ne tient pas de statistiques sur le lien de cause à effet entre le résultat et l'état du vestiaire, sourit Patrick Pollicino (Neuchâtel). Ce qui est certain, c'est que j'ai déjà vu des locaux dans un état déplorable après une victoire

Les grands clubs sont-ils plus propres?

Aucune véritable tendance ne se dégage, ni dans le résultat, ni dans le standing de l'équipe en déplacement.

«Les petits clubs ont parfois un vestiaire nickel chrome, alors qu'il est arrivé que certains grands, qui avaient toujours été propres, laissent l'endroit dégueulasse»
Johan Roh, responsable des infrastructures de Tourbillon

«Il n'y a pas de logique en la matière. C'est assez surprenant, appuie Patrick Pollicino. Ce qui est surprenant aussi, c'est qu'en Suisse nous avons quand même, historiquement, la réputation d'être regardant sur la propreté.»

Comment faire pour changer les choses? Pour que la responsabilité ne soit plus seulement individuelle mais collective? Patrick Pollicino a eu une idée, mais elle s'est avérée peu concluante: «Par le passé, on avertissait Neuchâtel-Xamax pour qu'il transmette notre mécontentement à l'équipe négligente. On l'a fait pendant un moment, puis on a abandonné. On ne peut pas régler le problème ainsi.»

Comment alors? D'abord, le Neuchâtelois rappelle que c'est un sujet qui dépasse le football, «un problème de société, relatif au manque d'éducation.» Il suffit de se promener sur les rives du lac de Neuchâtel ou du lac Léman, le week-end en été, pour constater que le ramassage des déchets personnels n'est pas un sujet de préoccupation majeur.

Pour en revenir au football, Patrick Pollicino en appelle à une réaction des instances dirigeantes:

«Inciter les footballeurs à adopter le bon comportement et à faire preuve de respect dans l'utilisation des locaux adverses, ça doit venir de la Swiss Football League. Elle mène d'ailleurs plusieurs campagnes de sensibilisation sur des sujets comme l'éthique ou le racisme.»

Peut-être aussi qu'après avoir passé «Gladiator» ou «Invictus» pour motiver leurs joueurs, les entraîneurs pourraient leur diffuser «C'est du propre», histoire de les inciter à ranger leurs affaires.

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