Voici combien pourraient coûter les JO d'hiver en Suisse
On trouve dans de nombreux médias des compilations de coûts assez parlantes. C’est notamment le cas de la publication allemande Manager Magazin, qui relève que le comité d’organisation chiffre les coûts opérationnels des Jeux 2026 à environ 1,7 milliard d'euros (1,55 milliard de francs). Ceux-ci doivent être couverts par le sponsoring, la vente de billets et les contributions du CIO. Avec cette somme, le résultat serait à l’équilibre.
Mais la réalité s'avère toutefois différente. Il faut ajouter au total les dépenses liées à la sécurité et aux infrastructures, estimées à quelque 3,5 milliards d’euros (3,2 milliards de francs). Celles-ci sont prises en charge par le gouvernement, autrement dit par le contribuable.
Dans ce contexte, il est intéressant de noter que, selon un calcul réaliste, les coûts de sécurité pour les compétitions sportives en Suisse, également aux frais du contribuable, devraient dépasser le milliard d’euros.
Au total, les Jeux de 2026 coûteront, selon les estimations, environ 5,1 milliards d’euros. On peut partir du principe que les Jeux de 2038 seront au moins aussi coûteux et ce, quel que soit le pays.
A titre de comparaison, les Jeux les plus chers de l’histoire à ce jour, ceux de Sotchi en Russie en 2014, auraient coûté 50 milliards de dollars (un peu plus de 38 milliards de francs suisses). Dans ce cas toutefois, l’ensemble des installations avaient été construites pour l'occasion et aux frais de l’Etat.
En Italie, un sujet récurrent autour des Jeux olympiques a été la construction d’une nouvelle piste de bobsleigh et de luge à Cortina. Pour des raisons de coûts, le CIO avait recommandé que les compétitions se déroulent dans un autre pays, sur une piste déjà existante.
Car l'idée de supprimer les épreuves de bobsleigh faute d’infrastructures, comme ce fut le cas en 1960 à Squaw Valley en Californie, n’entrait pas en ligne de compte. Les sites d'Innsbruck et de Saint-Moritz avaient été évoqués pour prêter main-forte à l'Italie.
Mais, en fin de compte, le gouvernement italien avait refusé toute délocalisation à l’étranger et avait imposé la construction d'une nouvelle piste. Il en allait du prestige national. Selon le ministre italien des Transports et des Infrastructures, Matteo Salvini, celle-ci a coûté quelque 124,8 millions d’euros.
Dans le cadre du chantier, 850 arbres avaient été abattus, mais 10 000 ont par la suite été replantés. Si les Jeux étaient organisés en Suisse, il ne serait pas nécessaire d’investir autant d’argent dans une piste de bobsleigh, ni d’abattre autant d’arbres pour en replanter ailleurs.
D’autres investissements ont été nécessaires pour les Jeux de 2026, notamment pour le ski freestyle (5,4 millions d’euros), le snowpark de Livigno (35,8 millions d’euros) ainsi que pour la modernisation des installations de ski de fond au lac de Tesero, dans le Trentin (17,7 millions d’euros).
Lors de ces Jeux d’hiver, deux villes se partagent pour la première fois officiellement le rôle d’hôte. Mais l’or ne se joue pas seulement à Milan et Cortina, il est disputé dans toute l’Italie du Nord. Les compétitions sont en effet réparties sur un territoire de 22 000 km2. Il s’agit des premiers Jeux d’hiver décentralisés de l’histoire, avec des trajets parfois de plusieurs heures entre les sites de compétition. Le voyage de Milan à Cortina dure plus longtemps que celui de Milan à Zurich.
⛷️ Parce que leurs organisateurs ont privilégié des installations sportives existantes, les JO-2026 en Italie, qui ouvrent ce vendredi, sont "éclatés" sur 22.000 km2 et sept sites, dont deux "coeurs", Milan et Cortina d'Ampezzo, distants de plus de 400 kilomètres. pic.twitter.com/XjekF6yxpW
— Agence France-Presse (@afpfr) February 6, 2026
Les épreuves alpines féminines se déroulent à Cortina, celles des hommes en revanche à Bormio, à 300 kilomètres plus à l’ouest. Pour les cérémonies d’ouverture et de clôture, des sites sportifs inhabituels, éloignés des montagnes, sont utilisés. La cérémonie d’ouverture s’est tenue au stade San Siro, à Milan, tandis que les Jeux se termineront dans l’arène antique de Vérone.
Les distances entre les sites présentent certaines similitudes avec les Jeux de 2038 rêvés en Suisse. Le réseau de transports publics entre les sites helvétiques, en particulier le chemin de fer, est toutefois sans commune mesure avec l'Italie.
Environ 2 900 sportives et sportifs issus de plus de 90 nations seront en lice en 2026. Ce seront les plus grands Jeux d’hiver de l’histoire. Et d’ici 2038, de nouveaux records devraient être atteints.
Comme pour tout événement sportif de portée mondiale, le rituel consiste aussi à calculer les retombées économiques pour l’ensemble d’un pays. De tels calculs sont des projections et ne sont en réalité jamais vérifiés. Ils peuvent toutefois être utilisés comme argument politique pour apaiser le mécontentement des opposants.
Selon une projection des universités de Venise et de Milan, les retombées économiques des Jeux devraient s'élever à un peu plus de 5 milliards d’euros. Au total, d’après Matteo Salvini, 340 entreprises italiennes auront participé à la préparation des Jeux. 51 projets de transport et 47 installations sportives seront conservés après l’événement.
En Suisse, si des Jeux devaient effectivement avoir lieu en 2038, des études estimeraient probablement des retombées économique similaires, voire plus élevées. Et l’on ne manquerait certainement pas de souligner l’importance du spectacle pour le tourisme d’hiver, la cohésion nationale, notre image dans le monde et bien d’autres aspects encore.
Toutefois, les retombées économiques réelles en Suisse devraient être inférieures à celles des Jeux de Milan-Cortina. Le tourisme d’hiver se porte relativement bien dans notre pays, même sans Jeux olympiques.
D'un autre côté, rares sont les pays où les entreprises savent aussi bien tirer profit des caisses de l’Etat qu’en Italie. Plus encore lorsqu’il s’agit d’un grand spectacle sportif mondial, et que l'on en a fait une question de fierté nationale.
Dans le contexte de Milan et Cortina 2026, il est fait référence à l’effet de prestige et de promotion auprès de plus de 3 milliards de téléspectatrices et téléspectateurs dans le monde. En 2038, ils devraient être nettement plus nombreux.
En définitive, les Jeux de 2026 constituent un modèle de coûts assez fiable pour d'éventuels Jeux en Suisse en 2038. Il faut s'attendre à des coûts d'environ 5 milliards ici aussi, surtout en tenant compte de l'inflation.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
