Sport
Interview

Tennis: Stricker doit tout recommencer à zéro

Dominic Stricker of Switzerland reacts to Pierre Hugues Herbert of France at the Swiss Open tennis tournament in Gstaad, Switzerland, on Monday, July 14, 2025. (KEYSTONE/Peter Schneider)
Dominic Stricker est de retour au jeu après une grave blessure.Image: KEYSTONE

La pépite du tennis suisse doit «tout recommencer à zéro»

Mal classé (336e mondial), séparé de son père et en difficultés financières, Dominic Stricker traverse une période compliquée. Interview.
23.03.2026, 19:0723.03.2026, 19:08
simon häring

Le filet n’est pas encore tendu et la terre battue du club de tennis est toujours en mode hivernal. Pourtant, en ce début mars, le soleil brille, les oiseaux chantent et, dans le quartier du Dählhölzli à Berne, le printemps pointe déjà le bout de son nez. Nous avons rendez-vous avec Dominic Stricker (23 ans) pour savoir si sa vie à lui deviendra bientôt aussi douce que la saison. Entretien.

Dominic Stricker, fin janvier, vous avez fait votre retour après une déchirure du ligament interne du genou droit. Récemment, vous avez atteint les quarts de finale du Challenger de Lugano. Quel bilan tirez-vous?
La première semaine a été positive. En Coupe Davis, j’ai réussi un bon double. Et à Lugano, je me suis senti extrêmement bien, j’ai joué à un bon niveau. Le chemin est encore long, mais ces deux performances convaincantes me donnent beaucoup de confiance.

Vous avez réorganisé votre entourage puisque depuis décembre, vous travaillez avec un nouvel entraîneur, Henri Laaksonen. Qu’attendez-vous de lui?
Henri me connaît très bien, et je le connais tout aussi bien. Nous nous sommes affrontés à trois reprises et avons partagé l’expérience de la Coupe Davis. Il sait précisément quelles sont mes forces, mes faiblesses et les aspects que je dois améliorer. Sur le court, nous travaillons de manière très intensive. Et en dehors, nous nous entendons parfaitement.

Switzerland's team captain Severin Luethi, right, talks to his players Dominic Stricker, left, and Henri Laaksonen, during the draw ceremony in the Swiss Tennis Arena in Biel, Switzerland, Thursd ...
Stricker et Laaksonen en 2022 lors de la Coupe Davis face au Liban.Image: KEYSTONE

Vous venez de traverser des semaines mouvementées sur le plan sportif, mais aussi dans votre vie privée, avec la séparation d’avec votre père en tant que manager. Avez-vous, à un moment donné, eu le sentiment de perdre le contrôle de votre carrière?
(Il marque une longue pause) Il s’est passé beaucoup de choses ces derniers mois. J’ai apporté de nombreux changements et tout réorganisé. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’avoir constitué une excellente équipe autour de moi, avec des personnes qui sont de véritables professionnels dans leur domaine. Cela m’apporte une énorme sérénité.

Vous n’avez donc jamais eu l’impression de perdre le contrôle?
Non, mais cela n’a pas été une période facile.

Comment expliquez-vous que votre parcours n’ait pas connu la même réussite après votre huitième de finale à l’US Open 2023?
Les blessures n’ont évidemment pas aidé, mais elles ne sont pas la seule explication. Tout est allé extrêmement vite, peut-être même trop vite. Ces deux années ont été difficiles, mais aussi très formatrices.

«Aujourd’hui, je dois repartir de zéro. Physiquement et humainement, je suis plus avancé et je me sens mieux qu’à l’époque»

Dans quelle mesure ces deux années difficiles relèvent-elles de la malchance, et quelle part attribuez-vous à vos propres erreurs?
Les blessures sont en partie une question de malchance, mais pas uniquement. Il y a des choses que je ferais certainement différemment aujourd’hui.

Lesquelles?
Fin 2023, j’ai disputé les Next Gen Finals en Arabie saoudite malgré des douleurs au dos. J’ai dû abandonner en demi-finale, puis rester éloigné des courts pendant six mois.

Le vainqueur empochait plus d’un demi-million de dollars. Dans quelle mesure l’aspect financier a-t-il pesé dans votre décision?
Pour moi, il s’agissait avant tout d’un tournoi pour lequel j’avais travaillé toute l’année. C’est un événement suivi dans le monde entier.

Il y a aussi eu des spéculations autour d’une possible retraite.
C'est tout à fait normal que ce sujet soit venu dans les discussions, et ce n’est pas comme s'il ne m’avait jamais traversé l’esprit. Mais il n’a jamais été question que j’arrête réellement. En revanche, réfléchir à l’après-carrière est quelque chose qui m’intéresse, et dont j’aime parler.

Que pourriez-vous envisager ?
Je ne sais pas encore ce que je ferai d’autre, mais c'est surtout parce que ma vie actuelle me plaît énormément. Jouer au tennis, voyager à travers le monde et ressentir cette montée d’adrénaline, c’est quelque chose d’unique.

Vous êtes représenté depuis quelques semaines par l’agence de management d'athlètes AVD. Ce choix marque-t-il une volonté de prendre vos distances avec une structure familiale?
Au début de l’année dernière, j’ai décidé de professionnaliser la gestion de ma carrière et j’ai ensuite mené de nombreuses discussions. Il était important pour moi de conserver un cadre familial, avec des personnes de la région. Je connaissais déjà Anouk Vergé-Dépré, et j’ai joué avec Nicola Kusy en Interclubs. Ils m’avaient déjà approché par le passé. Cette fois, leur projet m’a convaincu.

Nous avons entendu dire que de nombreuses agences de management souhaiteraient travailler avec vous, mais qu’elles ont parfois des réserves en raison du rôle joué par votre père, Stephan. Que leur répondez-vous?
C’est une rumeur qui circule, mais la situation a désormais changé. Mes parents se sont retirés et ne m’aident plus que pour certaines tâches organisationnelles. Aujourd’hui, je pense être bien entouré.

Stephan Stricker.
Stephan Stricker.Image: Imago

Dans le milieu du tennis, certains affirment que votre père a suscité des tensions dans ses relations avec les sponsors, les organisateurs et la Fédération. Comprenez-vous l’origine de ces critiques ?
Tout est allé très vite, du titre junior à Roland-Garros en 2021 jusqu’au huitième de finale à l’US Open en 2023. Pendant cette période, mes parents ont fait un travail remarquable, ils m’ont énormément soutenu, notamment dans la recherche de sponsors. Je suis profondément reconnaissant envers mon père pour tout ce qu’il a fait. Cela n’a pas toujours été facile pour lui non plus. Mais le moment est venu de passer le relais à des professionnels.

Comment avez-vous vécu cette phase de prise de décision?
Je sens soulagé, même si j'ai longtemps hésité avant de prendre cette décision. Quand la famille est impliquée, tout devient plus complexe en raison du lien émotionnel. Je suis très attaché à ma famille et il est essentiel pour moi que tout se passe bien entre nous. Aujourd’hui, nous sommes conscients que c’est un pas dans la bonne direction pour tout le monde.

Les coûts dans le tennis sont très élevés. Cette année, vous avez gagné 905 dollars de prize money. Posons la question franchement: combien d’années comme les deux dernières pouvez-vous encore vous permettre ?
Ce ne sont clairement pas les années les plus simples (Rires). Je ne peux pas me permettre d’en vivre beaucoup d’autres comme celles-ci, ce n’est un secret pour personne. Mais en même temps, je suis très reconnaissant de pouvoir compter sur des sponsors engagés sur le long terme, qui croient en moi. Cela m’apporte de la sérénité et du temps.

Vous avez donc encore quelques réserves financières?
Oui, bien sûr. Mais ce sont des années compliquées sur le plan financier. Je dois désormais trouver d’autres solutions. Aujourd’hui, je voyage sans physiothérapeute alors que je pouvais en avoir un par le passé. Ce sont des choses que je dois regagner.

Que vous souhaitez-vous pour l’année à venir?
Avant tout la santé, que ma famille se porte bien et que les choses évoluent comme je l’espère. Sur le plan sportif, l’objectif principal est d’éviter les blessures. Si j’y parviens, cela se reflétera aussi sur le terrain et au classement.

Et quels titres aimeriez-vous lire à votre sujet?
Je vous laisse décider (Rires). Mais j’espère surtout que l’on pourra écrire que je suis de retour et que je fais à nouveau parler de moi grâce à mes performances sportives.

Cet article est adapté d’une première version publiée cet hiver sur notre site.

Plus d'articles sur le sport
Voici les rares courses que Pogacar n'a pas encore gagnées
Voici les rares courses que Pogacar n'a pas encore gagnées
de Julien Caloz
Un Romand fait une contre-proposition à Sabalenka
Un Romand fait une contre-proposition à Sabalenka
de Julien Caloz
Les défaites ont rendu Simon Ehammer plus fort
1
Les défaites ont rendu Simon Ehammer plus fort
de Rainer Sommerhalder
Le patron du ski mondial veut «prolonger la saison»
Le patron du ski mondial veut «prolonger la saison»
Le Bayern Munich est victime d'une curieuse hécatombe
Le Bayern Munich est victime d'une curieuse hécatombe
de Romuald Cachod
Le grand projet de Sierre est une aubaine pour Ajoie
1
Le grand projet de Sierre est une aubaine pour Ajoie
de Klaus Zaugg
La réforme du hockey suisse est le comble de l'arrogance
La réforme du hockey suisse est le comble de l'arrogance
de marcel kuchta
Pourquoi la star suisse de la natation est si peu connue
1
Pourquoi la star suisse de la natation est si peu connue
de Simon Häring
Ce Fribourgeois peut sauver la saison du CP Berne
Ce Fribourgeois peut sauver la saison du CP Berne
de Klaus Zaugg
L’histoire émouvante d’un petit fan de Bodø mène en Suisse
L’histoire émouvante d’un petit fan de Bodø mène en Suisse
de Romuald Cachod
Dominique Gisin: «Si je pouvais décider, ma fille ferait du ski de fond»
Dominique Gisin: «Si je pouvais décider, ma fille ferait du ski de fond»
de Étienne Wuillemin
Un «retour historique» se prépare aux Paralympiques
Un «retour historique» se prépare aux Paralympiques
Les coachs suisses sont victimes d'un changement
Les coachs suisses sont victimes d'un changement
de Klaus Zaugg
Une situation cocasse a fâché les fans de rugby
Une situation cocasse a fâché les fans de rugby
Marco Odermatt explose (presque) tous les compteurs
1
Marco Odermatt explose (presque) tous les compteurs
de pascal vogel
La deuxième division du hockey suisse va vivre une révolution
1
La deuxième division du hockey suisse va vivre une révolution
de Klaus Zaugg
«Dans l'ombre de l'UTMB, les trails romands souffrent»
«Dans l'ombre de l'UTMB, les trails romands souffrent»
de Julien Caloz
«Le coach de Tottenham a fait une faute professionnelle»
«Le coach de Tottenham a fait une faute professionnelle»
de Yoann Graber
Une sale fréquentation éclabousse un équipier de Pogacar
Une sale fréquentation éclabousse un équipier de Pogacar
de Romuald Cachod
Une spécificité du calendrier rend Bodø/Glimt dangereux
Une spécificité du calendrier rend Bodø/Glimt dangereux
de Romuald Cachod
Voici les pires frasques de Gianni Infantino
1
Voici les pires frasques de Gianni Infantino
de Stefan Wyss
On en a la chair de poule
On en a la chair de poule
de Yoann Graber
Ce club portugais fait trembler les grands d'Europe
Ce club portugais fait trembler les grands d'Europe
de Julien Caloz
Sepp Blatter «Trump est malade, et Infantino lui ressemble»
Sepp Blatter «Trump est malade, et Infantino lui ressemble»
de François Schmid-Bechtel et Sebastian Wendel
Newcastle peut profiter d'un défaut insolite de son stade
Newcastle peut profiter d'un défaut insolite de son stade
«Honteux!»: la décision de cet arbitre de tennis fait polémique
«Honteux!»: la décision de cet arbitre de tennis fait polémique
de Yoann Graber
La pétanque suisse prend une mesure insolite pour aller aux JO
La pétanque suisse prend une mesure insolite pour aller aux JO
de Yoann Graber
Fiasco total pour l'écurie Aston Martin en F1
1
Fiasco total pour l'écurie Aston Martin en F1
de Romuald Cachod
Polémique autour du match de rugby Ecosse-France
Polémique autour du match de rugby Ecosse-France
Un tournoi de tennis très rare va naître près de la Suisse
Un tournoi de tennis très rare va naître près de la Suisse
de Yoann Graber
«Génial»: Une innovation en biathlon cartonne
«Génial»: Une innovation en biathlon cartonne
Une joueuse de tennis placée sous protection policière
2
Une joueuse de tennis placée sous protection policière
de Yoann Graber
Cet arbitre suisse raconte son improbable idée lors d'un match Iran-USA
Cet arbitre suisse raconte son improbable idée lors d'un match Iran-USA
de Sebastian Wendel
Cette Romande est une championne ultime
Cette Romande est une championne ultime
de Julien Caloz
Le curieux aveu d'une ancienne star du foot suisse
Le curieux aveu d'une ancienne star du foot suisse
Ce mythe du foot romand prend sa retraite et raconte ses «dernières fois»
Ce mythe du foot romand prend sa retraite et raconte ses «dernières fois»
de Yoann Graber
Incendie dramatique à Chiètres (FR)
1 / 14
Incendie dramatique à Chiètres (FR)

Un car postal a brûlé le 10 mars 2026 à Chiètres, dans le canton de Fribourg.

source: dr
partager sur Facebookpartager sur X
Ce gâteau au chocolat Dubaï rend tout le monde fou
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
Les défaites ont rendu Simon Ehammer plus fort
L'Appenzellois s'est nourri de ses plus cruelles désillusions pour devenir champion du monde et nouveau recordman de l'heptathlon.
C’était il y a six ans. À l’époque, Simon Ehammer était déjà considéré comme un espoir du sport suisse, tout en gagnant encore sa vie en vendant des chaussures. Cela ne l’avait pas empêché, à 20 ans, d’afficher sans détour ses ambitions au micro: devenir un jour le meilleur du monde dans les disciplines combinées. Plus que l’objectif en lui-même, c’est l’absence totale de retenue, presque à rebours des codes helvétiques, qui avait frappé les observateurs. Les racines tyroliennes de son père Franz y étaient sans doute pour quelque chose: Simon Ehammer s’exprimait avec une assurance débordante.
L’article