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«Lendl aurait voulu que je dise oui/amen à tout»

Dans une longue interview, Alexander Zverev raconte sa collaboration avec le champion des années 80, qui exerçait une autorité à l'ancienne.
16.12.2021, 13:1716.12.2021, 14:54

Ivan Lendl est resté son coach pendant un an. Une année sans une effusion, sans un rictus, lunettes noires sur une vision sombre: «Le tennis consiste essentiellement à travailler et à garder le contrôle de soi-même, le tout en permanence.»

Nul ne sait par quelle pulsion sadomasochiste Alexander Zverev est allé rappercher l’ex-Tchécoslovaque, pourquoi cette envie de prendre des coups de trique en se faisant traiter de petite larve binaire, mais l'expérience a mal tourné et le No 3 mondial s’en ouvre dans le journal allemand Tennis Magazin:

«Avec Lendl, ça n’a pas bien marché, ce n’est pas un secret. Peut-être aussi que nous n'étions pas très proches sur le plan personnel»

Choisir Lendl comme coach, c’est un peu partir au Cap d’Agde avec son professeur de catéchisme, ou fumer en cachette dans le bureau du directeur. Choisir Lendl, c’est opter pour la difficulté, mais une forme archaïque, sinon bolchévique, de difficulté primaire. Personne n’a jamais vaincu ses raideurs puritaines, encore moins son adoration pour le travail.

Ivan Lendl en 1980

«Papa est un meilleur entraîneur que Lendl, a expliqué Zverev. Il n’y a absolument pas photo. Je pense que c’était une bonne expérience pour moi d'être confronté à d’autres avis, d’autres regards sur mon tennis, mais avec Lendl, ça n’a pas collé. Nous ne voyions pas les choses de la même façon.»

«Je ne sors pas de nulle part, je suis une personnalité de mon sport. Je ne dit pas oui/amen à tout»

En trois années sous la férule de Lendl, Andy Murray est pourtant devenu No 1 mondial, il a remporté trois Grand Chelem, un titre olympique et un Masters. «Andy était un garçon émotif qui avait besoin de calme», a justifié le terrible Ivan, dont les méthodes viennent à bout de tous les tumultes: «Jouer chaque point comme le dernier. Lutter jusqu’à l’épuisement. Tout vérifier dans le moindre détail: la nourriture, l’échauffement, la préparation.»

Yvan Lendl en 2020

Zverev n’est pas de cette vieille école, et peut-être fuit-il encore l’héritage de ses aïeux, nés soviétiques avant de devenir russes, puis allemands. «Je challenge très souvent les opinions, je demande toujours à un coach pourquoi il pense de telle façon et, parfois, je vois les choses autrement.»

«On ne peut pas débarquer dans mon équipe, chambouler ma vie et ma carrière simplement parce que l’on a une opinion différente de la mienne»
Zverev au sujet de sa collaboration avec Lendl

Le vieux sage, depuis, est retourné à sa retraite. Pendant plus de vingt ans, celui que Sports Illustrated avait baptisé «le champion dont tout le monde se fout» s’était évanoui dans la nature (Greenwich, Connecticut), en laissant le souvenir d’une jovialité efflanquée, trempée de sueur et de trouilles inavouables. «La poule mouillée» (Jimmy Connors) menait une vie paisible, à élever quatre filles et trois bergers allemands dans une banlieue fleurie.

L’homme n’est plus aussi carré, il s'est attifé de rondeurs rassurantes, signes d’une vie bien remplie - de mayo et de Cabernet franc, à tout le moins. Avec Murray, son élève irascible et dissipé, Lendl enseignait un body langage de type mutique: ne rien dire, ne rien montrer. Mais Zverev est notoirement moins à l’écoute. «On ne s’entendait pas», finit-il par admettre au sujet de son bourreau.

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