«Cette finale sera incroyable!»: Barça-Lyon fait rêver les fans
Entre l'équipe la plus titrée de la Ligue des champions féminine (Lyon) et celle qui détient le record de participation ininterrompue à la finale (FC Barcelone), le choc s'annonce grandiose ce samedi soir (18h00) à Oslo. Qui d'Ada Hegerberg ou d'Alexia Putellas marquera de son empreinte cette finale et ramènera le trophée? Marta Peiro Gimenez, directrice sportive du Servette FC Chênois, nous donne son avis sur le match et sur l'évolution du football féminin.
Marta Peiro Gimenez, vous êtes Espagnole, directrice technique de Servette Chênois, ancienne joueuse du club, et vous connaissez très bien le football féminin espagnol pour avoir joué à Valence. J'imagine que vous allez regarder cette finale avec attention?
Tout à fait, mais à la télévision cette fois. L'année dernière, j'étais à Lisbonne pour voir la finale entre Barcelone et Arsenal, mais cette année, je ne peux pas me déplacer en Norvège car nous préparons la double finale des play-offs avec Servette qui aura lieu lundi 25 mai et le vendredi 29 mai.
Ceux qui aiment le foot comprendront que voir Lyon et Barcelone en finale de la Champions, c'est fantastique.
L'Olympique Lyonnais, devenu récemment l'OL Lyonnes, est le club le plus titré d'Europe avec à son actif huit Champions League et le Barça va disputer sa quatrième finale d'affilée après avoir tout remporté en Espagne. Peut-on dire que ce sont les deux meilleurs clubs d'Europe?
Je dirais que Lyon a marqué de son empreinte le football féminin pendant plus d'une décennie.
Le club français a su développer non seulement l'aspect physique de ses joueuses, mais aussi la technique. Leur centre de formation est une référence en Europe, et il a marqué une époque, c'est indéniable. Du côté de Barcelone, on voit que le club maintient la ligne qu'il a depuis cinq ans, c'est-à-dire conserver l'essence de la Masia (centre de formation du club) qui est le jeu de possession tout en intégrant le côté physique. Les deux équipes se valent, mais on eu un développement différent ces dernières années, Barcelone se maintient au top niveau et Lyon est passé par une période de transition récemment, mais a su recruter intelligemment.
Cette finale sera-t-elle serrée, selon vous?
Cette finale sera incroyable. Elle aura beaucoup de qualité, car on verra l'évolution du football féminin et surtout ce qui se fait de mieux dans ce domaine. Concernant le résultat, je ne m'attends pas à une domination nette d'une seule équipe, je pense que c'est 50/50.
Après le 1-0 d'Arsenal contre Barcelone l'année passée, je pense qu'on aura encore un résultat serré entre Barcelone et Lyon.
Quelles joueuses faudra-t-il garder à l'œil durant cette finale de Champions league?
Alors ça! Regardez les deux effectifs, c'est incroyable. Du côté de Lyon, l'attaquante Marie Antoinette Katoto peut faire la différence et Melche Dumornay, qui est la meilleure joueuse de l'Arkema Première Ligue. Vous avez aussi Lily Yohannes, Engen et Becho. D'autres joueuses comme Wendy Renard seront la clef au niveau défensif.
Wendy Renard joue à Lyon depuis 20 ans et elle a 35 ans, c'est encore une joueuse clef selon vous?
Sans aucun doute. Wendy Renard est une grande joueuse, de part sa taille, son sens de la coordination, du point de vue tactique et c'est la leader du groupe. Elle reste encore très déterminante dans un match.
Et du côté de Barcelone, qui faudra-t-il observer attentivement durant cette finale?
Tout le monde (rires). De la défenseuse Ona Batlle, au milieu Patri Guijaro, Alexia Putellas bien entendu et Aitana Bonmati, pour finir en attaque avec Ewa Pajor et Claudia Pina. Ce ne sont pas seulement les individualités, mais un groupe très solide.
Vous avez dit que les résultats devenaient de plus en plus serrés, ce qui reflète des différences de niveaux moins marquées. De quelle manière ont évolué les grandes équipes féminines des dernières années?
Les équipes se sont professionnalisées à tous les niveaux. Médiatiquement, la couverture est meilleure, l'intérêt du public a augmenté et les joueuses sont devenues professionnelles. Les clubs se donnent les moyens et leur donnent des moyens pour être professionnelles. Je vois que les conditions de travail se sont améliorées et le produit, car le foot, c'est aussi un produit, se vend mieux aujourd'hui.
Ce sont des événements attendus.
Est-ce qu'on doit encore trouver des arguments pour regarder une finale de Champions League de foot féminin aujourd'hui?
Je ne pense pas. Une telle finale peut intéresser tout amateur de football, comme je vous l'ai dit, je ne fais pas de distinction entre le foot masculin et féminin. Les personnes qui aiment ce sport ne devraient pas faire de différence.
Le football féminin est devenu un produit médiatisé, je ne cherche pas à convaincre le public de regarder cette finale, car une affiche pareille suffit à elle-même, surtout pour celles et ceux qui aiment ce sport.
Quels ont été les moments charnières du football féminin ces dernières années, selon vous?
Je pense qu'il y deux moments importants pour le football féminin qui ont marqué ces dix dernières années. Tout d'abord, la professionnalisation de l'équipe féminine de Barcelone. On se souvient que tout le monde est tombé amoureux du Barça de Guardiola, du fameux football de possession, du football collectif et l'équipe féminine de Barcelone a su reproduire ce style de jeu et créé ce beau football que le public adore. Ensuite, sans aucun doute, l'Euro qui a été organisé en Angleterre en 2022. On a vu des équipes nationales de haut niveau qui étaient préparées pour l'événement et qui ont proposé des matchs à enjeu de très bonne qualité. Le public était aussi au rendez-vous, son engouement était exceptionnel, sans parler de l'intérêt médiatique. Je pense que ce sont les deux moments clefs du foot féminin en Europe.
En tant que directrice sportive de Servette Chenois, que pouvez-vous dire du développement du football féminin en Suisse?
Ici il y a une barrière culturelle très importante concernant le football en général, qu'il soit masculin ou féminin. Je pense que le football attire beaucoup moins de public et de pratiquants en Suisse qu'en Espagne, en France, en Italie ou en Angleterre. La réalité, c'est que si je prends l'Espagne d'où je viens, le foot est partout, qu'il soit pratiqué par les hommes ou les femmes, c'est un sport social, on aime jouer ensemble, être en famille, aller voir les matchs, ce qui est peu le cas en Suisse. De plus, si on pense à l'investissement financier, il y a encore beaucoup à faire en Suisse, dans le football féminin, bien entendu, mais aussi masculin. Il faut aussi penser au foot comme un produit dans lequel on investit et dont le potentiel est important, mais avec cette barrière culturelle, cela peut prendre du temps à développer.
Pensez-vous qu'une équipe féminine suisse ou l'équipe nationale doit gagner un titre majeur pour que le football féminin se développe?
Je ne pense pas que cela soit la seule réponse. En Espagne ou en Angleterre, par exemple, nous avons la culture du football, des grands clubs, de l'histoire de ce sport. Il y a des touristes qui viennent visiter des stades et ce n'est pas le cas en Suisse.
Dès qu'on a vu des équipes féminines avoir de bons résultats et qu'on a remarqué le potentiel financier et médiatique de ce sport, elles ont pu se développer sur le même schéma que les équipes masculines qui étaient déjà en place. En Suisse, il faut développer la culture du foot en général, investir, attirer le public, etc. Dans l'idéal, il faudrait que les Suisse s'achètent un maillot de joueur ou joueuse suisse au lieu de porter celui du Barça ou d'Arsenal. C'est seulement à ce moment que l'on pourra parler de développement du football féminin. Mais je ne veux pas peindre un tableau trop négatif, je peux vous dire qu'il y a une amélioration.
De par votre statut, devez-vous encore convaincre les gens de s'intéresser au football féminin?
Oui, toujours. Il y a une barrière culturelle si on parle de ceux qui n'ont pas l'habitude de regarder ou de pratiquer le football, mais aussi une question de sexisme, car ce sport est encore constamment perçu comme un sport d'hommes.
Est-ce que vos joueuses vont regarder la finale de la Champions League ce samedi?
Oui, la plupart bien entendu, mais depuis chez elles. Il y a quelques semaines, certaines joueuses de Servette ont même fait le déplacement à Lyon pour la demi-finale de la Champions. C'est une évidence.
Et dans votre effectif, y a-t-il une préférence pour le match de samedi?
On a des joueuses espagnoles qui soutiennent le Barça mais aussi françaises qui aiment Lyon, franchement, c'est 50/50. Aussi partagé que le pronostic pour cette finale!
