DE | FR
Bild

Réveil musculaire

L'équipe de Suisse n'est plus triste ni nulle, mais elle a un blocage

La défaite concédée cette nuit aux Mondiaux de Riga (7-0) vient contredire une tendance générale. Elle rappelle surtout que la Nati, en hockey comme en football, a un problème avec la Suède.



C'est quoi le réveil musculaire?

La principale actualité de la nuit commentée tous les matins à 7 heures tapantes, avec juste ce qu'il faut de mouvements d'humeur et d'exercices de style.

Ceux qui n'ont pas vécu l'époque des ratages complets, des styles relativement neutres et médiocres, ceux qui n'ont pas vécu les froussards, les cabochards, ne peuvent pas connaître leur chance de voir une équipe de Suisse aussi forte et impliquée. Il ne lui reste qu'un problème à résoudre: la Suède. Eternel problème d'un style de jeu désagréable et d'un traumatisme non résolu (deux finales perdues), et ce problème-là devra encore attendre.

Battue 7-0 cette nuit aux Mondiaux de Riga (Lettonie), la Suisse fait mine que tout est normal et, en un sens, elle a raison.

«Les Suédois n’avaient pas le droit de perdre après leurs deux défaites initiales, et ils étaient tout simplement plus agressifs que nous»

Patrick Fischer, entraîneur de la Suisse

Il n'en reste pas moins que la Suède impose au sport suisse en général, de façon assez étrange, un rapport de force qu'aucune tendance ne parvient à inverser. Après la Coupe du monde de football 2018 et une élimination piteuse en huitième de finale, voilà que nos hockeyeurs reçoivent une gifle de ces mêmes Suédois, au moment précis où rien ne semblait pouvoir les atteindre.

Le résumé du match en images

Vidéo: RTS

Les explications, pour rationnelles qu'elles soient, ne sont pas faciles à trouver. Peut-être parce qu'elles sont vieilles comme le monde: au gré des transformations sociétales les plus disruptives, les équipes suédoises restent les dépositaires d'une ultra-discipline collective presque culturelle, sinon atavique, dont la Suisse peine historiquement à s'extraire, que ce soit par l'action concertée ou l'exploit personnel. Les Suédois sont des Suisses en nettement mieux, «ou des Suisses sans Romands», ironise un confrère valaisan.

Notre expert Klaus Zaugg décrit cette emprise avec une certaine indulgence:

«Parce qu'ils sont des maîtres tacticiens, les Suédois privent notre jeu d'oxygène et de vitesse. Ils pressent nos défenseurs beaucoup plus haut que les autres équipes et empêchent nos attaques de se déclencher rapidement. Ils sont vigilants en zone neutre où ils freinent nos actions, jusqu'à neutraliser nos attaquants»

Vladimir Petkovic ne l'aurait pas formulé autrement...

Sweden's forward Par Lindholm, left, vies for the puck with Switzerland's defender Santeri Alatalo, right, during the IIHF 2021 World Championship preliminary round game between Switzerland and Sweden, at the Olympic Sports Center, in Riga, Latvia, Tuesday, May 25, 2021. The game is played behind closed doors due to the coronavirus COVID-19 pandemic. (KEYSTONE/Salvatore Di Nolfi)

Les Suisses n'ont jamais pu prendre de la vitesse. Image: KEYSTONE

Reste que cette défaite ne changera pas le sentiment réel d'une émancipation lente. Depuis son arrivée à Riga, la Suisse a battu des adversaires que, jadis, elle méjugeait bêtement (Danemark) ou surestimait lâchement (République tchèque). Ce 5-2 inaugural contre les Tchèques est même son meilleur départ dans un tournoi mondial depuis 1951.

A l'aune de ce que les experts définissent comme le grand nécessaire, la Suisse a tout pour aller loin, très loin. Ses gardiens sont de classe mondiale - la plupart du temps. Son jeu basé sur la vélocité, sur l'adresse et la précision («le speed», comme le martèle son entraîneur Patrick Fischer) épouse les tendances du hockey moderne, davantage porté vers l'esquive que vers le corps-à-corps. Surtout, et puisque la performance collective ne s'affranchit jamais totalement de l'exploit individuel, encore moins dans un Mondial, la Suisse possède des stars, des vraies, capables d'intuitions géniales.

De l'avis des anciens, Patrick Fischer est le premier sélectionneur depuis 60 ans à oser miser sur la «jouerie», le premier à renier le mythe du réduit national, apologie du risque zéro, dans une forme de prudence innée qui, durant des décennies, a accompagné une équipe sans buteur ni occasions de buts. Alors tant pis s'il faut en passer parfois par un 7-0.

«Patrick Fischer devient le prince qui a réveillé notre hockey de son sommeil»

Klaus Zaugg, mémoire du hockey et chroniqueur à watson

A ses débuts en 2016, le hockey de Fischer était excessivement ludique; hockey de préau, un rien confus et naïf, maintenu à l'état sauvage. Cinq ans plus tard, la Suisse en ressort totalement décomplexée, néanmoins structurée et disciplinée.

Pour mieux connaître notre chance, il faut rappeler ce qu'était la Nati dans cette même ville de Riga, en 2006, à une époque où une convocation n'était pas encore un privilège, mais un ordre de marche. Onze titulaires avaient déclaré forfait pour des motifs plus ou moins avouables, dont un qui enterrait sa grand-mère pour la troisième fois.

«L'équipe nationale n'avait aucun attrait. Les joueurs préféraient partir en vacances plutôt que prendre des casquettes et se faire descendre dans les journaux»

Jean-Jacques Aeschlimann en 2010

Ralph Krueger le premier a insinué l'idée que la Nati représentait une sorte d'absolu, un apogée. Il a même décrété que les places y seraient chères, alors qu'elles semblaient plutôt vacantes, et il a persuadé les joueurs suisses qu'ils étaient des gagnants, même quand ils perdaient.

Der Schweizer Eishockey-Nationaltrainer Ralph Krueger macht waehrend des Spiels seiner Equipe gegen die USA bei der Weltmeisterschaft in Zuerich am Samstag, 2. Mai 1998, einen eher nachdenklichen Eindruck. (KEYSTONE/Christoph Ruckstuhl)

And the winner is: Ralph Krueger. Image: KEYSTONE

Avant Krüger, avant Fischer, la Suisse a tout vécu; les épouses des joueurs acheminées par avion en plein Mondial, à Stockholm, le temps d'une sieste réparatrice (le baiser de la princesse pour réveiller la Suisse, déjà), un chef de presse bombardé coach assistant «parce qu'il est positif et raconte de bons witz», des serments d'allégeance sur la prairie du Grütli, l'obligation de chanter l'hymne national à tue-tête, sans chewing-gum, pour entrer en transe.

Aujourd'hui, l'équipe de Suisse n'a plus besoin de soirées fondues ni de siestes canailles. Elle gagne naturellement. Tout naturellement. Et Patrick Fischer promet que nous connaîtrons à nouveau notre chance, dès jeudi, contre la Slovaquie.

«Je connais mon équipe par cœur, elle va réagir, ne vous inquiétez pas»

Plus d'articles sur le sport

Pourquoi Belinda Bencic est si spéciale

Link zum Artikel

Lea Sprunger: «Quand je suis stressée, je fais le ménage»

Link zum Artikel

En sport, le trac est devenu officiellement un problème de santé

Link zum Artikel

Elle sourit comme Boucle d'or et toise comme Catherine Tramell

Link zum Artikel

Jérémy Desplanches: «Je pourrais dormir quinze heures par jour»

Link zum Artikel

A Tokyo, des gamines en or qui interrogent

Link zum Artikel

«Certaines arrêtent leur carrière pour ne pas devoir porter le bikini»

Link zum Artikel

Inarrêtable, ce robot entre dans l'histoire du basket

Link zum Artikel

Foirer un rencard à cause d'une balle en pleine face, c'est possible!

Link zum Artikel

Mais pourquoi diable les gagnants de la NBA portent des masques de ski?

Link zum Artikel

«Si le mec m'attaque chez moi, je ne pourrai rien faire»

Link zum Artikel

Prochaine étape au FC Sion: La reconnaissance faciale

Link zum Artikel

Même en fin de piste, les stars du foot sont utiles aux clubs suisses

Link zum Artikel

Implorer le pardon, une mode chez les footballeurs

Link zum Artikel

Il n'y a jamais eu aussi peu de fautes. Les joueurs sont-ils devenus sages?

Link zum Artikel

Novak Djokovic: «Je suis le meilleur»

Link zum Artikel

L'Euro a puni les égoïstes, sa finale les rendra ringards

présenté parMarkenlogo
Link zum Artikel

«Face à Jordi Alba, Chiellini a été très intelligent»

Link zum Artikel

Pas retenu pour les JO, un Vaudois crie à l'injustice

Link zum Artikel

Antognoni est formel: «L'Italie ne joue pas comme d'habitude»

Link zum Artikel

Le tiki-taka, onomatopée encore au top

Link zum Artikel

«Les foules de supporters sont essentiellement positives»

Link zum Artikel

Est-ce qu’un attaquant qui ne touche aucun ballon a l’impression de faire de la course à pied?

Link zum Artikel

«Sur un match, tout est possible», vraiment?

Link zum Artikel

Pourquoi taille-t-on autant de costards à Vladimir Petkovic?

Link zum Artikel

Carton rouge sur Freuler: «Je trouve la décision très sévère»

Link zum Artikel

François Moubandje après Suisse-Espagne: «J'ai envie de pleurer»

Link zum Artikel

L'Espagne a retrouvé son jeu et sa joie. Elle rappelle quelqu'un

Link zum Artikel

Pourquoi glisse-t-on aussi souvent sur le gazon maudit de Wimbledon?

Link zum Artikel

Quelle image culte de ce France-Suisse garderez-vous en mémoire?

Link zum Artikel

Mbappé le surdoué pourra-t-il se relever de son cuisant échec?

Link zum Artikel

Les Français sont certains de nous mettre une raclée

Link zum Artikel

Quand la France était nulle et se chamaillait en Suisse

Link zum Artikel

5 bonnes raisons de rester sans voix devant les hymnes nationaux

Link zum Artikel

Johan Djourou: «Je me suis presque demandé pourquoi tu vis»

Link zum Artikel

Mais d’où vient cet amour irrationnel des Portugais pour leur équipe?

Link zum Artikel

Le débat s'envenime: Djokovic est-il le plus grand?

Link zum Artikel
Montrer tous les articles

Réveil musculaire

Genève-Servette soigne sa réputation de gagneur, même quand il perd

Les Grenats ont perdu 1-0 à Zoug mais ils n'en finissent pas de gagner du crédit. Infos watson: McSorley à Lugano, McTavish limogé.

On a coutume de dire qu'à «ce niveau-là, tout se joue sur des détails». Pour une fois, ce ne sont pas des fadaises. Tandis que Ge-Servette et Zoug se tenaient par la barbichette, il a suffit d'une relance hasardeuse, une seule passe malencontreuse (Tömmernes), pour que les Genevois perdent le premier acte de la finale. 1-0, but de Kovar (21e), suite mercredi aux Vernets (19 h).

Encore un «détail»? L'intervention de Genoni face à Simon à Le Coultre (48e), tandis que ce dernier sortait de …

Lire l’article
Link zum Artikel