Les «petits» n'ont plus beaucoup de chances en NBA
Le basketteur professionnel moyen est nettement plus grand que Monsieur Tout-le-Monde. Dans un sport où la cible se trouve à 3,05 mètres du sol, la taille est évidemment un atout.
Mais elle ne suffit plus, depuis longtemps, pour s’imposer en NBA. Le basket suit une évolution comparable à celle observée dans le football ou le football américain: tous les joueurs doivent être particulièrement mobiles.
Et en NBA, l'habileté au shoot est désormais exigée sur les cinq positions. La création avec ballon n’est plus l’apanage des seuls meneurs. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles la taille moyenne des joueurs a légèrement diminué depuis son pic de 2,01 mètres atteint en 2004.
Une étude portant sur 69 saisons NBA, de 1946/47 à 2021/22, montre que cette moyenne est descendue à un peu moins de 1,99 mètre lors de la dernière saison analysée, un niveau qui n’avait plus été observé depuis 1979/80.
Les grands bougent désormais mieux
Ce recul concerne toutes les positions, à une exception près: les meneurs. Les joueurs traditionnellement les plus petits deviennent, paradoxalement, de plus en plus grands. La frontière entre les postes s’estompe, au point qu’on parle souvent de basket «sans positions». De plus en plus de joueurs possèdent des qualités typiques de meneur, comme la vision du jeu ou un haut niveau de compréhension tactique.
LeBron James, avec ses 2,06 mètres et sa qualité de passe, faisait figure de précurseur. Aujourd’hui, le meilleur passeur de la ligue est le pivot Nikola Jokic, qui mesure 2,11 mètres. Même parmi les meneurs, dépasser les deux mètres est devenu courant. Luka Doncic affiche 2,03 mètres, LaMelo Ball 2,01 mètres, et Ben Simmons culminait à 2,08 mètres il y a encore quelques années.
Ce type de profil pousse progressivement les joueurs plus petits hors de la NBA. Les basketteurs plus grands s’imposent plus facilement physiquement tout en offrant les mêmes compétences offensives. En défense aussi, la polyvalence est devenue essentielle: chacun doit pouvoir défendre plusieurs positions, ce qui favorise les gabarits plus imposants.
Résultat, les meneurs n’ont jamais été aussi grands ces dernières années. Lors de la saison 2020/21, ils mesuraient en moyenne 1,895 mètre. Seule la saison 1986/87, dominée par Magic Johnson et ses 2,06 mètres, a affiché une moyenne légèrement supérieure.
Les statistiques NBA montrent également un déclin frappant du nombre de très petits joueurs. Entre 1996/97, première saison avec des mesures fiables, et 2006/07, on comptait presque toujours au moins dix joueurs mesurant 1,83 mètre ou moins, à une exception près. Depuis, ce seuil n’est plus atteint que rarement.
Cette saison, ils ne sont plus que deux. La saison précédente, le Japonais Yuki Kawamura, avec 22 matchs disputés, était même le seul.
Imaginer aujourd’hui un joueur comme le légendaire Muggsy Bogues, 1,60 mètre, atteindre la NBA relève quasiment de la science-fiction.
Le média Sportico souligne en outre que les joueurs de moins de 1,90 mètre ont de plus en plus rarement le ballon en main et passent nettement moins de temps sur le parquet. A l’inverse, les basketteurs mesurant entre 1,93 et 2,06 mètres ont la cote: la saison dernière, ils ont cumulé environ deux tiers des minutes jouées.
Les «petits» peinent à défendre
Trae Young incarne parfaitement cette tendance. Le meneur, qui mesure 1,85 mètre et ne pèse qu’un peu plus de 80 kilos selon plusieurs sources, est considéré par de nombreux experts comme l’un des pires défenseurs de la ligue. Face à des adversaires directs toujours plus grands, il devient un problème croissant pour son équipe sur le plan défensif.
Malgré des statistiques offensives impressionnantes chez Young et une place régulière parmi les meilleurs marqueurs de la ligue, les Atlanta Hawks ont souvent été dominés par leurs adversaires quand il était sur le parquet.
La franchise a donc fini par tourner la page et se séparer de Trae Young. La semaine dernière, Atlanta a échangé le cinquième choix de la draft 2018 et ancienne star de l’équipe. Envoyé à Washington, Trae Young n’a rapporté en échange qu’un C. J. McCollum de 34 ans et l'habituel remplaçant Corey Kispert. L’objectif était clair: se débarrasser d’un contrat lourd, plus de 95 millions de dollars pour cette saison et la suivante.
Le problème de Trae Young ne se limite pas à sa taille. Il n’est pas un shooteur à longue distance particulièrement efficace, avec 35,1% de réussite à trois points. Il se montre aussi trop passif sans ballon et est régulièrement critiqué pour son manque d’engagement défensif. Les chiffres indiquent clairement que les équipes NBA recherchent de moins en moins des profils comme le sien.
Il y aura évidemment toujours des exceptions. Stephen Curry (1,88 mètre), à peine plus grand que Young, a prouvé qu’un joueur de «petite» taille pouvait dominer la NBA et gagner des titres. Mais il est le meilleur shooteur de l’Histoire.
Le constat final est donc assez brutal pour le commun des mortels qui rêve d'une carrière de basket dans la meilleure ligue du monde: même si la taille moyenne des joueurs NBA diminue légèrement, l’ère du petit gabarit est bel et bien révolue.
Adaptation en français: Yoann Graber
