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La drôle d'histoire des animaux qui peuplent le hockey suisse

Lions, panthère, taureau, dragon: de nombreux clubs suisses adoptent un animal et transforment leur vestiaire en bestiaire. Ces choix bizarres ont souvent une lointaine origine, même si tous ne sont pas rationnels.
06.04.2022, 19:0711.04.2022, 15:40

Il y a probablement autant de tigres dans les pâturages de l'Emmenthal que de lions dans les rues d'Epalinges. C'est pourtant ainsi que l'on nomme les hockeyeurs du coin: les Langnau Tigers. Personne ne pourra reprocher au marketing local d'être tombé dans la facilité de la vache enragée ou du chien méchant, comme il y en a dans toutes les fermes (a minima, sur toutes les pancartes) de l'Emmenthal. Mais tout de même... Des tigres à Langnau. Et pourquoi pas des chèvres au CP Berne?

Tel est le monde du hockey suisse: ça griffe la glace, ça rugit de plaisir, ça saigne un peu, les crosses deviennent féroces: c’est le temps du règne animal. Quel autre sport que le hockey révèle aussi bien les instincts profonds de la nature humaine?

Alors on a mis des animaux partout, comme dans les meilleures tapisseries pour enfants: lions, tigre, panthère noire, aigle, dragon, vouivre, taureau. Quand la NHL emprunte volontiers des grands courants de pensée (les ouragans de Caroline du Nord, l'avalanche du Colorado), la Suisse vend un monde imaginaire où l'homme devient bête, sinon bestial.

Lion, y es-tu?

Il devient fauve, surtout. Tant qu'à se faire une place dans la jungle du hockey suisse, évidemment que personne n'allait choisir le gnou ou le phacochère. Sauf que Lausanne, notamment, a un solide alibi: son lion n'est qu'une version survitaminée des armoiries de la ville, où deux spécimen se font face autour d'un écusson. Les mouvements wokes militent pour une version inclusive qui remplacerait l'un des lions par une lionne; mais devinez qui du mâle ou de la femelle le LHC choisirait pour «aller au combat», comme on dit dans le jargon? Et il aurait bien tort puisque la lionne est la chasseuse du couple...

C'est la même histoire à Zurich, dont la ville a remplacé l'aigle impérial par le lion royal au XVIIe siècle, ce que tout le monde savait déjà dans la tribune de presse du ZSC (🤨🧐🤔 En vrai, nous n'avons obtenu de nos collègues que des silences embarrassés).

Franchement, quelle différence, sinon que le lion lausannois a toujours la gueule ouverte?
Franchement, quelle différence, sinon que le lion lausannois a toujours la gueule ouverte?

Pour la panthère noire de Lugano, inutile de chercher dans les archives: elle est née en 2006 dans le MacBook Pro d'un designer tessinois, «parce qu'elle exprime les valeurs de la force, la classe, l'agilité, la ruse, la vitesse, l'agressivité, l'élégance, la beauté, le grain». Avec tout ça, comment Lugano n'est-il pas champion?

«Je n'ai jamais senti qu'un joueur était en empathie avec l'animal dessiné sur son maillot, et je ne crois pas qu'en signant à Gottéron, Christoph Bertschy ait pensé: super, je vais devenir un dragon», rigole Gérard Scheidegger, patron de Global Sport Management. «Les clubs essaient en général de diffuser de l'agressivité par la couleur. Quand j'étais au HC Bienne, l'entraîneur tenait absolument à ce que nous jouions tout en noir. A mon sens, l'animal est choisi pour les valeurs qu'il représente et pour son capital sympathie auprès du public, en particulier les enfants.»

Pour avoir dirigé de nombreux clubs, dont Davos, Lausanne et Bienne, Gérard Scheidegger est toujours surpris «du temps énorme consacré à ces réflexions», surtout chez ceux qui n'ont pas encore adopté un animal. Il raconte:

«A Davos, nous avons tenu une séance de neuf heures pour repenser notre logo, réévaluer les valeurs que nous voulions mettre en avant. Neuf heures de discussion... Notre problème, c'était le Steinbock (réd: le bouquetin). Dans les Grisons, tout tourne autour du Steinbock. Nos sponsors, nos fans, tout le monde nous parlait sans arrêt du Steinbock. Encore et toujours ce Steinbock... (réd: on sent presque le traumatisme). Il n'était pas stupide d'envisager sa présence sur le logo mais chaque axe de réflexion nous a pris environ six heures. Sans changement au final.»

Tromperie sur la marchandise (ou merchandising)

Puisque Langnau n'a pas occupé le créneau, Zoug a choisi le taureau enragé (à quand la version inclusive?), officiellement parce qu'avant de devenir une patinoire, la place du Herti accueillait un marché aux bestiaux. C'était naguère, voire jadis. Mais il y a tromperie sur la marchandise. Voilà bien longtemps qu'à Zoug, on échange davantage de titres au porteur que de bovins, et les mauvais malins auront tôt fait de déceler des similitudes troublantes entre le taureau du Herti et celui de Wall Street, emblème du marché haussier (lire la définition du bull market).

Oder?

Des Romands mythos

Tout est beaucoup plus clair par chez nous. Quand Genève-Servette (l'aigle) et Berne (l'ours) ont suivi les directives cantonales, Gottéron et Ajoie ont écrit leur propre légende à partir de bestioles atrabilaires, toutes tirées de la mythologie, dont la férocité semble augmenter avec l'âge.

A Fribourg, c'est l'histoire d'un dragon qui hantait la vallée du Gottéron, des théories fumeuses pour vieillards cramponnés à leur pipe et pour enfants qui auraient lâché leur joystick. Le cri du dragon est suspendu dans l'air, quand souffle le vent d’hiver, pour les yeux rieurs du bel Hubert, le sculpteur Audriaz qui, en 1998, a convaincu le club de récupérer l'animal.

Que voici

Image: KEYSTONE

En Ajoie, ce serait une vouivre, une sorte de grand serpent ailé, ponctué d'une bouille plus ou moins sympathique qu'un designer a rendue «plus agressive» en juillet 2021, pour «moderniser notre image et s’inspirer de ce qui se fait dans les autres clubs».

A noter que contrairement au dragon, la vouivre ne crache pas de flamme. Autrement dit, mais tout le monde le sait aussi, Ajoie n'a pas le feu sacré.

Abeille ou souris, choisis ton camp

Comble de la délicatesse, la demi-finale de Swiss League (ex LNB) oppose en ce moment même les abeilles de la Chaux-de-Fonds à la souris d'Olten, deux animaux plutôt gentils, si ce n'est bibliques, à l'encontre de toute réthorique carnassière.

«Une abeille qui pique et qui meurt, c'est un peu léger pour le hockey. La powermouse, ça sonne déjà mieux»
Gérard Scheidegger

A noter que la powermouse d'Olten ne mène plus que 3-2 dans cette série en best of seven, après deux défaites concédées cette semaine dans un bourdonnement toujours plus menaçant.

A La Chaux-de-Fonds, l'abeille est un symbole séculaire, vivace. Il y a le café-restaurant de l'Abeille, le Théâtre des abeilles et même une «carte abeille», une monnaie locale inspirée de l'écu ou du bitcoin (selon votre date de naissance) lancée à la fin 2019 et qui rencontre un franc (sans jeu de mot) succès.

L'abeille du HCC, un peu sous ecsta quand même.
L'abeille du HCC, un peu sous ecsta quand même.

A Olten, c'est une tout autre histoire. En 2011, Speedy devient la première mascotte officielle du hockey suisse. Elle débarque de Chine par avion cargo. Elle est censée inspirer la crainte, se dépatouiller dans cette jungle, alors ses concepteurs ont forcé le trait.

Au Kleinholz, la powermouse ne veut pas seulement faire rire les enfants et mugir les mamans, elle veut aider l'équipe (comme Benzema). Elle frappe le plexiglas de ses poings, guide les arbitres aveugles vers la sortie et implore le ciel de la débarrasser des mauviettes - ouh, la vilaine!

Est-ce tellement ridicule? Est-ce provincial? N'oublions pas de préciser que si le lion lausannois et l'aigle servettien avaient abouti dans leur projet de fusion, s'il avaient fini par s'accoupler, ils auraient donné naissance aux «Sharks du Léman», ce qui ressemble à une chimère:

Chimère dans le Larousse: «Projet séduisant, mais irréalisable; idée vaine qui n'est que le produit de l'imagination; illusion.»
Chimère dans le Larousse: «Projet séduisant, mais irréalisable; idée vaine qui n'est que le produit de l'imagination; illusion.»

Un tigre dans l'Emmenthal, le fin mot de l'histoire

Après ce tour de Suisse, le temps est venu de vous donner les résultats de notre enquête sur les tigres de Langnau. Notre spécialiste de hockey Klaus Zaugg, Emmenthalois pure laine, est en mesure de révéler les anomalies suivantes:

«Lors de la création club en 1947, les fondateurs ont mis un tigre sur les maillots, je ne sais pas pour quelle raison, peut-être parce que c'était la mascotte. Mais très vite, le tigre a disparu du paysage. Il est réapparu à la surprise générale en 1970, à une époque où les sponsors maillots étaient interdits en Suisse. Par une incroyable «coïncidence», ce nouveau tigre ressemblait trait pour trait à celui du Tiger Käse

Le fromager offrait «40 000 francs par an au SC Langnau, une somme énorme à l'époque», rappelle Klaus Zaugg, en échange de cette ressemblance malencontreuse. «Mais la ligue a flairé la combine et a porté l'affaire en justice, rit notre confrère emmenthalois. Langnau a juré que ce n'était pas du sponsoring déguisé. Il a déclamé son attachement historique au tigre et a eu beaucoup de chance de dégoter un vieux maillot quelque part pour prouver sa «bonne» foi. Il a gagné au tribunal et le tigre, depuis, est resté.»

Il y avait donc bien un rapport avec la choucroute le fromage.

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