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Kevin Schläpfer (à gauche) et Arno Del Curto sont deux icônes du hockey sur glace suisse.
Kevin Schläpfer (à gauche) et Arno Del Curto sont deux icônes du hockey sur glace suisse. image: pius kohler
Ice master Zaugg

Del Curto: «Je ne veux plus entraîner, même si on m'offre des millions»

Véritables dieux du hockey suisse quand ils étaient entraîneurs, Arno Del Curto et Kevin Schläpfer sont désormais très loin des projecteurs. Le premier a définitivement rangé son tableau blanc. Le second est directeur sportif du modeste Langenthal. Interview croisée de ces deux légendes.
28.12.2021, 18:3128.12.2021, 18:45
klaus zaugg, bruno wüthrich

Quand on pense au hockey sur glace en Suisse, la bobine d'Arno Del Curto (65 ans) vient tout de suite à l'esprit. Le «Sorcier» a passé 22 ans (!) sur le banc du HC Davos, avant une dernière pige à Zurich pendant la saison 2018-2019.

Exténué par ce métier, il vit désormais en Haute-Argovie (BE). C'est aussi l'endroit qu'a choisi Kevin Schläpfer (51 ans), autre figure mythique de ce sport. L'ancien directeur sportif et entraîneur de Bienne travaille depuis 2019 pour le SC Langenthal (BE), actuel quatrième de Swiss League. L'occasion de réunir les deux légendes pour une interview pleine de passion et d'anecdotes croustillantes.

C'est fini pour vous deux, la grande scène de la National League. Désormais, votre quotidien, c'est la province et plus précisément la région de Langenthal.
ARNO DEL CURTO: La grande scène ne me manque pas du tout. Même si on me proposait des millions, je ne voudrais plus y revenir. Je suis content de ne plus être sous les projecteurs.
KEVIN SCHLÄPFER: La province? Hé, Langenthal est une très bonne adresse dans le hockey! J'ai terminé ma carrière de joueur ici et j'ai rencontré beaucoup de bonnes personnes. Et pouvoir travailler avec de bonnes personnes est crucial pour moi, que ce soit sur la grande ou la petite scène.

Mais vous aviez le statut de «Dieu du hockey» à Bienne et vous étiez le candidat idéal pour le poste de sélectionneur national.
KS: Il ne faut pas surestimer ça. Bien sûr, on est flatté quand il y a des éloges, et ce serait mentir de dire qu'on n'aurait pas aimé ça. Mais plus on a de succès, plus les attentes sont élevées. Je l'ai ressenti à l'époque de mon engagement à Kloten (ZH). Tout le monde se disait: «Maintenant que Schläpfer est là, tout va s'arranger». Mais ce n'est pas si simple.

Vous reviendriez sur le devant de la scène?
KS: Le hockey est ma passion et le travail d'entraîneur l'est toujours. Mais je ne veux pas forcer les choses. Aujourd'hui, je réfléchirais longuement à une offre et je ne me lancerais plus aussi facilement. A l'époque, je n'avais pas suffisamment remis en question l'offre de Kloten.

Kevin Schläpfer aimerait bien revenir derrière la bande.
Kevin Schläpfer aimerait bien revenir derrière la bande. image: keystone

Un retour est possible pour vous, Arno?
ADC: En aucun cas. Tout au plus, j'irai de temps en temps sur la glace à Langenthal avec Kevin et les tout petits.

Arno Del Curto
Né le 23 juillet 1956.
Carrière de joueur:
Pas de carrière de joueur en LNA à cause d'une blessure.
Principaux postes d'entraîneur:
- 1989 à 1991 Herisau (LNB)
- 1991 à octobre 1993 Zurich Lions
- 1994 à 1996 Lucerne et équipe de Suisse M20
- 1996 au 27 novembre 2018 Davos
- 14 janvier 2019 à avril 2019 Zurich Lions
Activités actuelles:
- Développement de projets immobiliers et de construction.
Principaux succès:
- Champion suisse 2002, 2005, 2007, 2009, 2011 et 2015 (Davos)
- Coupe Spengler 2000, 2001, 2004, 2006 et 2011 (Davos)

Pourquoi?
ADC: Après presque 40 ans dans ce métier, j'en ai tout simplement eu assez. En tant qu'entraîneur, il faut apporter de l'énergie dans les vestiaires. Tous les jours. Mais dernièrement, je n'étais plus en mesure de le faire.

Pour Arno Del Curto, le hockey sur glace, c'est de l'histoire ancienne.
Pour Arno Del Curto, le hockey sur glace, c'est de l'histoire ancienne. image: keystone

Comment ça se fait?
ADC: Tout est toujours pareil. A la fin, quand on se déplaçait pour les matchs à l'extérieur, je savais sur quels toits des maisons que nous apercevions en chemin il manquait des tuiles! Tout devient routinier, les patinoires sont identiques et les questions sont toujours les mêmes. Même la météo semble être toujours la même à un moment donné, et les problèmes sont de toute façon toujours les mêmes.

Mais vous n'avez pas l'air de quelqu'un qui n'a plus d'énergie.
ADC: C'est vrai. L'énergie est revenue. Aujourd'hui, je pourrais de nouveau prendre en charge une équipe. Mais je n'ai plus envie, et si l'envie manque, il n'est plus possible d'aller de l'avant tous les jours, de convaincre les joueurs d'une vision et de les emmener avec moi sur le chemin.

«J'échouerais si j'acceptais un poste d'entraîneur pour l'argent. Je préférerais manger du pain sec. Aujourd'hui, j'aime mieux regarder le football à la télévision»
Arno Del Curto

Le football plus que le hockey sur glace?
ADC: Oui. Je ne regarde plus le hockey. Les play-offs de NHL sont la seule exception.
KS: Je comprends très bien Arno. C'est la même chose avec l'énergie, comme il le dit. J'en ai fait moi-même l'expérience quand j'ai dû être derrière la bande en béquilles à cause de ma blessure au genou. Je n'étais tout simplement plus en mesure d'apporter cette énergie nécessaire dans les vestiaires. Les joueurs l'ont tout de suite ressenti et c'est pourquoi ça n'a plus fonctionné. J'ai alors dit à Martin Steinegger (ndlr: le directeur sportif de Bienne) que je n'avais plus d'énergie et qu'à sa place, je réagirais. C'est ainsi que j'ai été licencié.
ADC: Mais tu es encore jeune...
KS: Jeune? J'ai été joueur, directeur sportif et entraîneur pendant plus de 30 ans.

Mais, contrairement à Arno, avez-vous envie de trouver un job d'entraîneur?
KS: Entre-temps, j'ai fait le plein d'énergie. Et oui, j'ai encore envie. Je souhaite être encore une fois à la tête d'une équipe.

Vous dites, Arno, avoir été perfectionniste comme entraîneur. Avez-vous un exemple?
ADC: Après un match, j'ai marché pendant des heures dans les bois pour imaginer dans les moindres détails ce que je voulais dire le lendemain dans le vestiaire et changer dans le jeu. Les mots, le volume, le ton, la grammaire, le contenu, la tactique: les passes courtes, les passes longues, le pressing, le contre-pressing. J'ai tout imaginé, tout réglé et tout mémorisé jusqu'à ce que tout soit parfait. J'étais comme en transe, mais ça marchait.

«Ma famille devait à chaque fois me ramener à la réalité. Ce n'est qu'à partir de 2010 environ que j'ai réalisé qu'il y avait autre chose dans la vie que le hockey sur glace. J'ai même raté la confirmation de mon fils»
Arno Del Curto

KS: C'est la même chose pour moi. Moi aussi, après un match, j'ai passé des heures à marcher dans la nuit pour mettre de l'ordre dans mes idées et préparer ce que je voulais dire aux joueurs le lendemain. Je suis heureux de voir que mon modèle d'entraîneur a fait de même. Beaucoup de gens pensent que je suis un entraîneur chaotique, mais j'étais toujours prêt à 100% dans ma tête pour chaque situation.
ADC: On a aussi dit et écrit ça sur moi.

Arno Del Curto a tout donné pour le hockey pendant 40 ans.
Arno Del Curto a tout donné pour le hockey pendant 40 ans. Image: KEYSTONE

Etes-vous donc un anticonformiste, comme on l'a dit et répété?
ADC:
Peut-être un anticonformiste qui est devenu un peu sage. Je dis toujours ce que je pense. Même si 700 personnes ne sont pas d'accord avec moi, je reste sur mes positions si je pense qu'elles sont justes.

Certains disent qu'un parallèle existe entre vos carrières sur le fait que vous n'avez vraiment réussi chacun que dans un seul club, l'un à Bienne et l'autre à Davos (GR).
ADC: Ce n'est pas vrai. Avant d'aller à Davos, j'ai entraîné différentes équipes. Avec Herisau (AR), on avait atteint les play-offs de LNB. A Lucerne, on est montés dans des conditions très difficiles et avec Zurich, on avait éliminé le Lugano de John Slettvoll en play-offs.

Au total, Arno Del Curto a fêté onze titres dans sa carrière d'entraîneur, tous avec le HC Davos.
Au total, Arno Del Curto a fêté onze titres dans sa carrière d'entraîneur, tous avec le HC Davos. image: keystone

On faisait référence à vos 22 ans passés à Davos.
ADC:
Je vois les choses autrement! Pendant ma période à Davos, j'ai reçu des offres de presque tous les clubs du championnat. Tous me connaissaient et me voulaient quand même. Ça signifie donc que l'on partait du principe que je pouvais réussir partout.

Mais vous n'avez accepté aucune de ces offres.
ADC: Effectivement. Parce que nous recrutions sans cesse des jeunes joueurs. Je ne pouvais donc pas quitter le club après quelques mois. Aujourd'hui, je n'ai qu'un seul regret: ne pas avoir accepté l'offre de Saint-Pétersbourg. Je l'avais acceptée, dans un premier temps. Mais j'ai annulé quelques jours plus tard, quand je suis allé en voiture à Davos et que j'ai compris que je ne pouvais tout simplement pas laisser tomber le HCD.
KS: Pour moi aussi, l'affirmation selon laquelle je n'ai réussi comme entraîneur qu'à Bienne n'est tout simplement pas juste. Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai eu que cette seule occasion.

Kevin Schläpfer
Né le 24 novembre 1969.
Carrière de joueur:
- 1986 à 2006
- A Lugano, Zoug, Olten, Lausanne, Langnau, Coire, Bienne et Langenthal
- 212 matchs de LNA (59 points)
- 598 matchs de LNB (538 points)
Principaux postes d'entraîneur et directeur sportif:
- 2006 à 2013 directeur sportif à Bienne
- 2010 au 14 novembre 2017 entraîneur à Bienne
- 24 octobre 2017 au 6 avril 2018 entraîneur à Kloten
- Depuis 2019 directeur sportif à Langenthal
Principaux succès:
- Champion suisse en 1990 (Lugano)
- Montée en LNA en 1993 (Olten)
- Montée en LNA en 1998 (Langnau)
- Montée en LNA en 2000 (Coire)

Mais vous avez eu une deuxième chance à Kloten en 2018.
KS:
Oui, je l'ai obtenue grâce à mon expérience à Bienne. On ne peut quand même pas affirmer, après deux mandats seulement, que je ne réussis que dans un seul club. J'étais complètement rétabli de mes problèmes de santé qui m'avaient coûté mon poste à Bienne après six années de succès, et je voulais donc absolument reprendre mon travail de coach.

«L'offre de Kloten est donc arrivée à point nommé. Je l'ai acceptée sans trop savoir dans quoi je m'engageais. C'était une erreur. Mais j'ai beaucoup appris et cette expérience m'aidera beaucoup à l'avenir»
Kevin Schläpfer
En 2018, Kevin Schläpfer n'avait pas réussi à sauver Kloten de la relégation en Swiss League. Il avait été remplacé juste avant le barrage.
En 2018, Kevin Schläpfer n'avait pas réussi à sauver Kloten de la relégation en Swiss League. Il avait été remplacé juste avant le barrage. Image: KEYSTONE

Kevin, contrairement à Arno, vous n'avez jamais eu la chance d'entraîner une équipe de haut de tableau.
KS: Mais en six ans, j'ai atteint trois fois les play-offs avec Bienne alors qu'on avait probablement le plus petit budget de la LNA. Ambri, Langnau et les Lakers réunis n'ont pas été aussi souvent en play-offs durant cette période.
ADC: Kevin a réussi à Bienne quelque chose que je place aussi haut qu'un titre. Il a fait évoluer une équipe. Sans son travail, le HC Bienne ne serait pas là où il est aujourd'hui. Mais Kevin ne peut pas parler de titres avec le recul. C'est différent pour moi: si on devait me critiquer, je pourrais évoquer les titres de champion, les victoires en Coupe Spengler et d'autres distinctions.

Kevin Schläpfer, ici en mars 2016, a connu des moments périlleux sur le banc du HC Bienne.
Kevin Schläpfer, ici en mars 2016, a connu des moments périlleux sur le banc du HC Bienne. Image: KEYSTONE

Kevin peut tout de même se targuer d'avoir remporté deux barrages contre la relégation en LNB. Alors un entraîneur qui lutte avec succès contre la relégation peut-il aussi devenir champion? Et inversement: un entraîneur champion peut-il avoir du succès dans la lutte contre la relégation?
KS: Je pense que oui. Ces deux barrages ont été pour moi la meilleure école de vie. Il n'y a pas de situation plus extrême. Il ne s'agit pas seulement de l'existence sportive. Il s'agit aussi des emplois des joueurs et même de l'existence du club dans son ensemble. Il n'y a plus de marge de manœuvre. Il est interdit de perdre. Ce n'est plus seulement un jeu. Voir comment les gens autour de toi se comportent dans cette situation est une expérience qui n'a pas de prix.
ADC: Mais tu as aussi un goût amer quand tu perds le titre après le septième match décisif de la finale.
KS: Oui, bien sûr. En tant que joueur, j'ai aussi perdu une finale avec Lugano. Mais deux heures après la dernière défaite décisive, on fumait des cigares qu'on avait pris avec nous. Après une relégation, tu ne fumes pas de cigares. Tu dois juste essayer de rentrer chez toi sain et sauf. Toute ma vie, je serai reconnaissant d'avoir pu gagner ces deux barrages.

Une interview en collaboration avec le magazine mensuel WURZEL.

Adaptation en français: Yoann Graber

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