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Salah-Mané: comment naît une telle complicité? Un duo suisse raconte

Le duo Salah-Mané sera la principale arme de Liverpool en finale de la Ligue des champions face au Real Madrid, samedi. Mais comment naît et s'entretient une complicité? Nuzzolo et Doudin (ex-Xamax) racontent la genèse d'une alchimie.
28.05.2022, 07:5828.05.2022, 13:10
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«Très souvent, cette saison, il m'est arrivé de me dire: «Ah, si j'avais eu Charles sur cette action, j'aurais marqué.» Parce qu'il m'aurait vu et m'aurait adressé un ballon parfait.»

Raphaël Nuzzolo vient d'inscrire 14 buts en 35 matchs de Challenge League avec Neuchâtel-Xamax. Mais combien en aurait-il marqué si Charles-André Doudin, son ami d'enfance et ancien coéquipier, avait poursuivi sa carrière? Il y a quatre ans, lors de la saison 2017/2018, «Nuz'» avait claqué 26 buts en 34 rencontres, terminant meilleur buteur de «CL». La même année, Charles-André Doudin avait été sacré meilleur passeur du championnat avec 19 offrandes, dont «15 ou 16» adressées à Nuzzolo, selon le bénéficiaire. «C'était une saison fabuleuse», se souvient Doudin.

La saison de Liverpool est elle aussi fabuleuse. Les Reds ont remporté deux trophées et en convoitent un troisième, samedi en finale de la Ligue des champions face au Real Madrid (21h au Stade de France). Or son succès, le club anglais le doit beaucoup au duo formé par ses attaquants Mohamed Salah et Sadio Mané. Les deux joueurs se trouvent «les yeux fermés», comme on dit. Mais l'expression dit-elle la vérité? Deux footballeurs peuvent-ils être complices au point de se trouver aussi facilement?

«Oui, c'est tout à fait possible. Quand Charles était sur son pied droit, je savais exactement où il allait mettre le ballon»
Raphaël Nuzzolo
Les deux compères sous le maillot de Xamax.
Les deux compères sous le maillot de Xamax.

«Et moi, je savais quand il allait faire son appel», ajoute Doudin au sujet de cette connexion grisante: «Ce qu'il y a de plus gratifiant dans le football pour moi, c'est quand une action se déroule exactement comme tu l'avais imaginée. Ça veut dire que tu avais vu à l'avance. Et dans le foot, quand tu vois à l'avance, c'est que tu as gagné.»

L'ex-milieu de terrain dépeint «une complicité naturelle. Dans une carrière, ça n'arrive qu'une ou deux fois.» Nuzzolo acquiesce: «C'est la relation la plus forte que j'ai tissée sur un terrain, explique celui qui a aussi revêtu le maillot des Young Boys au cours de sa carrière. Les quatre années passées avec Charles ont été les plus belles de ma vie de footballeur.»

La genèse d'une alchimie

Mais comment, et à partir de quel moment, naît un duo? Se fabrique-t-il, ou apparaît-il naturellement? «On perçoit déjà des affinités sur le terrain lors de la préparation d'avant-saison», dit Nuzzolo. Doudin ajoute: «On voit dès les premiers matchs si on sent l'action de la même manière et au même moment. C'est quelque chose de naturel, ça ne se fabrique pas.»

«Les bons joueurs de chaque équipe essaient de combiner. Ils le font sans le vouloir. Salah et Mané se cherchent, car ce sont les joueurs dominants de l'attaque»
Raphaël Nuzzolo

À Neuchâtel, un évènement en particulier a donné naissance au duo: la blessure de l'attaquant Gaëtan Karlen. «Raphaël évoluait sur l'aile lorsque c'est arrivé, et il avait forcément moins de complicité avec Charles, même s'il y avait déjà un truc entre eux, retrace leur entraîneur Michel Decastel. Quand je l'ai installé en numéro 9, les deux hommes se sont tout de suite trouvés. Du coup, je n'ai plus jamais changé.»

Nuzzolo et Decastel en 2018.
Nuzzolo et Decastel en 2018.

Charles et Raphaël étaient amis de longue date. Ils se connaissaient depuis plus de 20 ans. «On a toujours été proches. Nos femmes et nos enfants se voient fréquemment. Rien n'aurait pu entamer notre amitié», souligne Doudin, estimant que ce vécu en commun a facilité leur entente sur le terrain. «La franchise nous a aidés. On osait se dire les choses.»

«J'avais pas besoin de prendre de pincettes avec Charles. Je lui disais: Tu fais chier, tu aurais pu me la donner!»
Raphaël Nuzzolo

«Nuz'» estime que deux joueurs peuvent s'entendre sur le terrain et se détester en-dehors, mais que «ça crée quand même un petit frein», que c'est «plus dur de tisser des liens sur le terrain». Quelques tensions sont apparues entre Salah et Mané au retour de la Coupe d'Afrique des Nations. Mais elles s'expliquent surtout par le fait que les deux hommes occupent le même poste (attaquant) et ont donc le même objectif (marquer).

Les deux stars des Reds sont malgré tout restées très proches sur le terrain.
Les deux stars des Reds sont malgré tout restées très proches sur le terrain.

Raphaël Nuzzolo et Charles Doudin n'avaient pas ce problème d'egos: ils n'occupaient pas la même fonction. Le premier devait marquer, le second passer. «Raphaël m'a quand même donné quelques ballons. Il me le rappelle assez souvent», se marre l'ancien 10, désormais à la tête de son entreprise de rénovation.

Qui avait le plus de chance d'avoir l'autre à ses côtés? «Les deux, répond Doudin. Un buteur qui ne reçoit jamais un ballon ne peut pas s'exprimer. Mais si un passeur met des caviars à un coéquipier qui ne la met jamais au fond, il ne verra pas son travail être récompensé. Avoir Raphaël était gratifiant pour moi, parce que je n'avais pas besoin de lui faire 12 passes pour qu'il marque

Les deux joueurs, bien sûr, ont dû s'adapter à l'autre. Enfin, surtout Doudin. «Ce n'était pas à Raphaël de changer son jeu. Sa seule réflexion, en tant qu'attaquant, c'était de savoir comment recevoir le ballon dans le meilleur espace et ça, personne n'avait besoin de lui l'apprendre.»

Les dangers d'un binôme

Posséder une telle association dans une équipe est le rêve de tous les coachs. Mais c'est une configuration qui peut aussi créer des déséquilibres dans un groupe, susciter tensions ou jalousies. «C'est certain, mais bon, quand tu es entraîneur, tu t'en fous, balaie Decastel. Le but, c'est que l'équipe soit performante.» «Quand la relation est saine et qu'elle fait gagner l'équipe, ça passe», assure Nuzzolo.

La joie du buteur (et des spectateurs).
La joie du buteur (et des spectateurs).

L'autre danger du binôme vient de l'aspect tactique. Quand une combinaison est à ce point privilégiée, les autres équipes ne tardent généralement pas à la déceler, puis à la déjouer.

«Nos adversaires, bien sûr, connaissaient notre complicité et nos mouvements préférentiels car ils analysaient nos matchs. Mais si l'action est bien jouée, tu arrives toujours à marquer. Avec Charles, en plus, ce n'étaient pas forcément des phases de jeu court, mais des appels dans le dos des défenseurs. Pour eux, c'était plus compliqué de nous bloquer.»
Raphaël Nuzzolo

Les Neuchâtelois ont vécu des années formidables, ils en parlent avec un bonheur teinté de nostalgie. On dirait un vieux couple. «C'est tout à fait ça», acquiesce Nuzzolo en riant. Or dans tous les mariages, même d'intérêts, la lassitude, voire l'ennui, guette. Peut-on être encore surpris par l'autre quand on le connaît par coeur? Dans la vie, c'est difficile. Mais pas en football.

«Une à deux fois par match, je me disais qu'il aurait pu me donner le ballon au lieu de le transmettre au 6 ou à l'ailier», relate Nuzzolo, sans rancune: «Tu ne peux pas attendre de l'autre qu'il te cherche sur chaque ballon.» Ni qu'il te dise chaque jour combien il t'aime. Même si les sentiments sont là. Quand on lui rapporte les propos de Nuzzolo retranscrits au début de cet article, la reconnaissance éternelle du buteur pour ce passeur qui lui manque tant, Doudin ne peut s'empêcher de préciser en riant:

«Quand on jouait ensemble, il ne me disait pas combien j'étais important pour lui!»
Charles-André Doudin
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