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Image: Shutterstock / watson

Les présidents de club sont toujours plus jeunes

La nomination de Pablo Longoria (34 ans) à la tête de l'OM s'inscrit dans une tendance au jeunisme. Mais comment convaincre quand on ne connaît presque rien de la vie?
02.03.2021, 09:4202.03.2021, 17:14
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Avec sa peau lisse et sa fine moustache de teenager, Pablo Longoria a le profil du jeune cadre dynamique que l’on forme patiemment aux décisions importantes, c’est-à-dire qu’il n’a pas le profil de l’emploi, car depuis quelques jours, le dirigeant de 34 ans occupe le poste le plus exposé du football français, celui de président de l’Olympique de Marseille. «Cette nomination est pour moi un grand honneur, auquel je me prépare depuis que je suis entré dans le monde du football», a fanfaronné l’Ibère, qui sait nager dans l’eau aux requins (le coach Villas-Boas et le président Eyraud ont eu moins de chance).

Son ascension fulgurante est surprenante, mais pas inédite. Elle est même le reflet d’une certaine tendance. On observe depuis plusieurs saisons l’avènement de jeunes dirigeants au sommet des organigrammes. Parmi eux, un certain Kyril Louis-Dreyfus. Le fils de Robert a l’âge (23 ans) de jouer à Football Manager en peignoir dans son studio meublé; il est devenu le mois dernier le plus jeune président d’un club anglais en complétant le rachat de Sunderland (3e division).

Avant lui, Steven Zhang (Inter/26 ans), Franco Caselli (Burgos/24 ans) ou encore Gauthier Ganaye (Nice/31 ans) ont tous dynamité vers le bas la moyenne d’âge des décideurs du football. «Je suis habitué à ce qu’on me taquine sur mon âge», s’est amusé Ganaye, qui exerce désormais à Nancy, où il ne doit pas trop forcer son autorité. «J’ai peut-être toujours été vieux», songe-t-il dans Le Figaro.

Club de foot, start-up: kifkif

On peut pourtant faire son âge et avoir du succès. Jeff Collet, patron de Neuchâtel Xamax, considère même la «fougue de la jeunesse» comme un excellent capital de départ. «Quand on est jeune, on n'a peur de rien», abonde Jean-Paul In-Albon, un entrepreneur valaisan qui se rendait en hélicoptère dans les cabanes de montagne pour y installer des machines à café. «Qu'on dirige une start-up ou un club de foot, les problématiques sont les mêmes», estime le co-fondateur de la société à succès Eversys (spécialisée dans les machines de haute technologie).

Mais l'enthousiasme ne protège pas de l'inexpérience. La Valaisan en a subi les conséquences quand il n'avait pas encore 40 ans. «J'ai fait faillite parce que je n'étais pas bien entouré. Or, il faut absolument les bonnes personnes aux poste-clés.»

La stat'

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En moyenne, les jeunes de l’Union Européenne ont quitté le ménage parental à l’âge de 26,2 ans en 2019, selon l'étude d'Eurostat. Certains deviennent présidents avant.

C'est ce qu'a découvert Alain Joseph avant de devenir président du FC Lausanne-Sport. A l’âge de Pablo Longoria (34), le Vaudois rachetait l’entreprise familiale avec son frère. «Je me formais à diriger la boîte», se souvient-il avec une nostalgie teintée de compassion pour ses maladresses de jeunesse. «J’aurais dû mieux écouter, ressentir les messages de ceux qui m’encourageaient à bien m’entourer. J’ai été trop seul. Mais pour diriger une structure forte, il faut du dynamisme croisé.»

Le gène des présidents

L'idée consiste aussi à étoffer son réseau, ce fameux carnet d'adresses qui ouvre aux responsabilités et sans lequel «on reste très dépendant des actionnaires», glisse un journaliste spécialisé dans le ballon rond.

«Le plus important c’est la capacité de décider par soi-même, mais ce n’est pas une question d’âge»
Jeff Collet, patron de Neuchâtel Xamax

De génétique? Peut-être. Des chercheurs ont découvert une séquence d'ADN qui pourrait être à l'origine de prédispositions naturelles à diriger. «Connu sous le nom rs4950, ce gène serait étroitement associé à la capacité d'une personne à endosser des responsabilités managériales», écrivait le Huffington Post en 2017, quand les Français se demandaient s'il était bien raisonnable de confier le pays à un débutant de 39 ans (Emmanuel Macron).

En football, les présidents qui sont plus jeunes que certains joueurs suscitent d'emblée interrogation, voire méfiance. Comment gagner le procès de la légitimité? «Par les actes, assure In-Albon. Il faut que le produit soit à la hauteur des attentes et, surtout, ne jamais en douter.» Maintenir le cap et savoir nager entre les requins. «Le début d'une aventure au sommet d'un club de football, ça ne devrait pas être avant 30 ans.» tranche Alain Joseph, «Il faut déjà avoir quelques années de vie active. Présider, ça veut dire diriger, et cela nécessite un soupçon d'expérience. Quand on a entre 30 et 35 ans, on peut entrevoir la possibilité d'une idée de début de quelque chose de stable.»

Ce n'est jamais qu'une idée, et jamais qu'un début, à Marseille, où les passions ne connaissent pas de trêve. Pablo Longoria est au bon endroit pour poursuivre son apprentissage accéléré.

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