Le coiffeur d'Odermatt vise un exploit au Lauberhorn
Alessio Miggiano connaît une ascension fulgurante. Juste avant Noël, il a réalisé une performance spectaculaire en descente à Val Gardena, terminant cinquième et remplissant ainsi les critères de sélection pour les Jeux olympiques de Milan-Cortina. Pourtant, il reste un novice au haut niveau: cette course n’était que sa septième sur le front de la Coupe du monde. «C’est un vrai bonheur», dit-il, toujours sur son petit nuage.
Originaire de l’Oberland zurichois, Alessio Miggiano a pratiqué comme premier sport le football, au FC Zurich, avant de se tourner très tôt vers le ski, sa véritable passion. «Ma mère raconte encore cette histoire avec plaisir», confie-t-il. Lors d’un séjour en montagne, la météo avait été mauvaise toute la semaine. «Il faisait froid et je ne faisais que pleurer», se souvient Miggiano. Mais lors de la course de l’école de ski, tout a changé: Alessio a gagné, et c’est à ce moment-là qu’il a su qu’il voulait skier.
Le goût de la perfection
A six ans, Miggiano intègre le groupe de course de l'Oberland zurichois, tout en continuant à jouer au football. «Ce que mes parents ont fait pour moi est incroyable», concède-t-il. Son père, originaire du sud de l’Italie, a rencontré sa mère lors d’un séjour à St-Moritz. Plus tard, le couple reprend une auberge à Bubikon (ZH).
Ce n’est qu’à 13 ans qu’il abandonne définitivement le football. «J’ai toujours eu du mal à perdre», dit-il. «En ski, je ne peux être en colère que contre moi-même.» Miggiano intègre le centre national de la performance et rejoint plus tard le groupe d’entraînement de l’ancien champion du monde de descente Franz Heinzer, se faisant remarquer comme un jeune garçon prometteur en vitesse.
Son succès repose sur son goût du travail bien fait. «Je l’ai hérité de mon père», explique-t-il. «Nous pouvons tous les deux nous consacrer entièrement à une chose et tout lui subordonner, jusqu’à ce que cela réussisse.» Cette obsession de la perfection a valu à son père une étoile Michelin et 16 points au Gault-Millau, et à Alessio une place fixe en Coupe du monde.
Miggiano, 23 ans, a décroché cette position grâce à sa deuxième place au classement général de la Coupe d’Europe de descente la saison dernière. Une aubaine. «Sans cette place fixe, le chemin serait beaucoup plus difficile», reconnaît-il, conscient que l’un des huit quotas suisses ne lui aurait peut-être pas été accordé.
Le commerce plutôt que la coiffure
Alessio Miggiano a déjà impressionné ses coéquipiers, et pas seulement par ses performances en Italie. Hors des pistes, il se distingue également comme... coiffeur. Le Zurichois prend régulièrement soin de ses collègues sur le circuit, comme en témoignent certaines vidéos de Swiss-Ski. A ce sujet, Odermatt lui a déjà montré une photo de coupe que sa compagne Stella appréciait particulièrement. «J’ai dû lui signaler que ses cheveux ne s’y prêtaient pas», raconte Miggiano. Il est tout de même reparti satisfait du résultat.
Mais Miggiano ne se fait pas remarquer que pour ses talents de skieur et de coiffeur: sa facilité de communication le fait aussi sortir du lot. «Quand j’étais enfant, j’étais toujours un peu agacé quand ma mère me poussait à échanger avec des invités également passionnés de ski. Mais aujourd'hui, c'est précisément pour cette raison que je n'ai aucun mal à discuter avec des inconnus.»
Pour autant, Miggiano n’a pas voulu suivre les traces de ses parents. En 2023, il a achevé une formation d’employé de commerce. «Ce parcours se combinait le mieux avec le ski », explique-t-il. Il avoue cependant que le restaurant familial lui manque parfois l’hiver. «Je me rends compte à quel point j’étais gâté à table», confie-t-il.
Son prochain départ en Coupe du monde aura lieu à Wengen ce week-end. Miggiano veut avancer pas à pas et ne pas surévaluer sa cinquième place à Val Gardena. Pourtant, ses rêves sont grands: sur son site internet, il évoque sa vision: «Champion olympique, champion du monde, vainqueur de la Coupe du monde».
