DE | FR
Image: DR

Porto-Benfica, le «Classico» qui déchire le Portugal et la Romandie

Ce jeudi soir, Porto accueille un Benfica en pleine crise. Cette rivalité divise non seulement le Portugal, mais également sa diaspora. Présentation du match et rencontre avec ceux qui nourrissent cet antagonisme en Romandie.
30.12.2021, 05:1431.12.2021, 10:46
Jonathan Amorim
Suivez-moi

A 22h00, le FC Porto et Benfica croiseront le fer pour la deuxième fois en une semaine au stade du Dragon. Jeudi passé, Porto avait infligé une humiliante défaite 3-0 à Benfica en Coupe du Portugal. Les Lisboètes se présenteront ce soir dans le nord du Portugal avec un nouvel entraineur, Nélson Veríssimo. L'ancien entraineur de l'équipe B vient en effet de remplacer le démissionnaire, Jorge Jesus.

Voilà de quoi ajouter un peu de piment au classico du jour, qui s'annonce succulent. La rivalité sportive entre Porto et Benfica est la plus forte qui existe aujourd'hui au Portugal. Les deux clubs se disputent depuis de nombreuses années la suprématie nationale, même si Sporting est venu perturber cette hégémonie l'année dernière.

Seferovic, ici au duel avec Fabio Cardoso, lors du dernier Classico, le 23 décembre dernier, remporté 3-0 par le FC Porto
Seferovic, ici au duel avec Fabio Cardoso, lors du dernier Classico, le 23 décembre dernier, remporté 3-0 par le FC Porto

Hugo da Custodia, journaliste et commentateur sportif d'origine portugaise à Rhône FM en Valais, nous présente cette lutte de pouvoir au sommet du football lusitanien:

«Les deux clubs cultivent leur rivalité depuis bien longtemps, à grands coups de pression sur la fédération, les arbitres, voire les milieux politiques pour faire pencher telle ou telle décision. Depuis 25 ans, le FC Porto s’est montré supérieur. Même si Benfica - et dans une moindre mesure Sporting – ont parfois réussi à briser cette hégémonie. Mais le schéma est toujours le même. Le club qui perd trouvera toujours de bonnes raisons pour expliquer ses défaites. Les supporters les plus fervents vivent parfois plus dans la détestation des rivaux que dans la passion pour leur propre club. Ces rivalités se retrouvent dans les quotidiens sportifs où les analyses manquent souvent d’objectivité. Les divisions liées au football se retrouvent aussi dans la société avec une grande part de régionalisme. Porto, c’est le Nord, fier, quasi indépendantiste pour certains. Lisbonne, c’est «l’establishment», la capitale et une relative arrogance.»

Une division de Lisbonne à Porto en passant par Echichens et Sion

En Suisse romande, où la communauté portugaise est l'une des diasporas les plus importantes, cette rivalité se matérialise souvent dans les équipes de football régionales.

Un joueur symbolise tout particulièrement ce phénomène: Diogo Castro est un fervent supporter du FC Porto, tout en évoluant depuis plus de 15 ans au...«Sport Lausanne et Benfica»: «Au début, c'était bizarre, j'avoue, de jouer avec ce logo sur la poitrine. Mais depuis, je m'y suis fait et je fais la part des choses», nous confie le Lausannois. Mais comment vit-on un «Classico» en tant que «Portista» dans un vestiaire «Benfiquista»? Diogo:

«On évite le sujet les semaines de match entre Porto et Benfica. Je ne suis pas le seul fan de Porto dans l'équipe. On se pique de temps en temps dans le groupe WhatsApp, mais toujours en tentant de rester dans les limites du respectable. Benfica Lausanne, c'est une grande famille, qui se chamaille parfois, mais toujours en restant très soudée. Les fils des séniors jouent avec les juniors A, on donne tous des coups de main aux manifestations du club etc. On se doit de rester unis, en allant plus loin que cette rivalité bleue et rouge. On analyse les «classicos» autour d'une bière, deux jours après le match, lorsque le côté émotionnel est redescendu.»
Diogo Castro, «Portista» joueur du Benfica Lausanne
Diogo, joueur du Benfica, supporter de Porto
Diogo, joueur du Benfica, supporter de Porto

Au FC Echichens, l'entraineur de la première équipe, Fabio Raul de Almeida, est également un grand supporter du FC Porto. Celui qui a grandi en face de l'ancien «Estadio das Antas» à Porto nous décrit une ambiance similaire dans son vestiaire: «On évite le sujet pour éviter les embrouilles. Par le passé, j'avais un membre du staff qui était un fou de Benfica. Parfois, ça dérapait à l'interne. Maintenant, la plupart de mes joueurs portugais sont supporters de Porto, mais on évite le sujet quand même. Lorsque j'entrainais des juniors A à Lausanne, j'avais même interdit les maillots de Benfica (rires)!»

Fabio avec son fils au stade du Dragon. La traduction du message sur l'écharpe ne parait pas nécessaire
Fabio avec son fils au stade du Dragon. La traduction du message sur l'écharpe ne parait pas nécessaire

Fabio enchaine en décrivant le Benfica comme un club archaïque ayant remporté ses titres grâce à la dictature de Salazar, à une époque où l'on regardait les matchs encore en noir et blanc.

Cette époque, Cassiano Queiroz, 61 ans et Aigle d'or (Socios de Benfica depuis plus de 25 ans) l'a connue. Le Valaisan d'adoption répond au coach du FC Echichens: «Il a peut-être raison, mais il devrait surtout remercier le système douteux de son président qui a permis à Porto de devenir un rival de Benfica. A mon époque, on s'occupait uniquement de Sporting. Porto n'existait pas». Le Lisboète d'origine poursuit:

«J'ai joué et entrainé en Suisse de 1980 à 2010, sur la Riviera vaudoise (à Vevey et à Montreux) et en Valais (Bouveret). Il y a toujours eu des joueurs des deux clubs dans mes équipes, mais ça restait bon enfant. En fait, c'est plutôt à l'usine que j'ai souffert! Après une défaite, les lundis, les «Portistas» nous attendaient devant l'entrée. Et on ramassait toute la semaine. Mais l'inverse fonctionnait aussi! C'était une autre époque... Dans les années 80, on se réunissait au centre portugais de Vevey, où le lieu était divisé en deux (un pour chaque camp), et où l'on écoutait les matchs à la radio dans une ambiance très, très tendue.»
Cassiano Queiroz, supporter de Benfica
Cassiano n'aime pas Porto, mais il met quand même des shorts bleus
Cassiano n'aime pas Porto, mais il met quand même des shorts bleus

Plus jeune, Oscar Martins, 39 ans, a, lui également, grandi à Lisbonne dans un quartier populaire, habité par une grande communauté cap-verdienne: «Mon «bairro», c'était Benfica, à 99%. J'allais voir les entrainements au «Estadio da Luz», à 20 minutes de chez moi, c'était de la folie, cette passion pour le club. Il y avait quand même quelques «Portistas» qui s'étaient perdus dans mon quartier. C'était chaud avec eux les jours de match. Très chaud.»

A l'adolescence, le Cap-Verdien prend la direction de la Suisse, où il embrasse une carrière de joueur, puis d'entraineur dans le Chablais valaisan. Il y retrouve la rivalité avec le FC Porto:

«Partout où je suis passé (Saint-Gingolph, Port-Valais, Vouvry, Collombey, Saint-Maurice), il y avait des joueurs d'origine portugaise. Mais j'ai eu de la chance, on était à chaque fois majoritaire (les «Benfiquistas»). Quand j'entrainais les juniors A de mon club, j'avais fini par interdire les maillots de Porto, mais c'était plus pour rigoler qu'autre chose.»
Oscar Martins, supporter de Benfica
Oscar Martins, surnommé la «Pantera», est un entraineur reconnu en Valais
Oscar Martins, surnommé la «Pantera», est un entraineur reconnu en Valais keystone

Même s'il décrit cette rivalité comme «bon enfant», l'actuel résident de la région sédunoise ne se voit pas passer ses prochaines vacances à Porto: «Je ne suis pas prêt à visiter cette ville, laisse tomber. Comme le centre des «Super Dragons» à Sion, je ne fous pas un pied là-bas!» Pareil pour Cassiano Queiroz, qui a déjà refusé à plusieurs reprises des invitations d'amis pour aller voir un match à Porto: «Ils n'auront pas un centime de Cassiano Queiroz, pas un centime !»

Une perte économique pour le nord du Portugal compensée par Fabio, le coach d'Echichens et natif de Porto: «Ma femme me demande de visiter Lisbonne depuis des années. Elle peut y aller, mais sans moi, je ne mets pas un pied dans leur ville.»

Porto en favori jeudi soir

Ce jeudi soir, Porto accueille son plus grand rival dans un contexte sportif toujours aussi serré.

Le classement après 15 journées
Le classement après 15 journées

Ce match pourrait représenter un premier tournant dans la course au titre. Une défaite relèguerait Benfica à sept points de Porto (et de Sporting, en cas de victoire de ces derniers contre Portimonense).

Niveau «prono», nos experts du football portugais sont plutôt confiants pour leur club:

  • Diogo Castro (FC Porto): «Cette affiche a tout du piège. Benfica est en plein doute, mais j'ai peur que Porto arrive avec un excès de confiance. Ce match va aussi être une nouvelle opposition de style marquée. Je pense que cela va se jouer dans la tête.»
  • Fabio Raul de Almeida (FC Porto): «Je suis confiant. On est sur une belle dynamique, on l'a vu ces dernières semaines. Benfica est en plein doute après le départ de Jorge Jesus.»
  • Cassiano Queiroz (Benfica): «Benfica va surtout jouer pour ne pas perdre. On va évoluer avec nos titulaires habituels, malgré quelques blessés. En Coupe, on perd sur deux boulettes du gardien remplaçant. Je vois un match nul, minimum.»
  • Oscar Martins (Benfica): «Comme d'habitude, ça va être très, très compliqué au Dragon. Mais on va jouer sur la fierté pour rester dans la course au titre et prendre les trois points.»
Les fans des deux camps en tribune.
Les fans des deux camps en tribune.

L'opposition de style, entre le FC Porto agressif, fier et confiant de Sérgio Conceição et ce tout nouveau et revenchard Benfica de Nélson Veríssimo semble prometteuse. Et les groupes WhatsApp des équipes amateurs romandes risquent de chauffer à nouveau.

Festival d'anecdotes 🇵🇹

Diogo Castro: «En 2011, notre entraineur, Luis, un grand «Benfiquista», avait déjà acheté des billets pour la finale de l'Europa League. Mais Benfica a perdu contre Braga en demi-finale, du coup, on lui a racheté ses billets, comme Porto, s'était, lui, qualifié contre Villareal! Il ne m'a pas fait de prix, je peux te l'assurer!»
Fabio Raul de Almeida: «En 2013, j'ai emmené mon beau-père italien au stade du Dragon pour le Classico contre Benfica. On gagne le match à la 93ème sur un but de Kelvin, et j'ai perdu toute notion de la réalité. Je lui ai sauté dessus, crié dessus. Ma femme m'a alors dit: «Mais tu es un malade mental! Faut te faire soigner.» C'est très drôle quand j'y repense.»
Oscar Martins: «Ce soir-là, en 2013, j'ai été à l'anniversaire d'un ami à Sierre. Après le but de Kelvin, on a tout annulé, le restaurant, la soirée en boîte, tout! On a à peine souffler les bougies et ciao. Horrible.»
Cassiano Queiroz: «En 1987, quand Porto a battu le Bayern Munich en finale de la Ligue des champions, j'ai défilé en ville de Vevey...avec mon maillot de Benfica! Je l'ai aussi revêtu au Bouveret, en 2015, lors d'un amical entre Porto et Evian. Je m'occupais du stand de nourriture avec le maillot de Benfica, mais la sécurité m'a ordonné de l'enlever cette fois-ci!»

Plus d'articles sur le sport

Montrer tous les articles
Feuz et Odermatt triomphent. «Nous sommes sur la même longueur d'onde»
Doublé suisse dans la descente de Kitzbühel, où Feuz a devancé son jeune coéquipier de seulement 0''21. «Marco ne se pose aucune question», admire le Bernois, lui aussi en grande forme à quelques jours des JO.

Beat Feuz a apporté la plus belle des réponses à Kitzbühel. Modeste huitième vendredi, le Bernois a triomphé pour la troisième fois sur la Streif dimanche, après avoir réussi le doublé l'an dernier.

L’article