La suppression de ce sport fait déjà des victimes en Suisse
Le 7 juillet, plusieurs centaines d’athlètes à travers le monde attendaient avec inquiétude la décision du Comité international olympique. Le verdict fut terrible: le combiné nordique ne figurera pas au programme des Jeux olympiques d’hiver de 2030. La discipline n’avait pourtant jamais manqué à l’appel depuis la première édition en 1924.
Cette décision s’inscrit dans le programme de réforme «Fit for Future». Le CIO entend désormais sélectionner les disciplines selon une nouvelle méthodologie et revoir leur présence dans un horizon de sept ans. L’objectif est de rendre le programme olympique «plus pertinent, plus flexible et plus durable».
Les seize sports au programme des Jeux de Milan-Cortina ont été soumis, pour la première fois, à une évaluation reposant sur 14 indicateurs, répartis en cinq grandes catégories: audiences, impact sur les réseaux sociaux, intérêt du public et rayonnement mondial, affluence et couverture médiatique. Un économiste spécialisé dans le ski a déclaré à CH Media, groupe auquel watson appartient, qu’il ne comprenait pas les critères d’évaluation.
Dans ce classement, le combiné nordique occupe de loin la dernière place. Tout en haut figurent le hockey sur glace, le patinage artistique et le snowboard. Pour d’autres disciplines, les feux sont à l’orange. C’est notamment le cas des trois sports pratiqués sur piste de glace: le bobsleigh, la luge et le skeleton.
Des jeunes femmes voient leur nouveau rêve s’envoler
La parité entre les sexes figure également parmi les objectifs clés du CIO. Il y a quelques années, la Fédération internationale de ski (FIS), qui représente le combiné nordique, avait été priée d’accélérer le développement de la pratique féminine dans cette discipline.
A Cortina, le combiné est pourtant resté le seul sport sans épreuve féminine, officiellement faute de participantes suffisamment compétitives. Dans plusieurs pays, dont la Suisse, des jeunes femmes se sont toutefois tournées vers le combiné nordique ces dernières années, notamment parce qu’on leur faisait miroiter le rêve olympique. Ce rêve s'est désormais envolé.
Certes, le CIO entend prendre une nouvelle décision pour 2034, toujours selon cette logique d’un horizon de sept ans. Mais les critères resteront les mêmes et ne devraient donc pas favoriser le retour du combiné nordique.
Plus généralement, cette vision à court terme peut être critiquée. «La mise en place des bases nécessaires au développement d’un sport prend nettement plus de dix ans. Le CIO empêche purement et simplement toute forme de développement dans le temps», estime un haut responsable du ski, qui souhaite rester anonyme. «Le CIO ne comprend pas la complexité de l’existence de ces sports», ajoute-t-il, soulignant que la Fédération internationale de ski (FIS) n’a pratiquement pas encore mis en place de structures solides pour le freeride, une discipline nouvellement intégrée au programme.
Mi-août, une réunion de crise réunissant les nations phares du combiné nordique, à savoir l’Allemagne, l’Autriche, la Norvège et le Japon, ainsi que la direction de la FIS s’est tenue à Oberstdorf, en Allemagne. Il s’agissait de trouver comment redonner vie au combiné, alors que celui-ci est quasiment sur son lit de mort, mais aussi de panser les plaies. Les conséquences sont particulièrement dramatiques dans les pays voisins de la Suisse.
Comme chez nous, le soutien au sport de haut niveau est lié au statut olympique d’une discipline. En Allemagne, plusieurs millions de francs de financement vont ainsi disparaître. Dès lors, comment un sport disposant de moyens financiers considérablement réduits peut-il se lancer dans une course contre la montre pour retrouver sa place aux Jeux olympiques? «Avec cette manière de procéder et ses conséquences, la promotion de la relève est encore davantage sacrifiée», déplore un autre dirigeant du ski.
Les athlètes sont convoités dans le cyclisme
Il est encore difficile de déterminer combien de figures quitteront le navire en train de sombrer. Les premiers indices sont peu encourageants. Sans aides financières, ce sport très exigeant physiquement devient difficilement viable.
A cela s’ajoute le fait que les athlètes ne sont pas seulement recherchés en saut à ski, en ski de fond ou en biathlon. Quelques jours seulement après la décision du CIO, les premières offres concrètes pour les attirer vers d’autres disciplines sont également venues du cyclisme. Depuis que Primoz Roglic, ancien sauteur à ski, a brillé sur les Grands Tours, le profil d’un athlète issu de la double pratique du saut à ski et du ski de fond, alliant explosivité et qualités d’endurance, apparaît particulièrement prometteur.
L’Etat contribue aussi à accélérer la disparition de la discipline. En Autriche, même des héros olympiques du combiné ont été licenciés par leur employeur, car les postes au sein de la gendarmerie, des douanes ou de l’armée sont liés au statut olympique de la discipline.
En Suisse, il a été annoncé au plus grand talent de la discipline, Finn Kempf, qu’il ne pourra intégrer l’école de recrues pour sportifs d’élite qu’à condition de se tourner vers le saut à ski. Son soutien financier a également été retiré immédiatement après la décision du CIO.
Il convient aussi de s’intéresser aux infrastructures d’entraînement. En Suisse comme à l’étranger, les tremplins bénéficient massivement du soutien de l’Etat, car ils ne peuvent pratiquement pas être exploités de manière rentable. En Allemagne et en Autriche, le combiné nordique représente environ la moitié de l’activité, contre 20% en Suisse. Il y a quelques années, Swiss-Ski avait établi dans une étude qu’un sauteur à ski était l’athlète le plus coûteux du système, devant les skieurs alpins. Les coûts continueront d’augmenter sans le partage des infrastructures avec le combiné.
Le directeur du nordique met le ski face à ses responsabilités
On ignore encore comment le combiné nordique va évoluer au sein de Swiss-Ski. Une chose est certaine: la discipline sera immédiatement et fortement rétrogradée par Swiss Olympic. Ce n’est qu’en 2025 que l’organisation avait, pour la première fois depuis plusieurs années, réengagé un entraîneur national, en la personne de l’ancien spécialiste Tim Hug. Pour l’instant, Swiss-Ski attend de la FIS qu’elle affiche clairement son engagement en faveur de la discipline. Le directeur du ski nordique, Jürg Capol, envisage trois scénarios:
Capol critique lui aussi la décision du CIO. Mais en tant qu’ancien directeur marketing de la FIS, il estime également que le ski doit prendre ses responsabilités. «Il y a beaucoup de traditionalistes dans le nordique. Mais nous devons nous réveiller et ne pas passer à côté des évolutions en cours. Nous devons réfléchir à la manière d’adopter une approche tournée vers les jeunes. Nous devons rendre les compétitions plus attractives et avoir le courage de discuter des formats de nos sports, notamment de leur organisation dans des stades.»
