Voici comment les JO 2038 peuvent encore échapper à la Suisse
Pour la première fois depuis 90 ans, la Suisse pourrait à nouveau accueillir les Jeux olympiques d’hiver en 2038. Si le concept de cette candidature se veut novateur, de nombreuses questions demeurent.
C'est quoi cette phase de «dialogue privilégié»?
Le Comité international olympique (CIO) souhaite réduire le nombre de candidatures perdantes. De cette volonté est donc née l’idée des doubles attributions, comme pour les Jeux d’hiver 2030 et 2034, respectivement cédés à la France et aux Etats-Unis. Désormais, une commission d’experts soumet également son choix final, afin de limiter l’influence imprévisible des membres du CIO.
Le statut unique de «dialogue privilégié» accordé à la candidature helvétique s’inscrit dans cette dynamique. Il prend spécifiquement en compte le système de démocratie directe propre à la Suisse et permet à la Confédération de travailler seule avec le CIO, sans concurrence. On peut dire que les Jeux lui sont servis sur un plateau.
En réaction aux premières esquisses du projet, le CIO a déjà formulé plusieurs exigences: trois clusters au lieu de quatre, des informations détaillées sur le financement privé, un large soutien politique ainsi que diverses garanties fédérales. Si le Parlement suisse valide le projet d’ici fin 2026, toutes les conditions du CIO seraient remplies et la Confédération obtiendrait sans doute les Jeux lors de la 146e session, prévue à Punta Cana au printemps 2027.
Y aura-t-il des des votations populaires?
Un référendum national n’aura lieu que si le Parlement déclare que la décision de principe ou de planification relative au projet est «d’importance majeure». Dans ce cas, le soutien fédéral, à hauteur de 190 millions de francs, serait soumis à un référendum facultatif. Si 50 000 signatures contre la candidature sont déposées dans un délai de 100 jours, un vote pourrait avoir lieu dès 2028, mais plus probablement en 2029. Trop tard pour la candidature actuelle, car la phase de «dialogue privilégié» ne court que jusqu’en 2027.
Selon le niveau des compétences dans le processus d’autorisation, des référendums financiers cantonaux et communaux sont possibles à un stade ultérieur, notamment là où des investissements sont prévus pour les infrastructures. Le montant budgété auquel les dix cantons et quatorze communes concernés doivent contribuer, soit 140 millions de francs, reste cependant très faible par rapport aux candidatures précédentes. Si un canton ou une commune refuse d’accueillir les compétitions, celles-ci seront alors organisées ailleurs.
Quelles conditions pour un projet «d'importance majeure»?
Aucune règle ne précise quand le Conseil fédéral ou le Parlement doit déclarer une décision de principe ou de planification comme étant «d'importance majeure». Depuis l’introduction de ce mécanisme au niveau fédéral il y a une vingtaine d’années, il n’a été utilisé qu’une seule fois: en 2019, pour l’arrêté fédéral sur l’acquisition de nouveaux avions de combat, à hauteur de six milliards de francs.
Quels ont été les précédents résultats?
Les dernières votations cantonales sur le financement des Jeux ont été rejetées dans les Grisons (2013) avec 52,7% de voix contre et en Valais (2018) avec 54% de non. Dans les Grisons, les deux sites d'accueil, Saint-Moritz et Davos, avaient clairement donné leur accord. En Valais, la population avait dit oui à trois reprises avant le rejet de 2018 (en 1969, 1979 et 1995), mais ces candidatures avaient systématiquement été bloquées par le CIO. La défaite légendaire de Sion 2006 face à Turin est restée dans les mémoires. A l'époque, 61% de la population du canton s'était prononcée en faveur des JO.
Pourquoi aucune épreuve dans le canton de Berne?
Après Adelboden le week-end dernier, le monde du ski a désormais les yeux tournés vers Wengen, autre grande classique bernoise. Ces sites mythiques de la Coupe du monde semblent idéaux pour accueillir des épreuves olympiques. Pourtant, ils n’ont pas été retenus. Quatre raisons expliquent pourquoi le canton de Berne est délaissé.
La première raison tient au concept même de la candidature suisse, qui privilégie des sites ayant déjà accueilli des Championnats du monde, afin de s’appuyer sur des infrastructures éprouvées lors des grands événements. Or les prochains Mondiaux de ski alpin auront lieu à Crans-Montana.
A cela s’ajoute le concept du CIO, qui prévoit un maximum de trois clusters à l'intérieur desquels les distances sont réduites. Crans-Montana s’inscrit parfaitement dans le cluster de la Suisse romande. Autre élément déterminant: Swiss-Ski organise la quasi-totalité de ses grands événements, à l’exception des deux classiques d’Adelboden et de Wengen, dans les cantons du Valais et des Grisons. Ces deux cantons misent sur les événements sportifs et les soutiennent activement grâce à des conditions financières attractives.
Enfin, l’accès compliqué à Wengen et à Adelboden constitue un obstacle supplémentaire. Les organisateurs en sont conscients et ont très tôt fait savoir qu’ils souhaitaient se concentrer sur leurs traditionnelles épreuves de Coupe du monde. A noter que seuls deux grands événements de ski ont eu lieu dans l’Oberland bernois: les Championnats du monde de 1931 et 1935 à Mürren. Les autres Mondiaux en Suisse ont toujours eu lieu à Crans-Montana et Saint-Moritz.
