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Le coach de Chelsea Thomas Tuchel (à gauche) et son homologue de Tottenham Antonio Conte ont connu une poignée de main très houleuse à la fin du derby londonien, dimanche en Premier League.
Le coach de Chelsea Thomas Tuchel (à gauche) et son homologue de Tottenham Antonio Conte ont connu une poignée de main très houleuse à la fin du derby londonien, dimanche en Premier League. image: twitter

Dans le sport, la poignée de main est un protocole tout sauf anodin

Jeu de mains, jeu de vilains. Le traditionnel serrage de pinces d'après match a tourné à la bagarre entre les coachs Thomas Tuchel (Chelsea) et Antonio Conte (Tottenham) dimanche. Un protocole qui en dit bien plus qu'il n'y paraît.
15.08.2022, 18:5119.08.2022, 09:39
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C'est un geste qu'un humain, en Occident, effectue 15 000 fois dans sa vie en moyenne, selon une étude très sérieuse. Un nombre qui aurait de quoi le rendre très banal. Il n'en est rien: une poignée de main est tout sauf anecdotique.

Le geste a une très forte portée symbolique. Il est, généralement, une marque de respect envers son interlocuteur. C'est aussi le cas en sport, où les adversaires, dans de nombreuses disciplines, entament et concluent leur affrontement de cette façon. Mais il peut arriver que le rituel dérape, et parfois même méchamment. C'est ce qui est arrivé dimanche lors du derby londonien de Premier League entre Chelsea et Tottenham (2-2).

Après leur traditionnel serrage de pince en fin de partie, les deux coachs ont failli en venir... aux mains. Pas vraiment étonnant, quand on sait que Thomas Tuchel et Antonio Conte n'ont pas arrêté de se provoquer pendant le match et qu'ils ont déjà failli se castagner juste après l'égalisation des Spurs à la 68e. Alors au moment de prendre congé l'un de l'autre, les deux techniciens n'ont pas réussi à dompter leur animosité et se comporter en gentlemen, comme le voudrait leur statut.

Yeux déserteurs et aboiements

Forcément, la scène, spectaculaire, a fait le buzz sur les réseaux sociaux et restera dans les annales du foot britannique tant à cause de sa rareté que par la notoriété de ses protagonistes. Décryptage: face caméra, Thomas Tuchel marche d'un pas déterminé et visage fermé en direction d'Antonio Conte, lui aussi résolu à aller à la rencontre de son homologue. Pris dans leur élan, ni l'Allemand ni l'Italien ne s'arrêtent. Ce dernier détourne même le regard juste avant de croiser celui de son homologue et de toucher sa main.

Un manque de politesse qui rend fou Tuchel. L'entraîneur des Blues se retourne brusquement en tirant énergiquement le bras de Conte contre lui. Les deux hommes aboient front contre front, avant d'être rapidement séparés par les staffs, comme ça avait déjà été le cas lors de leur première altercation.

Alors oui, une poignée de main, pratique sociale extrêmement codifiée, dit beaucoup de la personnalité des protagonistes et de leurs intentions. Les recruteurs dans les entreprises le savent mieux que quiconque. «On aura plutôt tendance, par exemple, à accomplir plusieurs mouvements verticaux pour féliciter quelqu’un, mais un seul pour dire bonjour et aucun pour consoler. En revanche, dans ce dernier cas, nous maintiendrons la pression plus longtemps», apprend-on par exemple grâce à plusieurs études en psychologie mentionnées par Europe 1. Autant dire qu'aucune de ces options n'a été choisie par Tuchel et Conte dimanche.

Les deux entraîneurs n'ont pas non plus appliqué les conseils de courtoisie du psychologue Geoffrey Beattie, qui résumait dans Le monde la poignée de main parfaite pour se montrer sous son meilleur jour (prenez quelques notes si vous comptez changer de job ou que vous rencontrez vos beaux-parents pour la première fois prochainement 😉):

«La règle pour les hommes et pour les femmes est la même: main droite, une poignée complète, une pression ferme (mais pas trop), la main positionnée à mi-chemin entre vous et l’autre personne, une paume douce et sèche, environ trois mouvements, une vigueur moyenne, une durée inférieure à deux ou trois secondes, un regard soutenu tout au long de cette poignée et un sourire naturel. Et bien sûr, le tout doit être accompagné d’une parole appropriée.»
Geoffrey Beattie, psychologue anglais

Tuchel et Conte ne sont évidemment pas les premiers sportifs à instrumentaliser une poignée de main – ou même à la refuser – pour donner à celle-ci une signification beaucoup moins noble. Les exemples sont nombreux. Florilège:

Domenech, l'index avant l'ascenseur

Alors que la France est piteusement éliminée du Mondial 2010 en Afrique du Sud (la fameuse affaire du bus de Knysna, notamment) après une dernière défaite pour beurre contre l'équipe hôte, Raymond Domenech, le sélectionneur tricolore, refuse la main que lui tend son homologue, Carlos Alberto Parreira. Petit sourire en coin, index levé tel un professeur qui donne la leçon, celui qui ne voyait pas comment les Français pouvaient perdre contre la Suisse lors du dernier Euro «à moins que les Bleus restent coincés dans l’ascenseur, avant de partir» semble très fier de son coup.

Il faut dire que celui qui officie désormais comme consultant a l'habitude de faire le show devant les caméras: deux ans plus tôt, il demandait en mariage en direct à l'antenne sa compagne Estelle Denis, journaliste sportive alors sur le plateau, quelques minutes après l'élimination de son équipe au premier tour de l'Euro 2008. Le fameux sens des priorités.

Un vent et des noms d'oiseau

Chaque match de tennis se conclut sur la traditionnelle poignée de main. Les dames s'échangent souvent même une bise, quand elles sont proches sur le circuit. Entre la Suissesse Patty Schnyder et l'Espagnole Conchita Martinez, il n'y a rien eu de tout ça le 17 avril 2004 à Charleston. La faute à la Bâloise, qui met un immense vent à son adversaire.

L'Ibère, victorieuse 6-4 6-3 en demi-finale, attend son adversaire au filet en lui tendant la main. Patty Schnyder fait mine de la serrer, puis l'évite avec un mouvement vers le haut. Un geste de mépris accompagné de paroles pas jolies jolies... «Salope dégoûtante», aurait-elle lâché à Conchita Martinez. Pourquoi une telle colère de la Rhénane? Elle reprochait notamment à son adversaire de prendre trop de temps entre ses services et d'être dédaigneuse avec les ramasseurs de balles.

Histoire de la poignée de main
Pour le média Brut, le journaliste et historien Thomas Snégaroff a résumé l'histoire de ce geste et ses significations au fil du temps. En bref:
- La première illustration d'une poignée de main date du 9e siècle avant J-C. Elle représente le roi d'Assyrie Salmanazar III serrer la pince d'un souverain babylonien, dont les territoires sont pourtant constamment en guerre. En tendant ainsi leur main droite, les deux monarques prouvent qu'ils n'ont pas d'arme dans celle-ci. Le geste est donc interprété comme de la confiance réciproque et possède encore aujourd'hui une grande force symbolique en diplomatie.
- Au 18e siècle, les quakers américains (groupe religieux chrétien) auraient pratiqué puis exporté le protocole avec une visée égalitariste. Au contraire de la révérence, par exemple, une poignée de main est un geste bilatéral et symétrique entre deux individus. Au 19e siècle, la poignée de main se démocratise davantage: les paysans prennent l'habitude de taper dans la main de leur interlocuteur lors d'affaires réalisées sur les foires et marchés.
- En 2020, la pandémie de coronavirus remet fortement en cause cette pratique, susceptible de transmettre le virus. Deux ans plus tard, les mesures sanitaires ne sont plus appliquées par beaucoup de gens. Parmi eux, Thomas Tuchel et Antonio Conte, dont on sait qu'ils ne sont pas «covido-phobiques».

Les explications complètes de Thomas Snégaroff, en vidéo 📺

Vidéo: YouTube/Brut

Détournements en tout genre

En hockey sur glace, la tradition de la poignée de main est tenace et très largement respectée. C'est le cas par exemple en play-off, où les adversaires ne le font qu'une fois la série terminée (alors que durant la saison régulière, il s'agit d'une habitude après chaque match). Mais pour certains, c'est aussi l'occasion de régler leurs comptes. Comme ce gardien, par exemple👇

Bon, heureusement, il reste un peu d'humour dans ce monde de brutes. On vous quitte avec cette pépite:

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