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Dejan Stankovic (en rouge, ici face au Salvador) est la vedette et le fer de lance de l'équipe de Suisse de Beach soccer. image: keystone

En Suisse, le Beach soccer se joue sur des sables mouvants

L'équipe de Suisse est en quarts de finale du Mondial. Mais les réussites de la Nati ne sont qu'une façade: la discipline survit difficilement dans notre pays.



Les Suisses cartonnent au Mondial de Beach soccer. Mardi, ils ont gagné leur troisième match en trois journées sur le sable russe. Ils sont venus à bout du Salvador (8-7). Les hommes d'Angelo Schirinzi ont fait forte impression dès leur première sortie, en battant le Brésil – 14 fois champion du Monde en 22 éditions – aux tirs au but. Leaders de leur poule, ils affronteront l'Uruguay en quarts de finale jeudi après-midi à Moscou.

Ces bons résultats ne sont pas vraiment une surprise: la Nati se montre souvent à son avantage lors des grands tournois. Elle s'y qualifie très régulièrement et y réalise des exploits, comme en 2005 lorsqu'elle est devenue championne d'Europe ou en 2009, quand elle a atteint la finale du Mondial pour sa première participation.

Des cadres solides et dévoués

Dejan Stankovic (36 ans), attaquant vedette de l'équipe nationale, avait gagné les trophées de meilleur joueur et buteur de ce tournoi. Aujourd'hui, la Nati peut encore compter sur le vétéran qui évolue à Viareggio, en Italie. Elle s'appuie aussi sur plusieurs autres cadres expérimentés comme Valentin Jaeggy, Sandro Spaccarotella et Noël Ott. Surtout, elle bénéficie de la passion de son sélectionneur Angelo Schirinzi. Le Bâlois, ancien joueur international, collabore depuis 2001 avec la sélection nationale. Instructeur à la FIFA, il est une figure importante du Beach soccer.

L'ancien footballeur du FC Soleure (ex-LNB) a mis sur pied une structure solide. «Angelo Schirinzi sélectionne les meilleurs joueurs suisses à sa disposition et monte une équipe, qui s'entraîne quatre fois par semaine toute l'année en salle à Bâle», se réjouit Christopher Clark, ancien directeur de la Ligue suisse.

De quoi peaufiner la technique, bosser la condition physique et ajuster les automatismes. Mais dans notre pays, les protégés d'Angelo Schirinzi sont de véritables privilégiés. «L’équipe nationale est un monde à part, constate Christopher Clark. En Suisse, les infrastructures sont très limitées, sauf dans la région bâloise et en Argovie

Exil forcé

Edgar Machado en a fait l'amère expérience. En 2015, le résident de Vevey fonde avec deux amis les Lions Riviera. Faute de terrain, l'équipe de l'Est vaudois, alors inscrite en deuxième division, doit s'exiler à Neuchâtel les trois premières saisons. Depuis 2018, elle s'entraîne à... Bâle. «Actuellement, il n'y a qu'un seul terrain en Suisse romande, déplore le Veveysan. Il est à la piscine de Bellerive, à Lausanne. J'ai contacté le service des sports de la ville. Mais les conditions proposées pour l'utiliser sont impossibles: comme il est ouvert au public, on ne peut pas le réserver. En plus, on doit à chaque fois payer l'entrée et quitter les lieux à 20h00.»

Cette situation est symptomatique de la santé précaire du Beach soccer helvétique, hors Nati. Aujourd'hui, les clubs, la ligue – chapeautée par l'Association suisse de football (ASF) – et quelques passionnés bataillent pour maintenir en vie le championnat.

Il se déroule pendant deux mois chaque été, réparti sur cinq week-ends et à différents endroits. Mais il ne compte plus qu'une seule division, à laquelle appartiennent dix équipes. «En 2012, il y avait 16 formations en Premier League, l'élite, et 12 en Challenge League, le deuxième échelon», rembobine avec nostalgie Edgar Machado.

Un départ qui fait mal

Cette même année, Christopher Clark prenait ses fonctions de directeur. Malgré l'amateurisme des structures helvétiques, le Neuchâtelois se souvient d'une époque dorée:

«A ce moment, les week-ends de championnat qu'on organisait étaient de grands événements, avec beaucoup de stands de sponsors et des loges VIP. Le championnat suisse était très réputé et attirait des joueurs de renommée internationale. Aujourd'hui, tout ça est tombé»

Christopher Clark, ex-directeur de la ligue suisse de Beach soccer

La raison de ce déclin aussi cruel (en 2017, il existait encore deux niveaux nationaux)? Le départ en 2015 du sponsor principal de la ligue, Suzuki. En pliant bagages, le constructeur automobile japonais a laissé un grand vide. «Suzuki finançait l’organisation de ces week-ends de championnat. Après son départ, ces charges ont dû être assumées par les clubs. Elles étaient déjà élevées malgré le soutien de ce gros sponsor. Alors quand il est parti, les équipes qui ne pouvaient plus payer ont dû se retirer», regrette Christopher Clark.

L'arrêt du gardien suisse face au Brésil lors du tir au but décisif

Première romande

En dépit du contexte, Edgar Machado et ses coéquipiers n'ont pas baissé les bras. Après leur saison inaugurale déjà, les Lions Riviera sont montés dans l'élite. En 2018, ils ont remporté la Coupe de Suisse. Le mois dernier, l'équipe vaudoise – seule représentante romande du championnat – est devenue la première formation francophone du pays a être sacrée championne nationale. Lors des finales à Spiez (BE), elle a battu les Argoviens d'Havana Shots 6-4.

Un accomplissement pour son président et co-fondateur, ancien footeux, qui a tapé ses premiers ballons dans le sable en 2006. Il se souvient bien de ses débuts, en tant que gardien:

«Un ami m’avait demandé de venir donner un coup de main dans son équipe de La Côte, basée à Rolle. Je suis tombé fou amoureux du Beach soccer. Ce sport, soit vous l'avez tout de suite dans le sang ou jamais»

Edgar Machado, président des Lions Riviera

Le plaisir du jeu, mais aussi celui de l'ambiance conviviale. «Sur le terrain, il y a de la rivalité, mais en dehors tout le monde se salue et boit un verre ensemble», apprécie Edgar Machado. A 45 ans, le gardien ne joue plus beaucoup mais reste à disposition sur la feuille de match pour remplacer, au cas où, le portier titulaire.

Le constat et l'enthousiasme sont les mêmes chez Christopher Clark, qui a aussi goûté quelques fois comme joueur à la première division de Beach soccer et à ses week-ends festifs.

«En dehors du terrain, c’est très amical. Contrairement au foot, parfois. Tout le monde se connaît, reste voir les matchs, discute, et se mélange. Y compris les internationaux, qui sont très disponibles. Il y a un énorme partage. J’adorais ce côté grande famille»

Christopher Clark

Plage ≠ farniente

Il a porté le maillot de l'éphémère équipe de Neuchâtel Xamax au début des années 2010. Egalement passé par les juniors du club neuchâtelois, sur gazon cette fois, il a pu comparer les deux sports. Et son verdict est sans appel: ils sont très différents.

«Le plus dur, c’est d’apprendre à jouer dans le sable, pieds nus. Et il faut 100% d'engagement, un peu comme au hockey sur glace, avec plusieurs blocs sur le terrain. On est constamment en train de courir, à part les meilleures équipes qui savent gérer le ballon. Physiquement, c’est extrêmement exigeant. Les efforts sont plus courts et intensifs qu’au foot, mais le Beach soccer nécessite peut-être moins d’endurance. Avec un gardien et quatre joueurs, le terrain est plus petit, donc ça va extrêmement vite. La moindre erreur se paie cash.»

La finesse technique de Dejan Stankovic lors du Mondial 2015

Un point commun toutefois: la Nati est de nouveau en quarts de finale d'un grand tournoi, comme lors de l'Euro 2020 il y a quelques semaines. Avec, on l'espère, un autre dénouement jeudi.

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