«Je ne pouvais plus vivre»: ce Canadien passé par la Suisse revient de loin
«La rotule partait vers le haut. Vers le bas. Vers la gauche. Vers la droite. C’est là que j’ai compris: j’ai besoin d’aide.» C’est avec ces mots que Liam Millar revient sur ce moment d’octobre 2024, lorsqu’il s’est déchiré les ligaments croisés lors du match entre Hull et Burnley.
Le Canadien a pleuré. Sa femme Daniela a pleuré. Mais à cet instant, tous deux ignoraient encore que cette déchirure ne touchait pas seulement son genou, mais aussi son âme.
C’est ainsi, avec cette image forte, que The Athletic décrit l’état d’esprit dans lequel se trouvait alors le footballeur aujourd’hui âgé de 26 ans. A l’automne 2025, Millar avait accordé au prestigieux média un entretien marquant dans lequel il révélait publiquement avoir souffert de dépression. Sa blessure l’avait fait dérailler. Ou plus précisément: l’absence de progrès visible dans sa guérison après quatre mois de rééducation.
Millar, qui a disputé 98 matchs avec le FC Bâle entre 2021 et 2023 avant de quitter le club, d’abord en prêt à Preston North End puis définitivement pour Hull City, a raconté avoir été accompagné par des vertiges constants.
Pendant un temps, il a coupé le contact avec sa femme et ses deux jeunes filles, s’isolant seul dans une pièce.
Un long tunnel et une rencontre salvatrice
L'ailier gauche a même expliqué qu’il n’aurait probablement pas réagi si une voiture l’avait percuté.
Jusqu’au jour où il a fondu en larmes devant sa femme et lui a avoué: «Je ne vais pas bien. Quelque chose ne va vraiment pas chez moi.»
Après des semaines passées dans un tunnel très sombre, Liam Millar a aperçu la lumière pour la première fois. Grâce à sa femme. Et grâce à Jesse Marsch, le sélectionneur du Canada. Car c’est précisément au moment où l'ex-attaquant du FC Bâle allait si mal psychologiquement que Marsch l’a appelé. L’entraîneur, qui lui a toujours fait confiance depuis sa prise de fonction en mai 2024 lorsque l’ailier n’était pas blessé, lui a montré une nouvelle voie.
C’est avec des mots chargés d’émotion que Millar décrit ce tournant. Jesse Marsch, lui-même ancien footballeur professionnel, même si sa carrière de joueur est restée modeste, a fait en sorte que l'ancien Bâlois soit opéré par un spécialiste reconnu du genou.
Liam Millar a effectué sa rééducation à Bologne – et a séjourné dans la maison de vacances de Marsch. Quelques jours en Toscane devaient permettre au Canadien, qui avait pu emmener toute sa famille avec lui, de retrouver courage et espoir. Et de puiser la force nécessaire pour le long chemin du retour.
Car Jesse Marsch n’a pas seulement été un soutien sur le plan humain: il a aussi clairement fait comprendre à Millar qu’au sein de l’équipe canadienne, qui avait disputé en 2022 sa première Coupe du monde depuis 36 ans, les choses évoluaient et progressaient, mais qu’on avait besoin de lui. Et que dès qu’il serait à nouveau en forme, il ferait partie de cette équipe. Y compris, évidemment, pour la Coupe du monde organisée à domicile.
«Quand tu as un entraîneur qui est une aussi bonne personne, cela te donne envie, en tant que joueur, de te battre encore plus, de tout faire et de donner tout ce que tu as», confie l'attaquant au sujet de son coach.
Même après ces jours passés en Toscane, les deux hommes continuaient de s’écrire presque quotidiennement. Liam Millar a retrouvé le sentiment d’avoir de la valeur – comme être humain, mais aussi comme footballeur. Les doutes se sont peu à peu dissipés. Et une chose lui est apparue clairement:
Un rêve qui va devenir réalité
Ce processus a commencé en octobre 2025. Après avoir terminé sa rééducation et disputé seulement deux bouts de matchs avec Hull City, Millar a été rappelé en équipe nationale. Certes, il ne s’agissait que de deux matchs amicaux, mais il retrouvait le cocon de cette sélection qui lui apporte tant et qui l’apprécie autant.
En tant qu’un des ailiers gauches les plus expérimentés de tout le groupe. En tant qu’un des rares joueurs offensifs encore présents parmi ceux du contingent du Mondial 2022, une équipe que l'ex-attaquant du FCB avait lui-même qualifiée à l’époque de génération dorée. Mais aussi en tant qu’homme capable de guider un groupe et de rassembler tout le monde autour de parties de cartes.
Cette importance au sein de l’équipe et la fierté que provoque en lui chaque convocation avec le Canada ont, d’une certaine manière, sauvé Liam Millar. Aujourd’hui, il se trouve là où il voulait être: à sa deuxième Coupe du monde. Il a participé au premier des deux matchs disputés jusqu’ici, contre la Bosnie (1-1). Avec son club de Hull City, il a également été promu en Premier League cet été. Un rêve qui se réalise pour lui. Et pour lequel il avait autrefois tout sacrifié.
A 13 ans, il a quitté Brampton, tout près de Toronto, pour rejoindre Londres, où il a évolué pendant trois ans dans l’académie de Fulham, alors pensionnaire de Premier League. Jusqu’à ce que le grand FC Liverpool frappe à sa porte. Chez les jeunes des Reds, il a progressé et s’est entraîné sous les ordres de la légende Steven Gerrard. Mais il n’est jamais parvenu à franchir le pas vers l’équipe professionnelle. Il n’a disputé qu’un seul match officiel avec la première équipe dirigée par Jürgen Klopp.
Depuis, ce désir de Premier League ne l’a jamais quitté. Un rêve qu’il réalise désormais. Après avoir traversé la période la plus difficile de sa vie.
Mais avant cela, il y a ce duel entre le Canada et la Suisse. Le dernier match de groupe. Dans l’effectif suisse, Millar connaît bien Eray Cömert et Dan Ndoye, avec qui il a partagé ses deux saisons à Bâle. Ce sera sans doute une rencontre particulière pour l'attaquant canadien.
Adaptation en français: Yoann Graber
