Les tickets VIP offerts par la SSR interrogent
Il n'y a pas si longtemps, un haut responsable de l’Association suisse de football (ASF), qui n’est plus en fonction aujourd’hui, recevait chaque année une invitation très alléchante: des billets VIP pour les courses du Lauberhorn, hébergement compris. L’invitation ne provenait toutefois pas des organisateurs de cette traditionnelle étape de Coupe du monde, mais bien de la division sport de la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR).
Cet exemple n’est pas un cas isolé. Des dirigeants d’autres fédérations sportives reçoivent eux aussi régulièrement des invitations à des événements sportifs majeurs organisés en Suisse, comme la Fête fédérale de lutte ou le prochain Championnat du monde de hockey sur glace, à Zurich et Fribourg.
Certains estiment que la SSR s’aventure ainsi dans une zone grise sur le plan des règles et des principes éthiques. D’autres considèrent au contraire que, sur le marché très disputé des droits sportifs, elle doit pouvoir entretenir ses relations avec ses partenaires contractuels.
Des prix «fantaisistes»
Le commun des mortels est saisi d’effroi en consultant les tarifs des billets VIP pour un événement sportif. Pour les courses du Lauberhorn, la place la plus chère atteint par exemple 930 francs. Dans le milieu, on parle toutefois de «prix fantaisistes», tant il est rare que les personnes présentes dans l’espace VIP paient réellement le montant affiché.
En effet, ces billets font généralement partie d’accords contractuels entre les organisateurs et les sponsors ou détenteurs de droits. Autrement dit: l’entreprise X reçoit, en contrepartie de son sponsoring, non seulement des espaces publicitaires, mais également un nombre défini de tickets VIP qu’elle distribue généralement à ses collaborateurs, clients et partenaires.
Les VIP sont donc, en principe, des invités. Cependant, malgré leurs prix dits «fantaisistes», ces billets auraient une valeur réelle s’ils étaient vendus sur le marché libre, même si le tarif serait certainement revu à la baisse, pour devenir plus attractif.
Comment la SSR justifie sa politique
La question suivante a été adressée à la SSR: pourquoi invitez-vous des dirigeants sportifs à des événements que vous n’organisez pas vous-mêmes? Réponse du service presse:
La réponse écrite se poursuit ainsi: «Au premier plan figurent les collaborateurs chargés de la production et des programmes. Pour ce qui est des invitations, c’est la fonction de la personne qui est déterminante; pour des raisons de protection de la vie privée, la SSR s’abstient de communiquer les noms précis».
Plusieurs de nos questions restent toutefois sans réponse. Par exemple: combien d’invitations sont envoyées chaque année? Des politiciens sont-ils également conviés? Les droits ne pourraient-ils pas être acquis à un prix plus avantageux si la SSR renonçait aux billets fournis dans le cadre du contrat? Que comprennent concrètement ces invitations?
Des responsables refusent pour des raisons de compliance
Comme mentionné précédemment, le haut responsable de l’Association suisse de football n’est pas un cas isolé. Des représentants de la Swiss Football League (SFL) sont également invités par la SSR à de grands événements sportifs, tout comme des dirigeants du cyclisme et de l’athlétisme, à l’image d’Andreas Hediger, co‑CEO du meeting Diamond League de Zürich. «Cela se produit au maximum une à deux fois par an, toujours dans un cadre qui n’a rien à voir avec le VIP. Il s’agit d’un programme d’invités tout à fait normal, avec un billet sans accompagnement», explique-t-il.
Hediger précise qu’il s’agit d’un élément des prestations prévues dans chaque accord entre les organisateurs sportifs et la SSR. A ses yeux, cela relève donc d’un networking pertinent.
Certains voient toutefois les choses autrement, du moins peut-on l’interpréter ainsi. Des responsables du football qui, en raison de la FIFA, des sommes astronomiques en jeu et de diverses polémiques, n’ont pas toujours la réputation de naviguer dans les eaux les plus claires du sport, refusent ces invitations afin d’éviter tout conflit d’intérêts. On pourrait en conclure que les dirigeants de la fédération de football et de la ligue appliquent des standards éthiques plus stricts que ceux de notre diffuseur public.
