Sport
Jeux olympiques

Pentathlon aux JO: les sports équestres menacés

Pour les cavaliers, la révolte vient de partout.
Pour les cavaliers, la révolte vient de partout.Image: EPA

Des groupes réclament que les sports équestres soient éjectés des JO

Après la violente séquence d'Annika Schleu lors du pentathlon à Tokyo, des mouvements, portés par une opinion publique choquée, réclament l'interdiction des sports équestres.
16.08.2021, 18:5016.08.2021, 18:50
Laure Dasinieres / slate

Les images sont terribles. Sur la vidéo, on voit un cheval, «Saint Boy», qui montre de nombreux signes de détresse: oreilles en arrière, queue qui fouaille, oeil écarquillé dont on voit largement le blanc, rétivité. On voit aussi une cavalière, l'Allemande Annika Schleu, extrêmement tendue, en pleurs, qui donne des coups de cravache et d'éperons. La scène qui s'est déroulée lors de l'épreuve de pentathlon moderne féminin aux JO de Tokyo a fait réagir les téléspectateurs et les internautes qui, souvent, découvraient du même coup la discipline sportive.

Largement en tête du pentathlon moderne, Annika Schleu est éliminée après le refus de sauter de son cheval tiré au sort.

La vive réaction des internautes sanctionne également les commentateurs sportifs qui, dans leurs propos, ont rejeté toute la responsabilité de cet échec sur le cheval, le traitant ici de «carne» ou usant là d'un champ lexical l'assimilant davantage à une machine qu'à un être sentient qui se trouve objectivement dans une situation qui le fait souffrir.

Sensibilité au bien-être animal

Cette scène est d'autant plus choquante que, par la suite, on a pu voir également une vidéo dans laquelle la coach d'Annika Schleu, Kim Raisner, donne un coup dans la croupe du cheval - elle a été disqualifiée des JO pour ce geste.

Annika Schleu n'aura, elle, pas été autrement sanctionnée que par son élimination. Quant à «Saint Boy», la Fédération a signalé qu'il se portait bien et était de retour dans son écurie dans la préfecture de Shiga à l'ouest de Tokyo.

Alors que ces images ont fait le tour du monde, l'émoi qu'elles ont provoqué témoigne de l'évolution de l'opinion publique sur le bien-être animal au cours des dernières années. Force est de reconnaître que ces JO ont contribué à montrer le décalage qui existe entre les pratiques sportives et la manière dont nombre de personnes considèrent aujourd'hui les animaux. Dans une moindre mesure, on a également pu voir ce phénomène à l'annonce de l'euthanasie de «Jet Set», cheval de l'équipe suisse, qui s'était blessé lors de l'épreuve de course de cross.

Sans nul doute ces jeux auront-ils eu le mérite de nous interroger sur le maintien de pratiques sportives pourvoyeuses de souffrance animale.

Un tirage au sort unique en son genre

Revenons d'abord sur l'épreuve d'équitation du pentathlon moderne, une discipline peu connue en France qui ne compte qu'une dizaine de licenciés. Le pentathlon moderne, héritier du pentathlon antique, qui regroupait des épreuves de course, de javelot, de saut, de disque et de lutte, a été inclus au programme olympique pour la première fois en 1912, sous l'impulsion du Baron Pierre de Coubertin.

Il a depuis lors quelque peu évolué pour combiner quatre épreuves issues de cinq sports: la natation, l'escrime, la course à pieds et le tir, et enfin l'équitation. Lors de cette épreuve, et contrairement au sport équestre classique où chevaux et cavaliers s'entraînent ensemble pendant des années, les athlètes doivent monter des chevaux qu'ils ne connaissent pas, sur un parcours de saut d'obstacles, sans prendre de pénalité et dans le délai imparti.

La première rencontre ne se passe pas toujours bien.
La première rencontre ne se passe pas toujours bien.

Les concurrents sont associés avec leurs chevaux lors d'un tirage au sort juste vingt minutes avant le départ. Ceci est considéré comme un défi unique dans le monde du sport et comme l'un des éléments donnant au pentathlon moderne son caractère particulier. Pour les spécialistes des équidés, c'est en revanche une pratique d'un autre âge et un non-sens absolu.

«Il s'agit d'une vision absolument périmée des sports équestres. Cela va totalement à l'encontre de l'idée de partenariat humain/cheval qui est aujourd'hui valorisée. Vous connaissez beaucoup de sports où l'on tire au sort des partenaires qui devront concourir ensemble vingt minutes après? Imaginez ce que cela pourrait donner au patinage artistique!»
Hélène Roche, éthologue

«Le cheval n'est pas une machine»

Si, au sein des clubs hippiques, les chevaux savent plus ou moins s'adapter à changer régulièrement de cavaliers, on est ici dans le domaine de la compétition et de la performance, avec ce qu'il y a de stress et de contraintes visuelles ou auditives pour le cheval. «C'est totalement aléatoire, poursuit l'éthologue. On fait reposer sur le cheval toute la responsabilité d'une situation hasardeuse dont il va lui-même souffrir.»

Si, pour Courbertin, l'idée était de montrer sa capacité de maîtrise, force est de reconnaître que l'enjeu annoncé est davantage de prouver sa faculté à dominer un animal. «Mais le cheval n'est pas un objet, ni une machine», insiste Hélène Roche. La seule chose qu'aurait pu faire Annika Schleu dans l'immédiat était de se détendre, de prendre le temps et d'essayer de rassurer «Saint Boy». Elle ne l'a pas fait.

epa09400054 Annika Schleu of Germany on Saint Boy after hitting an obstacle as they compete in the Show Jumping portion of the Modern Pentathlon event at the Tokyo 2020 Olympic Games at the Tokyo Stad ...
Après «Saint Boy», Annika Schleu a perdu son calme.Image: EPA

A la suite de cet épisode, la Fédération internationale a annoncé que l'épreuve serait simplifiée en vue des JO de Paris en 2024.

Les changements à l'étude

Les dirigeants de l’UIPM ont prévu de mettre en place à partir de 2022 une épreuve d’équitation «avec moins d’obstacles et des obstacles moins hauts et plus simples». En revanche, le principe du tirage au sort des chevaux, particularité du pentathlon moderne, n’est pas remis en question.

Il n'en demeure pas moins que cette affaire place sur le devant de la scène une question débattue depuis des années par les animalistes: l'abolition des sports équestres vus comme de l'exploitation animale.

Besoins fondamentaux

Marie est une amoureuse des chevaux, ce qui l'a conduit, il y a cinq ans, à ouvrir son propre centre équestre, un centre qu'elle espérait plus respectueux du bien-être équin que ceux qu'elle avait précédemment fréquentés. Mais il y a six mois, elle l'a fermé: «J'en ai eu marre de devoir en permanence faire l'arbitrage entre le porte-monnaie et le bien-être des chevaux», regrette-t-elle. Aujourd'hui, elle continue de s'occuper de ses chevaux, mais sans faire le commerce de leur exploitation.

Pour elle, il y a de nombreuses choses à faire évoluer dans les centres, à commencer par l'hébergement des chevaux, qui devraient avoir la possibilité de sortir régulièrement et de manger à volonté.

«Pour améliorer les conditions de vie des chevaux destinés au sport équestre, il faut partir de critères subjectifs centrés sur le cheval»
Hélène Roche

Selon l'éthologue, trois grandes conditions sont à réunir: lui permettre le contact avec ses congénères, lui assurer une liberté de mouvements ainsi que la possibilité de manger des fibres à volonté. «Il faut également être constamment vigilant aux signes de mal-être (agressivité, hyper-vigilance, posture de retrait, stéréotypies) et savoir respecter les capacités physiques et cognitives du cheval», prône-t-elle. Pour elle, dès lors que les besoins fondamentaux du cheval sont comblés, on peut lui proposer des activités sur son «temps libre», un peu comme nous lorsque nous faisons du sport.

Le cheval aussi a besoin de sortir avec les potes.
Le cheval aussi a besoin de sortir avec les potes.

Consentement

Florence Dellerie, autrice et illustratrice scientifique indépendante, militante pour la prise en compte rationnelle des intérêts de tous les individus sentients, qu'ils soient humains ou non et autrice du site «Questions animalistes», récuse fortement cette posture qui, selon elle, «ne sert qu'à conditionner le cheval pour qu'il accomplisse les tâches qu'on attend de lui. Elle n'est donc pas plus éthique que les méthodes traditionnelles, puisqu'elles visent le même objectif: utiliser un être sentient pour le plaisir et la satisfaction des êtres humains -gain, loisir, performance, etc.»

Pour elle, il faut aujourd'hui rebattre les cartes et reconsidérer la question du consentement chez l'animal ou, tout du moins, interroger nos pratiques consistant à élever des animaux non-humains pour les asservir et leur imposer des choses qui ne participent pas à leur bien-être et où toute rébellion est sanctionnée par des actes de maltraitance.

Elle propose une approche raisonnée de l'abolitionnisme:

«Il faut faire les choses très progressivement en commençant par interdire les épreuves de sport équestre et en cessant la reproduction forcée. Et créer des réserves où les chevaux peuvent vivre dans les meilleures conditions possibles»
Florence Dellerie, autrice et illustratrice scientifique indépendante

Quoi que ne se revendiquant pas du mouvement animaliste, Marie valide en partie ces propositions, notamment sur le contrôle des naissances: «C'est grâce aux animalistes que l'on obtient des avancées réglementaires. Ils font bien trembler les plus pourries de ma filière, pourvu que ça dure!»

Plus d'articles sur le sport
La lutte suisse se bat pour ne pas tomber dans les travers du foot
La lutte suisse se bat pour ne pas tomber dans les travers du foot
de Martin probst et Marcel Kuchta
Servette sur le point de réaliser le casse du siècle
1
Servette sur le point de réaliser le casse du siècle
de Romuald Cachod
«La VAR a modifié notre manière d’analyser les matchs»
«La VAR a modifié notre manière d’analyser les matchs»
de Julien Caloz
Yakin en mission désespérée pour retenir la pépite du foot suisse
Yakin en mission désespérée pour retenir la pépite du foot suisse
de Romuald Cachod
Chers clubs suisses, arrêtez de vous plaindre!
1
Chers clubs suisses, arrêtez de vous plaindre!
de Sebastian Wendel
Ce Portugais a «appris le ski sur YouTube» et vit son rêve en Romandie
Ce Portugais a «appris le ski sur YouTube» et vit son rêve en Romandie
de Yoann Graber
Alex Frei se bat pour régler un gros problème de la Nati
1
Alex Frei se bat pour régler un gros problème de la Nati
de Sebastian Wendel, François Schmid-Bechtel
Très mauvaise nouvelle pour le football suisse
Très mauvaise nouvelle pour le football suisse
de Jakob Weber
La pépite du foot suisse a choisi entre la Nati et l'Italie
1
La pépite du foot suisse a choisi entre la Nati et l'Italie
de Julien Caloz
Il organise son record de France... en Suisse
Il organise son record de France... en Suisse
de Romuald Cachod
«Voir ma famille souffrir après mon licenciement de la Nati a été difficile»
1
«Voir ma famille souffrir après mon licenciement de la Nati a été difficile»
de Etienne Wuillemin
Le cyclisme suisse franchit un nouveau cap
Le cyclisme suisse franchit un nouveau cap
de Romuald Cachod
Cinq choses à savoir sur le nouveau crack du foot suisse
1
Cinq choses à savoir sur le nouveau crack du foot suisse
de Julien Caloz
Le casque de cet ex de Gottéron cache une histoire touchante
Le casque de cet ex de Gottéron cache une histoire touchante
de Yoann Graber
Ils rêvent de voler à la Suisse la pépite du FC Sion
1
Ils rêvent de voler à la Suisse la pépite du FC Sion
de Romuald Cachod
Le terrain de ce club romand est méconnaissable
Le terrain de ce club romand est méconnaissable
de Julien Caloz
La vidéo de présentation de cette star contient une grossière erreur
La vidéo de présentation de cette star contient une grossière erreur
de Yoann Graber
Cette technologie de la Fifa vous trompe
Cette technologie de la Fifa vous trompe
de Jan Schultz
Zoug prépare un gros coup sur le marché des transferts
Zoug prépare un gros coup sur le marché des transferts
de Klaus Zaugg
La Suisse et l’Italie vont se battre pour ce crack du foot
1
La Suisse et l’Italie vont se battre pour ce crack du foot
de Julien Caloz
Gianni Infantino dévoile un nouveau projet démesuré
1
Gianni Infantino dévoile un nouveau projet démesuré
de Romuald Cachod
Cet ex-de Gottéron peut fausser tout le championnat
Cet ex-de Gottéron peut fausser tout le championnat
de Klaus Zaugg
«Dégueulasse!»: la non-invitation de Wawrinka à l'US Open fait scandale
«Dégueulasse!»: la non-invitation de Wawrinka à l'US Open fait scandale
de Yoann Graber
Fin de carrière pour ce footballeur romand: «Je suis un peu mitigé»
Fin de carrière pour ce footballeur romand: «Je suis un peu mitigé»
de Sven Papaux
La Nati a un problème de plus en plus grave avec sa relève
La Nati a un problème de plus en plus grave avec sa relève
de Sebastian Wendel, François Schmid-Bechtel
Lausanne est forcé de ressortir un maillot improbable à Lucerne
Lausanne est forcé de ressortir un maillot improbable à Lucerne
de Yoann Graber
«C'est notre Champions League»: le pari fou de ces Romands
«C'est notre Champions League»: le pari fou de ces Romands
de Yoann Graber
Les Jeux olympiques de Tokyo, en images
1 / 28
Les Jeux olympiques de Tokyo, en images
Les feux d'artifice au-dessus du stade olympique, lors de la cérémonie d'ouverture le 23 juillet.
source: keystone / keystone
partager sur Facebookpartager sur X
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
La pionnière de l'arbitrage suisse va reprendre du service
L’ancienne arbitre jurassienne ressortira ses cartons samedi, à l’occasion d’un événement footballistique très particulier.
Nicole Petignat est l’un des grands noms du football suisse, dont elle a marqué l’histoire au fil de sa carrière. Elle a notamment dirigé la finale de la Coupe du monde féminine en 1999 et celle de l’Euro en 2001. Le 14 août 2003, elle est également devenue la première femme à arbitrer une rencontre de Coupe de l’UEFA (AIK Stockholm - Fylkir Reykjavik). Pionnière en Suisse aussi, elle a été la première femme à officier lors de matches du championnat masculin et de la Coupe de Suisse, dont elle a même dirigé la finale en 2007. Retirée des terrains depuis 2008, la Jurassienne s’apprête à reprendre du service ce samedi.
L’article