Sport
Montagne

Trail: «Le dernier survivant», la course à pied qui fait des ravages

Image

«Le dernier survivant», la course à pied qui fait des ravages

Née dans l'esprit sadique d'un ultra-trailer neuchâtelois, le concept s'étend et conquiert de nombreux adeptes. Au programme: boucle en forêt, pentes raides et système à élimination directe.
11.05.2022, 18:5112.05.2022, 06:43

L’idée lui est venue parce qu’il n’était «pas un bon coureur de plat», et aussi, sans doute, parce qu’il s’y ennuyait à mourir. Alors Christophe Nonorgue a créé «Le dernier survivant», une course assez perverse qui, à chaque équinoxe de mars, emmène ses victimes expiatoires dans la forêt de Chaumont, à Neuchâtel.

Comment ça marche

Le concept est «simple et cruel», comme le définit le site officiel du «dernier survivant:» 30 coureurs s'élancent sur une boucle d'au maximum 4 km, avec un minimum de 300 m de dénivelé positif, à parcourir en moins de 30 minutes. Passé ce délai, ceux qui n'ont pas franchi la ligne sont éliminés. Les autres repartent pour une nouvelle boucle, et ainsi de suite avec un départ toutes les 30 minutes. L'hécatombe suit son cours jusqu’à ce qu’il n'en reste qu’un: le vainqueur. Alias le dernier survivant.

Christophe Nonorgue a déjà organisé trois épreuves dans son canton. Samedi 7 mai, Martigny a importé le concept dans ses coteaux. Le Français Ugo Ferrari, dernier survivant, a avalé 89 km et 7000 m de dénivelé positif!

Avec une cruauté fièrement revendiquée, le système brise les concurrents à l'usure et les élimine quand ils n'en peuvent plus. Pas besoin d'aller trop vite: toute la subtilité consiste à gérer son effort et à terminer ses boucles avant les 30 minutes imparties, «avec un léger battement de 1’’ à 1’’30 pour respirer et boire, mais rien de plus», recommande chaudement Christophe Nonorgue.

«A l'inverse, quand un coureur termine sa boucle au sprint et repart immédiatement pour la suivante, on sait en général qu'il n'en a plus pour longtemps»

Tant que tout va bien, tant qu'on entend davantage siffler les oiseaux que les ischio-jambiers, les amateurs courent aux côtés des stars du trail, aussi lentement que possible mais aussi vite que nécessaire. Jusqu’à ce que le temps fasse son oeuvre...

«Il n’est pas si difficile pour un coureur moyen de produire un effort d’une heure, ou une heure trente. C’est souvent la durée d'une course populaire. Du coup, pendant les trois premières boucles, tout le monde avance un peu au même rythme. Amateurs et professionnels évoluent côte-à-côte, parfois discutent et plaisantent. Mais là où la vengeance de l’élite devient terrible, c’est à partir de quatre, cinq ou six heures de course. La sélection naturelle s’opère…»

Image

Christophe Nonorgue n'est pas peu fier de son esprit sadique. Mais il n'en détient pas l'apanage. «J’ai découvert par la suite qu’il existait des courses relativement similaires, comme le Backyard et le Dernier homme debout.» La première propose une boucle de 6,7 km et un départ chaque heure. La seconde ajoute 800 m dans le même délai.

«Mais il y a très peu de dénivelé et donc un rythme modéré», nuance Christophe Nonorgue. Au contraire du «dernier survivant», ces courses restent accessibles au commun des mortels. «Leur difficulté tient surtout à la durée: le record est de 85 heures! S’il y a une usure, elle est davantage liée au sommeil qu’à l’effort», note le Neuchâtelois.

Tandis qu’au dernier survivant, il faut avoir les mollets bien accrochés. «Nous avons des passages à 50% qui, évidemment, deviennent des secteurs de marche rapide. A Martigny, la pente moyenne est de 30%.» Ceux qui peinent ou trainent se rattrapent à la descente. Mais pas longtemps. «Après deux ou trois boucles, ils ne sentent plus leurs cuisses et ne peuvent plus relancer l'effort à la montée.»

Le tracé de Neuchâtel en vidéo

Eliminer des concurrents en forêt,
un concept qui a fait ses preuves

«Le dernier survivant» est bien plus qu'une course à pied: c'est une mise en abyme de l'hécatombe et de la lutte fratricide entre battants. Avec un vrai côté highlander. «On sent le peloton se réduire de plus en plus. C’est une sensation assez grisante», avoue Christophe Nonorgue.

Comme dans le film, il ne doit en rester qu’un. Point de romantisme et d'amitié surjouée. «Pas question de finir main dans la main, comme le font certains trailers après une course acharnée, prévient Christophe Nonorgue. Si c’était le cas, nous aurions un règlement pour les départager, à partir des points ITRA.» La fraternité du début, joies de la vie en meute, diminue à mesure que la fin approche. Toute trace d'humanité, peu à peu, disparaît.

«Sur les premières boucles, on est davantage des partenaires que des adversaires. Mais quand on arrive à la limite, on regarde derrière soi et on supplie que les derniers lâchent»

Il y a une part d’esbroufe et de cabotinage, forcément. «Chaque coureur possède sa personnalité. Mais un jour, à la quinzième montée, un concurrent que je connaissais bien m’a demandé comment s’étaient passé mes vacances en Egypte. Je doute que mes vacances l’intéressaient vraiment, surtout à cet instant de la course…»

Christophe Nonorgue.
Christophe Nonorgue.

Lui-même n’a-t-il jamais cédé à la tentation du mâle dominant? «Si! Avec Ugo Ferrari. Je sentais dans mon dos qu’il respirait un peu plus fort que d’habitude. Alors, quand nous sommes arrivés devant une pente raide que, normalement, nous abordons en marche rapide, j’ai trottiné quelques foulées de plus. Mon stratagème a produit son petit effet mais, au final, ça n’a servi à rien: deux boucles plus tard, j’étais à l’arrêt et Ugo continuait.»

Même les futur(e)s veuves et veufs passent une belle journée

C’est l’un des nombreux charmes du «dernier survivant» que de réunir au petit matin, dans les promesses de l'aube, les pros et les prolos, les amateurs endurcis et les ultra-trailers attendris, en laissant perdurer l'illusion qu'ils suivent tous le même destin tracé (mais on voit très bien, dès le départ, ceux qui iront loin). Populaire et élitiste à la fois, c'est le rêve de tout parti politique. Il fallait le faire.

«Le dernier survivant» sait aussi accueillir les accompagnants, histoire de dépérir en bonne compagnie. «Sur une course classique, les gens voient passer leurs amis pendant quelques secondes. Là, si cet ami est bon, ils peuvent l'encourager plusieurs fois sans bouger. Il peuvent l'attendre tranquillement en buvant une bière.»

Il y a ceux qui dégustent et il y a ceux qui préparent à manger.
Il y a ceux qui dégustent et il y a ceux qui préparent à manger.

Figure de l'ultra-trail, Christophe Nonorgue trouve dans ce format une alternative bienvenue aux émulations chronométriques de la compétition classique. «Ce que j’aime dans «le dernier survivant», c’est la notion de rythme imposé. Il s'agit de parcourir une distance définie dans un délai raisonnable, accessible à n'importe quel coureur entraîné. La seule question est: combien de temps est-il possible de tenir ce rythme? Si je devais citer l'exemple inverse, la plupart des ultra-trails que je dispute démarrent beaucoup trop vite à mon goût. On en est à partir au sprint, à jouer des épaules, pour une course qui va durer 27 heures… Je ne vois presque plus que des ultra-trails où le premier kilomètre se court en 3’15’’, 3’20’’.»

Le gaillard n’est pourtant pas un fainéant: le 26 mai, il s'attaquera au record du monde de dénivelé détenu par le Français Aurélien Dunand Pallaz (17'218 m en 24 heures). Ses entraînements, aussi, feraient grincer un ascenseur. «Douze à quinze heures par semaine, ce qui n’est pas si impressionnant. Mais 8000 à 10 000 mètres de dénivelé…»

Le dernier survivant est délivré de toute ses contingences. Une fois seul au monde, il a le choix de fêter sa victoire ou de poursuivre son effort. S'il atteint le maximum possible de 12 heures et 24 boucles, il n'est plus un «highlander» mais un «finisher». Sauf que ce surhomme n'existe pas. Ou pas encore.

«Ugo Ferrari est tout proche, tressaille Christophe Nonorgue. Je pense qu'il y arrivera. Pour chaque course, un sponsor met 300 francs dans la cagnotte. Il y a donc 1500 francs à l'attention d'un éventuel finisher.»

Ugo Ferrrari.
Ugo Ferrrari.

Le site officiel précise que «dans la version originale à Neuchâtel (forêt de Chaumont), un finisher totaliserait 80 km et 9264 m de dénivellation positive, entre le lever et le coucher du soleil». En gros, pour s'en faire une idée, sa journée consisterait à monter neuf fois au Moléson depuis le parking de la télécabine.

Plus d'articles sur le sport
Ce club suisse fait payer ses fans plus chers que les visiteurs
Ce club suisse fait payer ses fans plus chers que les visiteurs
de Sebastian Wendel
Zverev a pris une décision radicale avec son téléphone
Zverev a pris une décision radicale avec son téléphone
de Yoann Graber
Aston Villa transforme une faute sur Manzambi en coup de génie
Aston Villa transforme une faute sur Manzambi en coup de génie
de Yoann Graber
Le capitaine de La Tchaux s'est blessé de façon absurde
1
Le capitaine de La Tchaux s'est blessé de façon absurde
Des gardiens accusés de tricher dans le hockey suisse
Des gardiens accusés de tricher dans le hockey suisse
Il encaisse deux buts dans la même seconde
Il encaisse deux buts dans la même seconde
de Yoann Graber
Ce Suisse organise une course aux règles impitoyables
Ce Suisse organise une course aux règles impitoyables
de Selina Odermatt
Roger Federer a trouvé un moyen de gagner encore plus d'argent
Roger Federer a trouvé un moyen de gagner encore plus d'argent
de Simon Häring
2000 francs d'amende et une suspension à 5 ans: le père d'Emily riposte
2000 francs d'amende et une suspension à 5 ans: le père d'Emily riposte
de Flavia Zemp
La star montante du tennis n'aurait jamais dû s'en prendre à un enfant
1
La star montante du tennis n'aurait jamais dû s'en prendre à un enfant
de Yoann Graber
Cette course mythique se cache juste derrière la frontière suisse
Cette course mythique se cache juste derrière la frontière suisse
de Julien Caloz
Une bataille inédite se joue en coulisses du tournoi de tennis de Bâle
Une bataille inédite se joue en coulisses du tournoi de tennis de Bâle
de Simon Häring
Dortmund face à une situation rarissime en Ligue des champions
Dortmund face à une situation rarissime en Ligue des champions
de Julien Caloz
Il s'est passé un truc fou sur cette balle de match
Il s'est passé un truc fou sur cette balle de match
de Yoann Graber
Le salaire de ce joueur de Gottéron interroge
1
Le salaire de ce joueur de Gottéron interroge
de Klaus Zaugg
Zidane a négocié un salaire pas comme les autres avec les Bleus
Zidane a négocié un salaire pas comme les autres avec les Bleus
de Julien Caloz
Des agents israéliens armés au match à Sion? Le mystère reste entier
Des agents israéliens armés au match à Sion? Le mystère reste entier
de Raphael Gutzwiller
Un échange de gardiens agite le hockey suisse
Un échange de gardiens agite le hockey suisse
de Klaus Zaugg
«J'ai la nausée»: on a testé l'Hyrox, ce sport qui cartonne en Suisse
1
«J'ai la nausée»: on a testé l'Hyrox, ce sport qui cartonne en Suisse
de Mira Güntert
Il demande un temps mort médical pour une raison à peine croyable
Il demande un temps mort médical pour une raison à peine croyable
de Yoann Graber
Une cause improbable stoppe définitivement ce match en Romandie
Une cause improbable stoppe définitivement ce match en Romandie
de Yoann Graber
Ce club impose une interdiction insolite à ses fans dans le stade
Ce club impose une interdiction insolite à ses fans dans le stade
de Yoann Graber
Zverev bientôt sur le trône du tennis, mais une polémique éclate
Zverev bientôt sur le trône du tennis, mais une polémique éclate
de David Digili
Xhaka s'embrouille dans un centre commercial
2
Xhaka s'embrouille dans un centre commercial
de Yoann Graber
Voici comment réussir vos randonnées automnales
Voici comment réussir vos randonnées automnales
de Niclas Zettergren
Cher Roger Federer, ne faites pas cette erreur!
2
Cher Roger Federer, ne faites pas cette erreur!
de Simon HÄring
Cher Alex Frei, arrêtez d’entraîner!
Cher Alex Frei, arrêtez d’entraîner!
de Simon HÄring
Le grand rival d'Odermatt tout proche d’un incroyable come-back
Le grand rival d'Odermatt tout proche d’un incroyable come-back
de Romuald Cachod
Federer va manquer les adieux de Wawrinka
Federer va manquer les adieux de Wawrinka
de Simon HÄring et Jakob Weber
La face sombre du dernier match de Lionel Messi
La face sombre du dernier match de Lionel Messi
de Pierre Donadieu
Odermatt est désavantagé en Autriche
Odermatt est désavantagé en Autriche
de Rainer Sommerhalder
La pépite suisse de l’Italie a frôlé la catastrophe
La pépite suisse de l’Italie a frôlé la catastrophe
de Romuald Cachod
Cette légende du FC Sion a pourri le premier match de Messi
Cette légende du FC Sion a pourri le premier match de Messi
de Yoann Graber
L’équipe suisse Tudor proche d’un transfert XXL
L’équipe suisse Tudor proche d’un transfert XXL
de Romuald Cachod
21 photos du tournage de la première trilogie de Star Wars
1 / 22
21 photos du tournage de la première trilogie de Star Wars
source: imgur
partager sur Facebookpartager sur X
Ces types sont les champions du lancer de gobelets
Video: watson
La saison de ski démarre: voici tout ce qui va changer cet hiver
La Coupe du monde reprend ce week-end à Sölden, avec de nouveaux visages, des stars absentes et plusieurs prétendants aux globes de cristal. Sans oublier les Mondiaux de Crans-Montana. Tour d'horizon des enjeux de la saison.
Très bonnes, grâce à Marco Odermatt. Sur les cinq dernières courses disputées sur le glacier du Rettenbach, le skieur de Nidwald en a remporté trois (en 2021, 2022 et l'année dernière) et a terminé une fois deuxième (en 2020). Les autres places dans le top 5 des Suisses à Sölden sont toutefois plutôt rares: en 2020, Gino Caviezel avait terminé troisième, puis quatrième l'année suivante. Dimanche, le Grison de 34 ans fera son retour après une longue pause pour blessure et un seul départ en course depuis fin décembre 2024. Loïc Meillard a obtenu son meilleur résultat dans l’Ötztal en 2020 en terminant cinquième.
L’article