La société TX Group AG, cotée en bourse, est depuis longtemps bien plus que la «simple» éditrice du Tages-Anzeiger de Zurich. Des titres comme la SonntagsZeitung, la Berner Zeitung, le Bund, le Berner Oberländer, le Thuner Tagblatt, le Langenthaler Tagblatt, la Basler Zeitung, le Landbote, le Zürcher Unterländer, la Zürichsee-Zeitung et, en Suisse romande, Le Matin Dimanche, 24 heures et la Tribune de Genève font désormais partie de ce groupe de médias opérant au niveau national.
Or TX Group s'est mis à dos toute une discipline sportive. Rappelons qu'avec une suppression massive de postes, y compris dans les rédactions (probablement plus de 50 emplois pour les journalistes) et un changement de concept et de stratégie, le groupe investit, selon ses propres dires, dans la poursuite du développement d'un journalisme de qualité. Autrement dit, dans l'amélioration de l'offre journalistique.
Cette amélioration de la qualité se traduit notamment par le fait que les journaux ne publient plus d'articles sur les matches de la plus haute ligue. Pour la première fois depuis l'invention de l'imprimerie (vers 1440), le journal ne parle plus du match de la veille.
C'est surtout (mais pas seulement) un choc culturel médiatique dans la région de Berne. Le SC Berne et les SCL Tigers ont ici une valeur émotionnelle, culturelle, politique et sportive encore plus élevée que les ZSC Lions dans la ville de Zurich. Si le lendemain, il n'y a rien dans le journal, c'est presque comme une prière sans amen (qu'on ne trouve pas la comparaison blasphématoire).
TX Group justifie sa décision par des changements dans le centre d'impression. Ceux-ci entraîneraient des délais de bouclage plus courts. Concrètement, cela signifie que les journaux doivent envoyer leurs pages plus tôt qu'auparavant.
On a donc demandé au manager du SCB Marc Lüthi, le dirigeant de hockey le plus éloquent et le plus contestataire de la ligue, s'il entreprendra une action contre ce qui est un choc culturel médiatique, ou s'il se contentera de l'accepter. D'habitude de bonne humeur, il répond d'une manière inhabituellement irritée, expliquant que cette situation le fait râler.
Par quels moyens y remédier? Avec des annonces par haut-parleurs dans la patinoire du SCB? Avec des banderoles? «Prenez simplement note que nous râlons», répond le Bernois.
Marc Lüthi n'est pas le seul à râler. En tant que directeur de la National League, Denis Vaucher vient d'envoyer, au nom des 14 clubs, une lettre cinglante aux femmes et aux hommes qui se trouvent sur la passerelle de commandement de TX Group. A l'éditeur Pietro Supino, à la directrice Jessica Peppe-Schulz, à la rédactrice en chef du Tages-Anzeiger Raphaela Birrer et au directeur journalistique Simon Bärtschi, qui doit courageusement et fermement défendre la suppression de postes et le changement de concept et de stratégie comme un investissement dans le journalisme de qualité.
La lettre exprime de manière polie l'inquiétude qui règne dans le hockey suisse quant à l'arrêt immédiat de la couverture des matchs de National League dans les éditions papier. On y lit notamment:
La lettre se termine par une demande claire formulée sous forme de requête:
L'avenir nous dira si le hockey suisse a réussi à faire changer d'idée TX Group ou si tout restera en l'état, comme le veut désormais le développement du journalisme de qualité. Affaire à suivre.
(Traduit et adapté par Chiara Lecca et Julien Caloz)