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Serena Williams: «Tous les joueurs connaissent la dépression»

epa09005688 Serena Williams of the United States of America in action during her third round women's singles match against Anastasia Potapova of Russia at the Australian Open Grand Slam tennis to ...
Serena Williams (40 ans) a brillé par sa longévité.Image: EPA AAP

Serena arrête? «Tous les joueurs de tennis connaissent la dépression»

La carrière de Serena Williams a été exceptionnelle. Par le nombre de titres gagnés, bien sûr, mais aussi par sa longévité et surtout sa constance. Marcos Baghdatis, ex-numéro 8 mondial, témoigne de la difficulté à maintenir le cap.
03.09.2022, 08:5903.09.2022, 11:11

Eliminée de l'US Open vendredi soir par Ajla Tomljanovic, Serena Williams faisait partie de la crème du tennis depuis un quart de siècle. Tout simplement phénoménal! D'autant plus quand on sait qu'une carrière dans ce sport est tout sauf un long fleuve tranquille. «Je vous le garantis, aucun joueur n’a pas eu un moment ou à un autre un épisode dépressif», témoigne Marcos Baghdatis, seize ans passés sur le circuit ATP et ancien numéro huit mondial.

«Rares sont ceux qui l'avouent, contrairement à ce que Naomi Osaka et Mardy Fish ont fait, par exemple»
Marcos Baghdatis, ex-numéro huit mondial

Un ermite et Jacques Brel

Le Chypriote sait de quoi il parle: il a lui-même connu plusieurs passages très compliqués dans sa carrière. En 2006, il devenait une star planétaire en atteignant la finale de l'Open d'Australie (défaite en quatre sets contre Federer) et les demies à Wimbledon (battu par Nadal). Mais seulement trois ans plus tard, malgré un talent hors norme, Baghdatis retrouvait l'anonymat des tournois challengers, l'antichambre du monde pro. «J'étais même prêt à jouer encore plus bas, à faire des tournois en catégorie Futures», rembobine le Chypriote.

«A ce moment-là, je me suis complètement renfermé sur moi-même. A part aller à l'entraînement, je restais dans mon petit appartement à Paris, sans voir ni appeler personne. Pas même aller boire un café avec un ami. J'ai fermé ma gueule, je suis reparti au travail et j'ai tout recommencé à zéro.»
Marcos Baghdatis

C'était sa manière à lui de se remobiliser. Et ça a plutôt bien marché: dans les semaines qui ont suivi son repli ascétique, il a remporté les tournois ATP de Stockholm et de Sydney et a pu fêter un retour dans le Top 20 mondial quelques mois plus tard.

Cyprus' Marcos Baghdatis returns a ball to Belgium's David Goffin during their first round match at the Swiss Indoors tennis tournament at the St. Jakobshalle in Basel, Switzerland, on Tuesd ...
Marcos Baghdatis a remporté un total de quatre titres ATP. Image: KEYSTONE

Les propos de Marcos Baghdatis ne trompent pas: pour durer dans le tennis, il faut un mental d'acier. Sur le terrain, bien sûr, histoire de gagner des matchs serrés. Mais aussi, et surtout, en dehors. Les immenses champions que sont Roger Federer, Rafael Nadal, Novak Djokovic ou Serena Williams, pour ne citer qu'eux, ont tous en commun cette capacité à enchaîner jour après jour et semaine après semaine les entraînements et les tournois. Peu importe leur état de forme ou leurs états d'âme. Jacques Brel résumait parfaitement cette idée:

«Le talent, c’est d’avoir envie de faire quelque chose»
Jacques Brel

Rocky Balboa et guet-apens

Mais pour durer, la volonté, aussi grande soit-elle, ne suffit pas. Il faut déjà être épargné par les blessures, évidemment. Avoir la chance, aussi, de pouvoir compter sur un entourage sain capable de vous mettre dans de bonnes dispositions mentales et physiques, notamment. «Au début de ma carrière, je n'ai pas bénéficié d'une préparation physique optimale», regrette Marcos Baghdatis, sujet à beaucoup de blessures quand il jouait.

«C'était un peu tête baissée dans le mur, à la Rocky Balboa. Je devais faire de la musculation en soulevant des poids inadaptés, trop lourds. Aujourd'hui, la nouvelle génération jouit d'un meilleur encadrement, plus scientifique et, donc, plus efficace»
Marcos Baghdatis

Mais alors, comment expliquer que de jeunes joueurs comme Dominic Thiem (vainqueur de l'US Open 2020) ou Naomi Osaka (quatre tires du Grand Chelem, le dernier à Melbourne en 2021) aient connu de tels passages à vide si rapidement après leurs heures de gloire? Un manque de confiance après une série de défaites? Sans doute. Un appétit pour la victoire tout à coup moins grand? Baghdatis balaie: «Je ne pense pas que Thiem, par exemple, soit rassasié de succès. Comme tennismen pros, on a toujours envie de gagner du moment qu'on met les pieds sur un terrain».

Match de gala entre Marcos Baghdatis et Jo-Wilfried Tsonga samedi 3 septembre à 18 heures au Tennis Club de Peseux (NE)
Marcos Baghdatis affrontera une vieille connaissance ce samedi à 18 heures au Tennis Club Peseux (NE), en la personne de Jo-Wilfried Tsonga (ex-ATP 5). Les deux retraités en découdront lors d'un match de gala, ouvert au public, pour fêter les dix ans de l'école de tennis «Avantage Villagran». Plus d'infos en cliquant ici.

Le Chypriote voit une autre raison possible à la difficulté de garder la flamme et la rigueur indispensables pour durer à très haut niveau. Il la tire de sa propre expérience:

«Quand on commence à bien gagner de l'argent, on a tout à coup d'autres rêves que le tennis, on se dit qu'on pourrait faire autre chose de notre vie. Et puis il y a d'autres distractions, des sollicitations de plus en plus nombreuses avec la notoriété. Avant ma finale à l'Open d'Australie, j'aimais aller voir des matchs de tennis en restant anonyme. Après, ce n'était plus possible. Ton quotidien change du jour au lendemain, et ce n'est pas facile de gérer tout ça.»

Avec la notoriété, les difficultés ne grandissent pas seulement hors du court, mais aussi sur. «Vous êtes désormais attendu au contour, alors la pression monte. Au contraire, vos adversaires n'ont souvent, eux, rien à perdre», se souvient l'ex-numéro huit mondial.

«Et en te connaissant, ils savent comment jouer contre toi, ont repéré tes défauts ou ont analysé ton service, par exemple»
United States' Serena Williams holds her trophy after defeating her sister Venus during the women's singles final at the Australian Open tennis championships in Melbourne, Australia, Saturda ...
Le dernier des 23 titres du Grand Chelem de Serena Williams, à l'Open d'Australie 2021. Image: keystone

Vous l'aurez compris, rester si longtemps au top niveau est tout sauf quelque chose de simple. Alors un grand bravo à Serena Williams.

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«Avant 1984, le ski de rando n’était pas du tout à la mode. Il n'était pas courant de faire des longues sorties en montagne. Avec des amis, on partait trois ou quatre fois par an et il fallait tracer du début à la fin, il n'y avait personne. Quand on croisait quelqu’un, on était tellement surpris qu’on s’arrêtait une demi-heure pour discuter.»
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