Pourquoi Odermatt ne doit surtout pas gagner la descente de Kitzbühel
Odermatt doit gagner
Par Sebastian Wendel
Marco Odermatt doit-il remporter la descente de Kitzbühel? Poser cette question relève du mauvais goût. C'est même une vaste blague, puisque cela laisse entendre que sa motivation disparaîtrait sitôt la dernière case de son palmarès remplie.
En parlant de cases manquantes, Kitzbühel n’est pas vraiment la seule. Odermatt n’a pas encore été champion olympique en descente ni en Super-G, et son nom n’apparaît pas non plus au palmarès de la mythique descente de Bormio, considérée par beaucoup comme la plus difficile du monde. Finalement, il n'a gagné qu'à Wengen, Val Gardena et Beaver Creek dans la discipline reine.
Mais venons-en aux soi-disant problèmes de motivation. Voilà que le Liechtensteinois Marco Büchel se permet de déclarer avant la descente de Kitzbühel: «J’espère qu’Odermatt ne gagnera pas, pour qu’il reste motivé». Pardon?
Büchel était présent à Wengen le week-end dernier et a été témoin de la joie immense du Nidwaldien après sa victoire lors de la descente du Lauberhorn. Ce n’était pourtant pas son premier succès, ni son deuxième ou troisième, mais bien le quatrième consécutif sur cette grande classique de janvier.
Selon la thèse de Büchel, Odermatt ne se donnerait plus à fond à Wengen depuis son premier triomphe et recevrait chaque succès supplémentaire d’un simple haussement d’épaules.
Marco Odermatt n’a jamais été motivé par la perspective de figurer dans les livres des records. Sa véritable motivation, c’est le défi: parcourir une piste de A à Z sans la moindre imperfection, encore et encore. Il y est parvenu à Wengen, et c’est pourquoi il s’est réjoui à l’arrivée, tel un enfant découvrant son cadeau de Noël. Ce sera la même chose à Kitzbühel: pas seulement lors de son premier succès, mais aussi pour le deuxième, le troisième et le quatrième.
Odermatt ne doit pas gagner
Par Etienne Wuillemin
La carrière de Marco Odermatt est déjà fantastique. Champion du monde et champion olympique, il continue d’enchaîner les exploits et de battre des records. Ce fut encore le cas récemment à Adelboden et Wengen.
Que reste-t-il comme grands objectifs? La victoire en descente sur la mythique Streif. Il est donc logique que les fans aient coché un seul et même rendez-vous cet hiver, le 24 janvier à 11h30.
La Suisse attend avec impatience le triomphe d’Odermatt à Kitzbühel. On voudrait que le héros national devienne parfait dès maintenant. Mais ce raisonnement est un peu trop simpliste: Odermatt n’a que 28 ans et l’avenir lui appartient. A condition toutefois qu’il conserve sa motivation et sa faim de victoires. Or pour cela, il doit se fixer un grand objectif par hiver, pendant qu’il s’entraîne durement tout l’été en vue de la nouvelle saison.
Au début de l'hiver, Odermatt a révélé qu’il y avait eu dernièrement des moments de doute. «Ai-je encore assez faim?», s'est-il demandé. Parfois, il se disait aussi: «Je ne peux que perdre maintenant». Cela ne signifie pas qu’il envisage la retraite, comme ce fut le cas pour le dominateur Marcel Hirscher. Mais ce sont de petits signaux d’alerte. Heureusement, sa coach mentale a su le remettre sur les bons rails.
C'est humain: celui qui pousse son corps chaque été jusqu’à ses limites a besoin d’un moteur. La prochaine victoire à Wengen? La prochaine médaille d'or lors d’un grand championnat? Non, cela finit par ne plus suffire.
Ne serait-ce pas formidable de vivre enfin un vrai duel pour le classement général de la Coupe du monde? Cela pousserait à coup sûr Odermatt dans ses retranchements. Malheureusement, aucun rival ne peut le stimuler sur la durée. La victoire en descente sur la Streif, en revanche, y parvient. Il faut donc que cela reste ainsi – qu'Odermatt ne gagne pas dès cette année la mythique descente de Kitzbühel et continue à la chasser quelques années – pour que les fans puissent profiter de ses exploits encore longtemps.
