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Les supporters du FC Sion en feu avant un match contre Lausanne, le 6 août 2016 à domicile.
Les supporters du FC Sion en feu avant un match contre Lausanne, le 6 août 2016 à domicile.
Image: KEYSTONE

Pourquoi les fans de foot détestent les billets nominatifs?

La fin des billets nominatifs au FC Sion permettra aux supporters de faire leur retour au stade. Mais pourquoi est-ce si intolérable pour eux de décliner leur identité? Ils répondent.
13.10.2021, 11:5113.10.2021, 18:28
Julien Caloz
Julien Caloz
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Notre identité circule sur les réseaux sociaux, apparaît sur les cartes de fidélité, l'abonnement de téléphone, le compte Tinder ou encore le leasing de la voiture. Pourquoi refuser de la décliner à l'achat d'un billet de match? C'est la question que nous nous sommes posée en essayant de comprendre pourquoi les ultras ont attendu la fin des billets nominatifs pour faire leur retour au stade de Tourbillon.

Pour y répondre, nous avons sollicité deux experts des tribunes: le premier les analyse, le second les anime. Nicolas Hourcade est sociologue du sport, auteur de plusieurs ouvrages sur le supportérisme en France. «Laurent» est un ultra respecté du hockey romand. Il s'agit d'un prénom d'emprunt, ce qui n'est pas anodin pour le sujet qui nous occupe. Car être ultra, c'est aussi cultiver un secret. «On le voit bien sur les réseaux sociaux. Lorsque les groupes diffusent des photos de leurs membres, ils floutent systématiquement les visages», pointe Nicolas Hourcade.

L'expert ajoute: «Ces supporters souhaitent préserver un certain anonymat pour ne pas être discrédités du fait qu'ils appartiennent à tel ou tel groupe. Ils entendent également protéger leur existence dans d'autres sphères sociales, sachant que le fait d'être ultra est parfois perçu comme sulfureux. Ils ne veulent pas, enfin, que cette appartenance puisse leur être reprochée dans leur vie de tous les jours, notamment lorsqu'ils recherchent un emploi.»

➡️ L'avis de Laurent

«Tout ce que dit Nicolas Hourcade, qui est un spécialiste reconnu et respecté, est juste. J'ai moi-même été attentif, dans la mesure du possible, à préserver mon anonymat. Mon groupe ultra aussi. Nous floutons toujours les visages lorsque nous publions les images sur les réseaux sociaux. Ça nous est d'ailleurs reproché. Beaucoup disent: si vous vous cachez, c'est parce que vous assumez pas ce que vous faites! Mais c'est faux. D'abord, on doit se défendre de rien. Ensuite, ce ne sont pas les membres qui sont importants mais le groupe. C'est lui qu'on veut mettre en avant.»

Nicolas Hourcade invoque une deuxième raison dans le choix de ne pas révéler son identité aux abords du stade. Il explique que les ultras «ont le sentiment d'être en permanence fichés et surveillés», et qu'ils considèrent ces contrôles comme excessifs, «surtout qu'on ne donne pas forcément son nom quand on achète une place de théâtre ou de cinéma».

Un cri de ralliement.
Un cri de ralliement.
Image: Keystone

Les supporters dénoncent aussi l'utilisation des stades en tant que laboratoires de la surveillance et de la répression. Hourcade ajoute qu'il y a chez eux «le sentiment très fort de ne pas être considérés comme des citoyens comme les autres. Ils estiment être les victimes de mesures d'exception qui ne s'appliquent qu'à eux, et soutiennent que les autorités sanctionnent plus sévèrement leur conduite que les mêmes comportements observés ailleurs, précisément parce que les ultras sont très médiatisés, donc plus visibles.»

➡️ L'avis de Laurent

«On a souvent subi dans les stades des mesures répressives qui ont ensuite été appliquées dans le reste de la société: caméras, contrôles d'identité au faciès, etc. Les autorités ont aussi essayé par le passé de mettre en place des billets nominatifs, ce qu'on a toujours refusé. D'abord parce qu'on ne sait pas l'utilisation qu'ils pourraient avoir de nos données, ensuite parce que les gens n'ont pas à savoir ce qu'on fait de nos week-ends. On est des citoyens libres comme les autres. Si je fais un enterrement de vie de garçon et que je vais à Zurich avec 30 potes dans un car, il n'y aura aucun contrôle d'identité. Pourquoi les imposer aux 30 ultras en déplacement? Récemment, on a essayé de nous faire croire qu'avec le Covid, il était légitime de devoir donner son nom pour acheter un billet mais c'est faux. On peut très bien avoir un billet non-nominatif et présenter notre certificat Covid à l'entrée. Nos données ne seront ni scannées, ni mémorisées. Simplement vérifiées.»

Ce souci de discrétion vient aussi de comportements moins avouables. «Les groupes ultras ont différents types de pratiques, reprend Nicolas Hourcade. Certaines sont extrêmement positives et appréciées des clubs comme les chants, l'animation ou les chorégraphies. Mais d'autres sont prohibées, comme l'utilisation des engins pyrotechniques ou certains débordements. Or les ultras ont compris que s'ils n'étaient pas nommément identifiés, il serait moins simple de les interpeller.»

➡️ L'avis de Laurent

«C'est clairement la vérité. Mais est-ce que les fumigènes et les torches doivent être considérées comme de la violence? J'ai appris récemment qu'un match sur deux de Super League en 2018/2019 avait été le théâtre de violences. Mais la moitié des matches considérés comme violents sont simplement le fait de torches et de fumigènes. On fait tout dire aux statistiques.»

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