Dragan Stojkovic joue les apprentis sorciers. Non seulement le sélectionneur de la Serbie sera privé contre la Nati de plusieurs joueurs, blessés, mais en plus, il devra composer avec des absences au moins autant suspectes que celle de Kylian Mbappé en équipe de France.
Ce n'est pas une première. Cette situation a déjà été rencontrée lors du précédent rassemblement en septembre, qui a vu la Serbie s'incliner 2-0 au Danemark en Ligue des nations, mais surtout tenir en échec l'Espagne à domicile. L'avant-centre de la Juventus, Dusan Vlahovic, avait alors décliné l'invitation de son sélectionneur, invoquant des obligations familiales. Sergej Milinkovic-Savic et Aleksandar Mitrovic, pensionnaires d'Al-Hilal, étaient également absents. Ils avaient justifié leur non-présence par des problèmes de santé.
Les médias locaux y ont vu un boycott dans un contexte déjà tendu. Dragan Stojkovic ne fait pas l'unanimité en Serbie, auprès des supporters, d'anciens joueurs et de cadres du vestiaire. Des tensions existeraient dans le groupe depuis le Mondial au Qatar. Elles ont refait surface à l'Euro, lorsque Dusan Tadic a critiqué publiquement son sélectionneur. Il a pris en juillet dernier sa retraite internationale et beaucoup expliquent ce choix par le maintien de Stojkovic à la tête de l'équipe. Le technicien a récemment prolongé jusqu'au Mondial 2026.
Cette nouvelle fenêtre internationale verra la Serbie recevoir la Suisse, puis se rendre à Cordoue pour y affronter la Roja. Force est de constater qu'il y aura encore des absences. Si Mitrovic effectue son grand retour, Vlahovic et Milinkovic-Savic manquent toujours à l'appel, ce qui a contraint Dragan Stojkovic à céder des détails à ce sujet, en conférence de presse cette semaine.
Si ce discours permet d'éteindre le feu, de tels propos révèlent néanmoins un certain laxisme en équipe de Serbie. Il semblerait que jouer en sélection soit à la carte. On ne sait pas exactement ce qui a poussé Vlahovic à manquer les deux derniers rassemblements. «Je ne demanderai jamais rien à mes garçons sur leur vie privée. Je ne me mêle pas de ce qui ne me regarde pas. J'ai moi-même été joueur et je sais ce que c'est», a déclaré Dragan Stojkovic dans les colonnes de La Gazzetta dello Sport. Cette situation fait en tout cas les affaires de la Juventus.
Le journal italien définit Dusan Vlahovic comme un bourreau de travail. Et il se félicite qu'il n'ait pas à affronter la Suisse ainsi que l'Espagne. L'attaquant est l'un des footballeurs à avoir joué le plus de minutes depuis le début de la saison. Arkadiusz Milik étant blessé, Thiago Motta compte plus que jamais sur lui à la pointe de l'attaque turinoise. Dusan Vlahovic a déjà inscrit sept buts en 2024/2025. Il reste sur un doublé à Gênes, a scoré en Ligue des champions à Leipzig et a encore fait trembler les filets dimanche dernier contre Cagliari.
Dragan Stojkovic n'a pas manqué de préciser auprès de La Gazzetta dello Sport qu'il s'entendait très bien avec son joueur. «Dusan et moi avons une excellente relation. Je suis embêté de devoir affronter la Suisse et l'Espagne sans un attaquant comme lui, surtout avec la forme qu'il tient. Mais j'ai confiance en lui. Dusan est important pour nous, mais il y a d'abord l'homme, ensuite le joueur», a-t-il détaillé.
Le sélectionneur a fait de même en conférence de presse à propos d'Aleksandar Mitrovic. «Mitrogol» signera bel et bien son retour en sélection contre la Nati. «Il est prêt et il se trouve en bien meilleure condition qu'il y a un mois. Quand je lui ai demandé si je devais l'inscrire sur la liste, il a répondu par l'affirmative», a commenté Stojkovic.
Une vidéo atteste de la présence du buteur dans les infrastructures de la Fédération serbe de football. Aleksandar Mitrovic est entouré de son président et de son sélectionneur et il se fait taquiner. «Il nous a boycotté il y a un mois, mais il a désormais changé d'avis», lâche sur le ton de la plaisanterie «Pixie», surnom donné à Dragan Stojkovic. Preuve que l'ambiance en Serbie reste au beau fixe, malgré les absences régulières de certains cadres, la perte de Tadic et les rumeurs selon lesquelles le technicien serait désaprouvé. Méfiance, donc.