Un scandale plane sur la finale Davos-Gottéron
Depuis le début de la finale entre Davos et Gottéron, l’affaire Patrick Fischer semble reléguée au second plan: toute l’attention se porte désormais sur la glace. Du moins en apparence. Car une nouvelle situation embarrassante vient secouer notre hockey. Elle ne bouleverse pas tout le pays comme le scandale ayant conduit au renvoi de l’entraîneur national, mais suscite néanmoins une indignation de plus en plus vive.
Durant le premier acte de la finale, samedi à Davos, le redouté Brendan Lemieux s’est rendu coupable d’une vilaine charge avant d’être impliqué dans une bagarre. Les arbitres ont fait leur travail en lui infligeant la sanction la plus sévère possible, soit une exclusion définitive. Une décision sans conséquence sur le match, qui touchait à sa fin.
Cependant, puisque Brendan Lemieux a reçu une pénalité de match, il était établi que son dossier passerait devant le juge unique. Le joueur s’exposait alors à une sanction plus lourde, pouvant aller jusqu’à plusieurs matchs de suspension. C’est dans ce contexte que le consultant de MySports Sven Helfenstein a lancé: «Il faut suspendre Lemieux, au revoir!». Cette position a été reprise par d’autres médias. Néanmoins, l’influence de Helfenstein est de loin la plus grande, puisqu’il travaille pour la chaîne détentrice des droits de diffusion de la National League.
Sven Helfenstein a-t-il raison? Non. Il ne s’agit même pas d’un cas limite, discutable. Dès lors, comment un expert en vient-il à laisser entendre qu’il faudrait envoyer un joueur en tribunes pour la suite de la série? Une telle déclaration discrédite la justice de notre hockey, qui n’a prononcé aucune suspension, à juste titre.
Un expert peut-il se tromper à ce point? Non. Il ne s’agit pas d’une erreur, et encore moins d’un manque de compétence professionnelle. Sven Helfenstein représente le plus grand nombre de joueurs dans nos deux ligues professionnelles, tout en intervenant comme consultant sur MySports. Une situation qui pose un problème évident de gouvernance et qui ne serait tolérée par aucune autre chaîne sérieuse. Le conflit d’intérêts est réel: un agent de joueurs ne peut pas être neutre.
Rolf Ziebold, porte-parole de Sunrise, propriétaire de MySports, a déjà minimisé le rôle de Sven Helfenstein lorsqu’il a été interrogé à ce sujet, faisant preuve d’une incroyable naïveté:
L'agent refuse, quant à lui, de se prononcer personnellement. «Sven Helfenstein est un collaborateur indépendant de MySports et ne fait donc pas de déclaration séparée», a indiqué Rolf Ziebold.
Pendant ce temps, personne ne bronche. Une situation tout à fait compréhensible: aucun dirigeant de club ne peut prendre le risque d’entrer en conflit avec l’agent de joueurs le plus influent du pays. Même après l’affaire Lemieux, la direction de la ligue refuse toujours de prendre position sur ce dossier. Elle redoute comme la peste de contrarier et de limiter la liberté éditoriale de sa chaîne «maison». Avec environ 30 millions par an, garantis jusqu’en 2035 pour les droits de diffusion, la tentation du silence est grande.
Mais revenons à la question centrale: pourquoi Sven Helfenstein s’en est-il pris avec tant de virulence à Brendan Lemieux? C’est simple: le joueur du HC Davos n’est pas son client. Il est représenté par un autre agent, qui est aussi son principal concurrent sur le marché. Le message adressé aux joueurs est donc clair: laissez-moi vous représenter, sinon vous en prendrez pour votre grade à la télévision. Choisissez Helfenstein, et vous recevrez de l'aide en toutes situations.
