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Philippe Leuba, Sergei Aschwanden et Magali Di Marco, du temps de leur splendeur athlétique.
Philippe Leuba, Sergei Aschwanden et Magali Di Marco, du temps de leur splendeur athlétique.Image: Keystone/Shutterstock
Jeux olympiques

Les ex-sportifs font de très bons politiciens (de droite) et c'est logique

Avant que Samuel Eto'o ne devienne candidat à la Fédération africaine de football, beaucoup d'anciens athlètes ont embrassé une carrière politique (surtout au PLR 😜), où ils ont capitalisé sur leur esprit de compétition et leur résistance au stress. Quatre d'entre eux témoignent de deux mondes qui se ressemblent, pour le meilleur et pour le pire.
01.12.2021, 19:00
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Quand on leur demande si un bon sportif fait forcément un bon politicien, ils répondent un peu gênés que ce n'est pas toujours le cas, qu'il n'y a pas de règle universelle en la matière, mais tous conviennent aussi que leur expérience de champion leur a donné des outils précieux pour la chose politique. «Abnégation, goût de l'effort, esprit de compétition, acceptation des règles et de la défaite», dresse Philippe Leuba, conseiller d'Etat et ex-arbitre de football, avant d'ajouter, non sans malice: «Et la plus grande compétence de toutes: la capacité à surmonter les critiques des médias!».

Le Vaudois lors d'une intervention face à la presse en 2018.
Le Vaudois lors d'une intervention face à la presse en 2018.Image: Keystone

L'ancien sifflet est même convaincu que «l'école qui prépare le mieux à la politique, c'est l'arbitrage. Car, dans les deux cas, vous devez prendre une décision rapidement et vous êtes jugés par tout le monde». Il développe:

«Quand vous allez chez votre cardiologue et qu'il vous annonce que vous devez être opéré au risque de mourir, vous n'allez pas commencer à lui expliquer la cardiologie, à estimer que vous en savez plus que lui. Vous écoutez le spécialiste, point. En sport et en politique, c'est le contraire: tout le monde a un avis! Vous devez l'accepter, et braver l'impopularité, puisqu'il y aura forcément des gens qui ne seront pas d'accord avec vous»

Calme et sang-froid dans l'adversité, c'est aussi ce qu'a expérimenté le Conseiller d'Etat valaisan Frédéric Favre dans une autre vie (la première), lorsqu'il était encore karateka et arbitre de hockey sur glace.

«Quand vous êtes dans une patinoire pleine et que vous faites une erreur au sifflet, vous apprenez à gérer la pression!»
Frédéric Favre
En 2018, avec Christian Constantin lors du gala du FC Sion.
En 2018, avec Christian Constantin lors du gala du FC Sion.Image: KEYSTONE

La Verte valaisanne Magali Di Marco (ex-médaillée olympique en triathlon) précise toutefois qu'en politique, il est nécessaire d'avoir une résistance à la critique plus qu'au stress, «car tu as la plupart du temps des reproches, et très rarement des félicitations. C'est tout le contraire dans le sport, où on t'encense quand tu fais de bons résultats et on t'oublie un peu quand tu es moins performante».

La question qui tue: les sportifs sont-ils de droite? 🤓

Trois de nos quatre interlocuteurs appartiennent au Parti libéral-radical (PLR). On aurait pu même en trouver deux de plus en appelant Jacqueline De Quattro (ex-judokate) ou Yves Christen, champion suisse de judo en 1967. Seule Magali Di Marco se situe à gauche de l'échiquier politique, mais ce n'est pas rédhibitoire. «Je lui souhaite de changer de parti. Je lui lance un appel», sourit Philippe Leuba, avant de se pencher sur la sur-représentation des anciens athlètes au PLR. «On prétend que le goût de l'effort est davantage une vertu de droite que de gauche, je ne sais pas si c'est vrai mais si ça l'est, ça peut expliquer votre observation. Il semble aussi que l'individualisme soit une caractéristique plus prononcée à droite qu'à gauche, qui est plus collectif. Or, le sport de haut niveau implique forcément de l'individualisme.»

Savoir encaisser les coups, c'est ce qu'a appris Sergei Aschwanden (député PLR au Grand Conseil vaudois), au sens propre comme figuré. «J'ai rapidement compris que si l'on prenait les choses personnellement, ça pouvait vite devenir compliqué», témoigne l'ancien judoka. «J'ai dès lors toujours manifesté un certain détachement à l'égard de ce qui se disait sur moi.»

On pourrait suspecter que les sports individuels ne forment pas à la collégialité, ni au consensus, et qu'il apparaît difficile pour ces athlètes d'obtenir des résultats qui soudain ne dépendent pas d'eux-mêmes, mais tous rejettent cette idée, et pour la même raison: «Même en pratiquant un sport individuel, on est toujours entouré», souligne Magali Di Marco. «Il faut collaborer avec les coachs, le staff médical, la Fédération, composer avec sa famille.»

L'ex-triathlète lors des élections au Conseil d'Etat valaisan en mars dernier.
L'ex-triathlète lors des élections au Conseil d'Etat valaisan en mars dernier.

Sergei Aschwanden résume: «En sport comme en politique, c'est la somme des individualités qui permet d'être performant».

Un procès en illégitimité

Les sportifs ont un avantage sur leurs concurrents dans leur quête de performance politique, c'est qu'ils jouissent d'une certaine popularité. «Il y a des électeurs pour lesquels c'est important de voter pour une tête connue», reconnaît Di Marco. Mais cette notoriété peut aussi se retourner contre eux. C'est le revers de la médaille.

«J'entends très souvent des remarques du style: "Vous feriez mieux de continuer à courir, c'est ce que vous savez faire de mieux"»
Magali Di Marco, députée verte en Valais

Ce procès en illégitimité, Sergei Aschwanden l'a aussi vécu, mais pas trop mal. «Quand vous débarquez dans un milieu dans lequel vous n'avez jamais fait vos preuves et que votre notoriété vous a en partie permis d'être élu, il est normal que vous deviez faire vos preuves. Mais c'est la même chose en sport: quand un petit jeune arrive, on attend de voir ce qu'il a dans le ventre.»

Le médaillé des Jeux de Pékin a dû se battre pour obtenir la reconnaissance de ses pairs et des électeurs.
Le médaillé des Jeux de Pékin a dû se battre pour obtenir la reconnaissance de ses pairs et des électeurs.Image: Keystone

Un domaine oppose toutefois de façon très nette les deux mondes: la manière d'évaluer l'action d'une personnalité. «Nous sommes dans les deux cas jugés sur nos résultats, mais il est vrai que l'action sportive est plus visible que l'action politique», relève Frédéric Favre.

«Il faut plus de compétences pour être médaillé que pour être élu»

Travailler beaucoup et longtemps sans obtenir de résultats, ça n'arrive pas souvent en sport. Or, c'est le lot quotidien des politiciens. «Il est plus difficile de remporter un vote qu'un grand tournoi», assène Sergei Aschwanden. «Car vous devez souvent vous y reprendre à plusieurs fois pour être élu, et même en multipliant les efforts, vous n'êtes pas sûr de gagner, car au final ce sont les électeurs qui décident. En sport, vous exécutez une performance seul et vous avez tout de suite un résultat, une conséquence.»

Cette absence de satisfaction immédiate peut être ingrate, voire décourageante. Magali Di Marco raconte:

«Il faut plus de compétences pour être médaillé olympique que pour être élu. Largement plus, même. Car la plupart des gens qui se présentent n'ont pas d'expérience politique pour le poste, ils doivent les développer ensuite. C'était d'ailleurs mon cas. Au final, on t'élit parce que tu as une bonne tête ou que tu incarnes les valeurs d'un parti. On ne t'élit pas pour tes compétences, même si j'aimerais que ce soit un peu plus le cas. En compétition en revanche, tu ne peux pas gagner un grand titre si tu n'es pas meilleur que les autres»

Sport et politique ont beaucoup de points communs, mais n'ont pas toujours les mêmes règles du jeu.

Et, une histoire de sportifs...

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