La star du ski haïtien a un lien étroit avec la Suisse
Dimanche dernier, Stevenson Savart a tout donné lors de l'avant-dernier tour du skiathlon olympique. Le groupe de tête emmené par Johannes Klaebo arrivait derrière lui à un rythme effréné. La règle, aussi abrupte que logique, était claire: s’il s'était fait rattraper, sa course se serait arrêtée net, pour ne pas gêner la lutte pour les médailles.
L'Haïtien a réussi son pari et pu s'engager dans la sixième et dernière boucle de 3,3 kilomètres. Il a franchi la ligne d'arrivée dix minutes plus tard en saluant la tribune. La foule était en délire, alors qu'il était pourtant 64e et dernier. Neuf autres athlètes ont cependant fait pire et ont dû se retirer.
Objectif réussi
«Terminer le skiathlon était mon grand objectif», déclare cet athlète de deux mètres aux cheveux relevés. Le premier Haïtien à participer aux épreuves olympiques de ski de fond souhaite disputer et terminer toutes les courses individuelles à Tesero, y compris le 50 kilomètres à la fin des Jeux. Par ses performances, il espère aussi et surtout être une source d'inspiration pour les habitants du pays où il est né:
Son but est de montrer que beaucoup de choses sont possibles, même lorsque l'on vient d'un petit pays, et «d'apporter un peu de lumière là où l'on traverse actuellement une période sombre», selon sa formulation sur le portail officiel des Jeux olympiques, en référence à son pays d'origine où l'instabilité politique se mêle régulièrement aux catastrophes naturelles.
Des préjugés sur sa couleur de peau
L’histoire de Stevenson Savart est fascinante, parce qu’elle incarne l’esprit olympique au-delà de la chasse aux médailles. A l’âge de trois ans, Il est adopté en France, dans les Vosges. Thierry et Sandrine, ses «deuxièmes parents», comme il les appelle, l’initient très tôt aux sports d’hiver. Il rivalise avec son «nouveau» frère en ski de fond et intègre même le cadre espoirs français. Les entraînements le mènent aussi régulièrement dans le Jura suisse.
Stevenson Savart se souvient des regards de travers lorsqu’il était enfant sur les pistes: un homme noir à ski, pour beaucoup, cela ne passait pas. Selon lui, cela reste le cas aujourd’hui: «Ce n’est que lorsque les gens voient que je peux aller vite en ski de fond qu’ils me parlent plus naturellement». Ce message lui tient à cœur:
Il vit proche de Vallorbe
Stevenson Savart n’est pourtant pas un sportif du dimanche. Dans les semaines précédant les Jeux, il s'est entraîné jusqu’à six heures par jour. Ses dix minutes de retard sur Klaebo sur 20 kilomètres représentent certes un gouffre sur la scène planétaire, mais il faut nuancer ce chiffre.
Le Norvégien a parcouru le skiathlon à une moyenne d'environ 26 km/h, alors que l'Haïtien l'a bouclé à une vitesse de 21 km/h sur un tracé olympique exigeant et vallonné. Une allure que même des amateurs très ambitieux échoueraient à tenir.
Aujourd’hui, Stevenson Savart vit à Métabief, à proximité de la frontière suisse de Vallorbe (VD), et travaille occasionnellement comme assistant d’éducation à Pontarlier en France voisine. Autant dire qu'il arpente aussi les pistes suisses. Son lien avec Haïti ne s’est pourtant jamais totalement rompu. En 2015, à 15 ans, il est retourné dans son pays natal avec d’autres enfants adoptés haïtiens et a rencontré ses parents biologiques. «Une expérience incroyable», raconte-t-il en poursuivant:
D'autres projets en tête
Stevenson Savart a déjà participé à deux championnats du monde, à Planica (2023) et à Trondheim (2025). Mardi, après le sprint olympique, il a toutefois laissé entendre que son «projet» touchait à sa fin. «Cela demande trop de moyens et beaucoup de temps».
L'Haïtien de 25 ans bénéficie d’un programme de soutien du CIO qui finance 249 athlètes, ce qui lui a permis d'investir dans du matériel. Il dispose de 20 paires de skis. «Dans les camions des grandes nations, il y a 80 paires de skis par athlète». Stevenson Savart estime cependant qu’il «est temps de passer à autre chose».
Thierry Montillet, le chef d'une délégation olympique haïtienne qui compte également pour membre le skieur alpin Richi Viano, a déjà des idées en tête pour son protégé. Il souhaite en effet créer avec lui des pistes de rollerski en Haïti, dans le but d'aider au développement du ski de fond sur l'ile antillaise.
Pour l’heure, Stevenson Savart a encore des échéances olympiques: le dix kilomètres ce vendredi et, dans une semaine, le 50 kilomètres. Le public s’en réjouira.
(btr/az)
L’un des exemples les plus célèbres est Michael Edwards, plus connu sous le nom d’«Eddie the Eagle». L’Anglais fut le premier sauteur à ski à représenter la Grande-Bretagne aux Jeux olympiques. Autodidacte, il a participé en 1988 aux concours du grand et du petit tremplin à Calgary, terminant deux fois dernier. Le public retient surtout ses épaisses lunettes, nécessaires en raison de sa forte myopie, qui s’embuaient régulièrement sous son masque.
Toujours en 1988, une équipe jamaïcaine de bobsleigh a participé pour la première fois aux Jeux d’hiver. L’idée de départ était simple: la Jamaïque possède des sprinteurs rapides et le bobsleigh requiert de la vitesse. D’abord moqué, le projet a progressé et même gagné une notoriété mondiale en 1993 lorsque Disney l'a porté à l’écran sous le titre de «Rasta Rocket». En 2026, ce ne sont plus un, mais deux bobs jamaïcains qui sont présents en Italie.
Autre destin atypique: celui du skieur alpin Hubertus von Hohenlohe. Aujourd’hui âgé de 67 ans, il possède la nationalité mexicaine et liechtensteinoise. Né à Mexico, il a représenté le Mexique dès le début des années 1980, aux Jeux olympiques comme en Coupe du monde. En 2014 à Sotchi, à 51 ans, il est devenu le plus âgé des skieurs alpins alignés aux JO.
