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L'entraineur Alain Casanova lors de la rencontre face à Grasshopper Club Zürich, le 12 février.
L'entraineur Alain Casanova lors de la rencontre face à Grasshopper Club Zürich, le 12 février.Image: KEYSTONE
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Casanova chez les ploucs, l'histoire qui dit beaucoup du LS

Pour sauver Lausanne de la débâcle, ses dirigeants ont pris le pari d’un coach français sans emploi ni exploit, en pensant que ça suffirait. Ce choix est hautement révélateur d’un état d’esprit.
03.03.2022, 17:4103.03.2022, 19:23

Soyons justes: Alain Casanova est un entraîneur qualifié. Pour commencer, il possède tous les diplômes. Ensuite et en cherchant bien, voire loin, il a révélé des talents, comme l'indique fièrement la présentation du Lausanne-Sport. Après vérification auprès de nos confrères toulousains, nous sommes en mesure de confirmer qu'il a lancé les carrières de Capoue et de Tabanou (pour plus de renseignements sur Tabanou, cliquez ici).

Mais enfin, restons sérieux: sa présence à Lausanne ne risque pas d'étonner. Pour le dire poliment, elle relève d’un concours de circonstances dont le vainqueur ne saute pas aux yeux. Avant de faire profiter les Vaudois de ses diplômes, Alain Casanova n’avait qu’une expérience relative des situations d’urgence. Il n’avait quasiment connu que Toulouse, où il fut un brave second pendant dix ans, avant de remplacer Elie Baup (dont il était l’adjoint et le dévoué) au poste de Calife, où il a vécu sept autres paisibles années.

Passons sur sa seule saison à «l’étranger» (Lens), où les supporters l’ont chassé en envahissant le terrain et en criant «Casa démission». Passons sur son retour à Toulouse, écourté par des insultes et des menaces de mort.

A Lens, les fans envahissent le terrain à la 67e minute d'un match où l'équipe était (encore) menée au score.
A Lens, les fans envahissent le terrain à la 67e minute d'un match où l'équipe était (encore) menée au score.Image: KEYSTONE

Ce dernier bail s'est achevé en octobre 2019. Depuis, Alain Casanova était sans emploi. Dans un football français qui évolue en cercle fermé, jusqu’à tourner en rond, personne n’a songé à le remettre dans le circuit. Admettons que ce fût une erreur d'appréciation, que le football ait manqué de jugeote et de mémoire (le fameux Tabanou)…

Sauf que Casanova a été extirpé de l'oubli dans lequel il croupissait depuis trois ans pour débarquer en tribun hyperactif et super-pressé au LS. Dans un contexte de tensions extrêmes, au beau milieu d’un championnat dont il ignore tout et que, à l’entendre parfois, il semble vivre comme une immersion ethnique (tiens, des arbitres qui se trompent ; ça alors, des journalistes qui posent des questions sur la tactique).

Par définition, une opération commando nécessite une parfaite connaissance du terrain et de l'adversaire. Or Alain Casanova a reconnu lui-même qu’il était incapable de citer le nom des dix équipes de Super League, et qu’il n’aurait pas su placer Yverdon, son tombeur en Coupe, sur la carte. Il ne connaissait pas davantage ses joueurs, assez logiquement, et les a d’abord désignés par des signes distinctifs - «le petit Japonais» pour Toichi Suzuki, selon le témoignage de «Blick».

Admettons que sa faculté d’adaptation fût absolument prodigieuse, doublée d’un sens inné des relations techniques et humaines… Sauf que Casanova a perdu les six matches qu’il a disputés depuis son arrivée au LS, avec un seul but marqué (sur penalty à la 90e + 12 contre l’avant-dernier du classement).

Cet exploit aurait pu l’éveiller aux vertus cardinales de la prudence et de l’humilité mais Casanova semble au contraire redoubler de hardiesse, bouffi d’orgueil et de savoir. Tout en avouant ne rien connaître au championnat suisse, il affirme que le niveau des arbitres en est indigne (sans oublier de rappeler que, par principe, il ne parle jamais des arbitres). Tout en réalisant l’un des pires parcours de l'histoire de la Super League, il dit que les journalistes ne comprennent rien au football.

Un confrère toulousain de «La Dépêche» tombe des nues:

«Alain n’a jamais eu une telle attitude en France. Il était toujours réfléchi, correct et sans histoire»

Tout est là: nous ne sommes pas en France et c’est bien le sens caché de ces gesticulations à bon compte, où Casanova fait sentir à chacun d'où il vient. En l’occurrence, «chacun» aura noté qu’il se réclame d’une caste dont il est plus ou moins exclu, et d’un passé auquel il n’a pas appartenu. Les fans du LS auront une pensée émue pour l'ex-président Kita et ses références incessantes à 1998, lorsqu’il sermonnait la plèbe vaudoise du haut de ses talonnettes en vociférant à grande eau: «ON est quand même champions du monde. Et vous, vous avez gagné quoi?»

En soi, Lausanne a sans doute pensé que Casanova «suffirait pour la Suisse», partant du vieil adage qu’au pays des aveugles, les borgnes sont rois - dans le football, parfois, des visionnaires. De la même façon, Casanova semblait penser lui-même que ses connaissances vite époussetées suffiraient à devenir un érudit au pays d’Heidi (et surtout de ses chèvres).

Cette décision de lui confier une opération à hauts risques est révélatrice d’un tout. D’une perception générale. D’un état d’esprit. D’un péché de présomption. Surtout, du degré de priorité que représente la compétitivité du LS, en tant qu'équipe et que destinée à part entière, au-delà des synergies de groupe (Ineos) et d’une recherche de valeur ajoutée (42 joueurs ont porté le maillot du LS depuis février 2021, selon un recensement du CIES repris par «24 Heures»).

Impossible d'interpréter autrement que Julien Fournier, directeur du football à Ineos et vrai découvreur de talents, ait validé le choix de Casanova: les réalités du LS sont soit sous-estimées, soit mésestimées (ou peut-être les deux). La direction sportive ne prend pas ses détracteurs pour des ploucs (ni les arbitres, ni les journalistes), mais n’oublie pas qu’ils le sont. Elle en vient tout naturellement à penser que des joueurs indésirables à Dijon et au PSG B seraient largement assez bons, assez bien, pour satisfaire aux besoins essentiels d’un petit club de province. L’engagement de Casanova, diplômé du dernier rang, en est la démonstration ultime.

Le jour de sa nomination, l'entraîneur français a déclaré à la presse: «Je ne suis pas venu à Lausanne pour être un héros.» Cet objectif-là, à priori, sera largement atteint.

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