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Hockey sur glace: pourquoi les ultras détestent les billets nominatifs?

Une action des supporters lausannois contre les mesures de securite lors de l'acte 1 du quart de finale des play-off du championnat suisse de hockey sur glace de National League entre Lausanne HC ...
Les supporters du LHC ont encore manifesté, dimanche soir face à Davos, contre le contrôle systématique de la carte d’identité via un «Scan ID».Image: KEYSTONE

Les fans de hockey ne veulent pas de billets nominatifs. De quoi ont-ils peur?

Le match des play-off entre Lausanne et Davos, dimanche, a été marqué par une nouvelle manifestation des fans contre les contrôles d'identité, qu'ils jugent intolérables. On a voulu comprendre pourquoi.
18.03.2024, 10:3018.03.2024, 10:31

Notre identité circule sur les réseaux sociaux, apparaît sur les cartes de fidélité, l'abonnement de téléphone, le compte Tinder ou encore le leasing de la voiture. Pourquoi refuser de la décliner à l'achat d'un billet de match? C'est la question que nous nous sommes posée en assistant au mouvement de protestation conjoint des ultras du LHC et de Davos, dimanche soir à la Vaudoise aréna.

À la 5e minute du match, les deux camps de supporters ont critiqué ensemble, à grands renforts de chants et de banderoles, le contrôle d’identité des fans visiteurs (le fameux Scan ID) actuellement en place à Lausanne. Plusieurs dizaines de soutiens Grisons ont d'ailleurs refusé de se rendre dans le parcage qui leur était réservé. Ils se sont massés à l’étage supérieur, dans un secteur auquel ils ont eu accès sans avoir besoin de décliner leur identité.

Une action des supporters grisons contre les mesures de securite lors de l'acte 1 du quart de finale des play-off du championnat suisse de hockey sur glace de National League entre Lausanne HC et ...
Les ultras du HC Davos, dimanche à Lausanne. Après leur démonstration, ils ont rejoint l'emplacement réservé aux fans adverses dans le calme.Image: KEYSTONE

Mais pourquoi les supporters de hockey (et de foot) détestent les billets nominatifs? Pour le savoir, nous avons sollicité deux experts des tribunes: le premier les analyse, le second les anime. Nicolas Hourcade est sociologue du sport, auteur de plusieurs ouvrages sur le supportérisme en France. «Laurent» est un ultra respecté du hockey romand. Il s'agit d'un prénom d'emprunt, ce qui n'est pas anodin pour le sujet qui nous occupe. Car être ultra, c'est aussi cultiver un secret. «On le voit bien sur les réseaux sociaux. Lorsque les groupes diffusent des photos de leurs membres, ils floutent systématiquement les visages», pointe Nicolas Hourcade.

L'expert ajoute: «Ces supporters souhaitent préserver un certain anonymat pour ne pas être discrédités du fait qu'ils appartiennent à tel ou tel groupe. Ils entendent également protéger leur existence dans d'autres sphères sociales, sachant que le fait d'être ultra est parfois perçu comme sulfureux. Ils ne veulent pas, enfin, que cette appartenance puisse leur être reprochée dans leur vie de tous les jours, notamment lorsqu'ils recherchent un emploi.»

➡️ L'avis de Laurent

«Tout ce que dit Nicolas Hourcade, qui est un spécialiste reconnu et respecté, est juste. J'ai moi-même été attentif, dans la mesure du possible, à préserver mon anonymat. Mon groupe ultra aussi. Nous floutons toujours les visages lorsque nous publions les images sur les réseaux sociaux. Ça nous est d'ailleurs reproché. Beaucoup disent: si vous vous cachez, c'est parce que vous n'assumez pas ce que vous faites! Mais c'est faux. D'abord, on doit se défendre de rien. Ensuite, ce ne sont pas les membres qui sont importants mais le groupe. C'est lui qu'on veut mettre en avant.»

Nicolas Hourcade invoque une deuxième raison dans le choix de ne pas révéler son identité aux abords des patinoires. Il explique que les ultras «ont le sentiment d'être en permanence fichés et surveillés», et qu'ils considèrent ces contrôles comme excessifs, «surtout qu'on ne donne pas forcément son nom quand on achète une place de théâtre ou de cinéma».

Un cri de ralliement.
Un cri de ralliement. Image: Keystone

Les supporters dénoncent aussi l'utilisation des stades et patinoires en tant que laboratoires de la surveillance et de la répression. Hourcade ajoute qu'il y a chez eux «le sentiment très fort de ne pas être considérés comme des citoyens comme les autres. Ils estiment être les victimes de mesures d'exception qui ne s'appliquent qu'à eux, et soutiennent que les autorités sanctionnent plus sévèrement leur conduite que les mêmes comportements observés ailleurs, précisément parce que les ultras sont très médiatisés, donc plus visibles.»

➡️ L'avis de Laurent

«On a souvent subi dans les patinoires des mesures répressives qui ont ensuite été appliquées dans le reste de la société: caméras, contrôles d'identité au faciès, etc. Les autorités ont aussi essayé par le passé de mettre en place des billets nominatifs, ce qu'on a toujours refusé. D'abord parce qu'on ne sait pas l'utilisation qu'ils pourraient avoir de nos données, ensuite parce que les gens n'ont pas à savoir ce qu'on fait de nos week-ends. On est des citoyens libres comme les autres. Si je fais un enterrement de vie de garçon et que je vais à Zurich avec 30 potes dans un car, il n'y aura aucun contrôle d'identité. Pourquoi les imposer aux 30 ultras en déplacement? Récemment, on a essayé de nous faire croire qu'avec le Covid, il était légitime de devoir donner son nom pour acheter un billet mais c'est faux. On peut très bien avoir un billet non-nominatif et présenter notre certificat Covid à l'entrée. Nos données ne seront ni scannées, ni mémorisées. Simplement vérifiées.»

Ce souci de discrétion vient aussi de comportements moins avouables. «Les groupes ultras ont différents types de pratiques, reprend Nicolas Hourcade. Certaines sont extrêmement positives et appréciées des clubs comme les chants, l'animation ou les chorégraphies. Mais d'autres sont prohibées, comme l'utilisation des engins pyrotechniques ou certains débordements. Or les ultras ont compris que s'ils n'étaient pas nommément identifiés, il serait moins simple de les interpeller.»

➡️ L'avis de Laurent

«C'est clairement la vérité. Mais est-ce que les fumigènes et les torches doivent être considérées comme de la violence? J'ai appris récemment qu'un match sur deux de Super League en 2018/2019 avait été le théâtre de violences. Mais la moitié des matchs considérés comme violents sont simplement le fait de torches et de fumigènes. On fait tout dire aux statistiques.»

Cet article a été adapté d'une première version parue sur notre site en octobre 2021.

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