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RTS Sport: Laurent Bastardoz prend sa retraite

Laurent Bastardoz a passé 30 ans derrière les micros (TV et radio) de la chaîne publique romande.
Laurent Bastardoz a passé 30 ans derrière les micros (TV et radio) de la chaîne publique romande. image: dr

Bastardoz quitte la RTS et révèle la folle histoire qui a lancé sa carrière

Laurent Bastardoz, voix mythique du sport à la RTS, a vécu sa dernière émission ce samedi. Il nous raconte sa carrière, pleine d'anecdotes savoureuses.
26.11.2025, 19:0329.11.2025, 10:59

Il fallait être un auditeur attentif, samedi soir, pour entendre cette petite phrase passée presque inaperçue lors de l'émission radio de la RTS Sport-Première: «Laurent, c'est votre dernière ce soir...» Ces mots sont ceux du journaliste Bernardin Allemann à son collègue Laurent Bastardoz. Oui, après 30 ans de bons et loyaux services sur la chaîne publique (radio et TV), ce dernier range définitivement son micro. Retraite oblige.

«Quand Bernardin a prononcé cette phrase, ça m'a déstabilisé, il y a eu beaucoup d'émotions. Même d'en parler maintenant, quelques jours plus tard, ça me donne la chair de poule», confie d'une voix tout à coup émue, au bout du fil, le néo-retraité (64 ans).

«Sur le moment, je ne voulais pas en faire des tonnes, je souhaitais partir humblement»
Un mythe de la RTS et une légende du tennis.
Un mythe de la RTS et une légende du tennis. image: dr

Quand on lui demande ce qui le rend fier, au moment de dresser le bilan de sa longue carrière de journaliste sportif, Laurent Bastardoz cite justement l'humilité (avec l'honnêteté). «J'ai toujours été conscient de mes faiblesses», rembobine-t-il, avant d'enchaîner:

«A mes débuts à la TV, ça pouvait être grisant d'être reconnu par les badauds dans les lieux publics. C'est ma femme qui m'a permis de garder les pieds sur terre.»

D'ailleurs, est-il encore maintenant reconnu dans la rue? «Oui parfois, mais par les vieux!», se marre l'habitant des hauts de Monthey (VS). Après 15 ans à la RTS TV, son retour en 2015 derrière le micro de la radio, beaucoup plus anonyme que les caméras, n'a donc pas blessé son ego. Quitter la tour genevoise pour les studios de La Sallaz (VD) était un choix, «pour me rapprocher de mon domicile et retrouver ma première passion».

Magnétophone, savon et coup de fil improbable

Oui, Laurent Bastardoz, qu'il soit filmé ou non, adore parler dans un micro. Depuis toujours, ou presque. «Quand j'avais 12-13 ans, mon père m'a offert un enregistreur-cassette. J'allais voir les matchs de Neuchâtel Xamax avec, et je les commentais», rembobine en se marrant celui qui a grandi à Couvet (NE). Il n'en fait pourtant pas tout de suite son métier.

Diplôme de commerce en poche, il est engagé comme représentant chez Rivella et s'établit dans le Chablais. Mais le micro n'est jamais loin. En l'occurence celui de Radio Chablais, où Laurent Bastardoz anime dès 1989 une émission en soirée, après ses journées de boulot.

Laurent Bastardoz a beaucoup aimé commenter des matchs de hockey avec l'expert Gary Sheehan.
Laurent Bastardoz a beaucoup aimé commenter des matchs de hockey avec l'expert Gary Sheehan. image: dr

Il n'y parle pas de sport, mais il aimerait beaucoup le faire. Ce fan de Xamax et du HC La Chaux-de-Fonds (enfant, il était aussi un habitué des Mélèzes) serine au directeur de Radio Chablais, Claude Défago, qu'il veut commenter du sport. Refus catégoriques. «Claude Défago ne voulait pas mélanger l'animation et le sport».

Arrive ce jour de 1991. Laurent Bastardoz a 30 ans et pas mal d'audace. «Le chef de la rubrique sportive vient me trouver pour me dire qu'il est sacrément embêté: le pigiste n'est plus disponible pour aller commenter le derby de hockey Champéry contre Val-d'Illiez. Il me fait comprendre que je suis le seul qui peut dépanner.»

L'habituel animateur saisit sa chance. D'autant que Claude Défago, cette fois, ne peut pas interférer: il est en déplacement dans le Haut-Valais et est injoignable (les natels n'existent pas encore). La suite?

«Je commente le match et, le lendemain, Claude Défago me convoque dans son bureau. Il était furieux. Il m'avait entendu commenter en rentrant de son séjour, dans sa voiture. Il me passe un savon à cause de cette désobéissance. J'étais sûr que j'allais être viré.»

Au moment de franchir le seuil de la porte, la queue entre les jambes, Laurent Bastardoz est rappelé par Claude Défago:

«Et là, il me dit: "Bon, il faut que vous arrêtiez l'animation. Dès maintenant, vous ne ferez que du sport!"»

Malgré sa colère, le boss de Radio Chablais a été frappé par le talent de commentateur de son employé. Puis les planètes s'alignent. «Quelques semaines plus tard, le journaliste sportif est parti et j'ai été engagé pour le remplacer, comme stagiaire RP, la porte d'entrée vers le professionnalisme».

Aux JO, Laurent Bastardoz a rencontré Simon Ammann, quadruple champion olympique de saut à ski.
Aux JO, Laurent Bastardoz a rencontré Simon Ammann, quadruple champion olympique de saut à ski. image: dr

C'est un autre coup de chance qui poussera Laurent Bastardoz – devenu un journaliste sportif expérimenté à Radio Chablais – vers la «grande maison», la Radio suisse romande, quatre ans plus tard. «Un dimanche matin à 10h00, je commente le match de foot St-Gingolph contre Collombey-Muraz. Quelques jours après, je reçois un appel téléphonique d'Alain Kobel. Tout à coup, mes jambes ont tremblé: Kobel était alors le chef des sports de la Radio suisse romande et une idole pour moi».

Toujours tremblant, le cœur palpitant, Laurent Bastardoz écoute très attentivement les paroles de Kobel:

«Je vous ai entendu commenter le match, depuis mon chalet sur la Riviera vaudoise. Et franchement, vous êtes complètement malade: vous commentez un match de 2e ligue, avec 30 spectateurs, comme une finale de Coupe du monde!»

L'entretien d'embauche n'est qu'une formalité: le jeune homme est engagé à la RTS – le Graal pour beaucoup de journalistes sportifs – et y transmettra sa passion aux auditeurs et téléspectateurs de 1995 jusqu'à ce 22 novembre 2025.

Une légende, un privilégié et un burn out

Forcément, en 30 ans dans la «grande maison», le Valaisan d'adoption – qui a toutefois gardé une pointe d'accent neuchâtelois – a vécu des moments fantastiques. Des déplacements forts en émotions. Il cite la victoire d'Alinghi à Auckland en Coupe de l'America, en 2003; le curling aux JO 2006 à Turin avec son co-commentateur Patrik Loertscher; les JO 2016 à Rio ou encore la finale du Mondial de hockey 2013 à Stockholm, avec la participation surprise de la Nati.

Laurent Bastardoz garde de très bons souvenirs de son duo avec Patrik Loertscher.
Laurent Bastardoz garde de très bons souvenirs de son duo avec Patrik Loertscher. image: dr

Deux autres moments de hockey complètent ces highlights. «Le premier, c'était en 2004 aux Etats-Unis. J'y étais pour tourner un magazine sur Goran Bezina en NHL. Tout à coup, dans un vestiaire, je tombe sur la légende Wayne Gretzky (considéré comme le meilleur hockeyeur de l'Histoire). J'ai pu discuter avec lui cinq minutes, je tremblais de tout mon corps devant cette icône».

Le second a eu lieu six ans plus tard, aux JO de Vancouver.

«Je commentais la finale de rêve entre le Canada et les Etats-Unis. Tout à coup, sur un écran de la patinoire, j'ai vu la folie dans les rues de la ville. Des plans aériens montraient 200 000 personnes agglutinées dehors, devant les écrans géants, pour voir ce match. Des gens avaient même essayé de m'acheter mon accréditation pour être dans la patinoire. Là, j'ai compris que j'étais un privilégié.»

Il a aussi déposé sa plume cette année👇

Malgré ce job-passion et les merveilleux moments qu'il offre, Laurent Bastardoz est victime d'un burn out en 2018. «A partir de là, j'ai compris que je devais me contenter de faire mon 100 %, mais pas de tourner tout le temps à 150 %», résume le néo-retraité. Il est à l'arrêt complet pendant deux mois, puis reprend progressivement le travail. Pour ménager sa santé, il décide de partir en pré-retraite en 2020, à 59 ans.

Le journaliste sportif a gardé quelques piges chez MySports et au Riviera Chablais Hebdo, ainsi donc qu'à l'animation de Sport-Première sur la RTS. Comme l'émission s'arrête en fin d'année, celle de samedi était la dernière pour Laurent Bastardoz.

Il précise:

«J'ai un contrat avec la RTS jusqu'en août 2026, mais comme c'était pour l'émission Sport-Première, je ne devrais probablement plus jamais revenir derrière un micro. Sauf cas de force majeure, comme durant le Covid (réd: des journalistes sportifs avaient alors épaulé leurs collègues en actu).»

Une chose est certaine: malgré son amour du sport et de la radio, Laurent Bastardoz ne souhaitait pas s'éterniser:

«Je ne voulais pas faire le vieux con qui joue des prolongations incessantes, comme certains le font»

Le tout frais retraité concède quand même que le micro va lui manquer. «Ça m'a donné envie, quand j'ai entendu mes collègues commenter le hockey samedi», sourit-il.

Un retraité qui ne s'ennuiera pas

Mais il l'assure: il ne regrette rien dans sa carrière et est malgré tout content de tourner la page. «C'est le bon moment pour arrêter». Le Chablaisien est heureux d'avoir pu vivre l'âge d'or du journalisme sportif. Il le compare à la situation actuelle plus difficile dans les médias – financièrement notamment – où «les déplacements des journalistes deviennent rares, la pression de production plus élevée et l'individualisme plus marqué».

Laurent Bastardoz a toujours été à l'aise avec un micro en main.
Laurent Bastardoz a toujours été à l'aise avec un micro en main. image: dr

Et puis, Laurent Bastardoz ne manque pas de projets pour sa retraite: il aura davantage de temps à consacrer à sa femme Sylvie, à ses deux filles et six petits-enfants. «On va faire un long séjour en Thaïlande au début de l'année prochaine, et j'ai déjà prévu d'aller voir des concerts de rock progressif», se réjouit-il.

L'ex de la RTS aura encore une occasion, chaque année, d'avoir une montée d'adrénaline derrière un micro, et le public d'écouter sa voix enjouée et charismatique: il continue à faire l'animation du festival d'humour Maxi-Rires, à Champéry.

Et cette fois, contrairement à un fameux derby de hockey en 1991, il n'y aura personne pour lui retendre les bretelles à son retour du village valaisan.

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