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Ski: «Marco Odermatt renonce à beaucoup d'argent»

Ski: «Marco Odermatt renonce à beaucoup d'argent»
Marco Odermatt (à droite) et son manager Michael Schiendorfer posent avec les trophées remportés la saison dernière par le Nidwaldien.
image: dr

Cette offre improbable que Marco Odermatt a rejetée

Michael Schiendorfer, 57 ans, est le manager de Marco Odermatt. Il nous parle du mental exceptionnel du Nidwaldien, de la gestion de sa carrière et d’une offre complètement folle en provenance du Kazakhstan. Interview.
01.11.2025, 18:5301.11.2025, 21:01
François Schmid-Bechtel

Michael, après sa victoire à Sölden, Marco Odermatt a déclaré: «Cet été, je ne pouvais pas me sortir de la tête cette impression que je ne pouvais plus que perdre». Vous êtes-vous inquiété pour votre athlète?
Non. Nous travaillons ensemble depuis bientôt dix ans. L’essentiel, c’est que la motivation soit là. Il faut garder à l’esprit que ces jeunes femmes et hommes risquent leur peau à chaque entraînement et à chaque course. Qu’un athlète aussi accompli que Marco fasse cette réflexion et en parle avec sa préparatrice mentale, mais aussi avec ses proches et ses amis, est tout à fait sain.

Heureusement, tout cela n'a eu aucune influence sur sa préparation.
Peut-être parce qu’il se connaît très bien et qu’il écoute attentivement ce qui se passe en lui. Cela me mène à penser que Marco est plus fort que jamais, mentalement parlant. C’est un athlète exceptionnel, cela ne fait aucun doute sur le plan sportif.

«Mais être un athlète exceptionnel implique aussi de se remettre constamment en question et d’analyser ses propres actions»

Au risque d'en arriver à la conclusion suivante, malgré une condition physique irréprochable: «J'arrête».
Oui. Ce sport à haut risque ne laisse aucune place à la demi-mesure. Marco prend deux semaines de vacances chaque été, ainsi que cinq jours supplémentaires au cours de l’année. Tous les autres jours, il se consacre entièrement à son sport et est prêt à donner énormément. Il est donc tout à fait logique qu’il se pose parfois des questions sur le sens de ce qu’il fait. C’est pourquoi, au-delà de la santé, la motivation et le plaisir restent des facteurs déterminants de réussite.

Ce sujet n’était probablement pas encore sur la table il y a cinq ans.
Parce qu’il n’était pas encore quadruple vainqueur du classement général de la Coupe du monde, tout simplement. Ce genre de questions vient avec le succès. Il y a six mois, certaines personnes m’ont dit que sa saison n'avait pas été si bonne que cela...

Comment avez-vous réagi?
Avec une grande incompréhension et en citant des faits: depuis 2025, Marco fait partie des trois seules personnes à être devenu champion du monde dans trois disciplines différentes. Il est également l’un des quatre hommes à avoir remporté, la même année, les classiques d’Adelboden, Wengen et Kitzbühel. Et il a triomphé pour la quatrième fois au classement général de la Coupe du monde.

«Les attentes envers lui deviennent presque inimaginables»

Où puise-t-il sa motivation pour rester au sommet?
Dans sa motivation intrinsèque. Mais aussi dans la vie de tous les jours, avec ses coéquipiers. Il se réjouit sincèrement lorsque Justin Murisier remporte sa première course ou que Thomas Tumler accède au sommet. Il sait accepter que d’autres membres de l'équipe soient parfois plus rapides que lui, car ce n’est pas un type tendu ou crispé. Un jour viendra où Marco ne sera plus le meilleur.

Et que se passera-t-il alors?
Je ne sais pas. Mais ce dont je suis sûr, c’est qu’il acceptera la situation avec dignité et respect, car il sera préparé à cette éventualité. Heureusement, nous n'en sommes pas encore là.

Vous avez raison: il est déjà en tête du classement de la Coupe du monde, après sa victoire à Sölden. Il y avait beaucoup de soulagement dans la raquette d'arrivée.
D’une part, parce qu’il avait été éliminé sur cette même piste l’an dernier. D’autre part, parce qu’il ne sous-estime jamais Sölden.

Que voulez-vous dire par là?
Beaucoup prennent Sölden à la légère, car ce n’est que l’ouverture de la saison. Mais à Sölden, on obtient une première indication pour se situer face à la concurrence, une première occasion d’entrer dans le bon flow.

«Si la course ne se passe pas bien, le risque est grand de commencer à trop cogiter, ce qui fait gaspiller inutilement de l’énergie»
Marco Odermatt a mis les points sur les i en Autriche.
Marco Odermatt a mis les points sur les i en Autriche.image: Anna Szilagyi

Vous évoquiez le peu de jours de vacances. Quel est le risque que le programme annexe de marketing et de relations publiques, en plus de l’entraînement et des courses, devienne trop lourd et l'épuise?
Nous y veillons de très près et en parlons régulièrement. Marco sait parfaitement évaluer ce qu’il peut accomplir chaque jour. Pour lui, l’entraînement reste la priorité absolue. C’est pourquoi, nous faisons toujours en sorte que, même lors des journées consacrées aux sponsors, il ait du temps pour s’entraîner.

«Il ne tolérerait jamais de négliger trois jours consécutifs d’entraînement au profit des apparitions publiques»

C'est comme un don naturel.
Il a eu la chance de grandir dans une famille formidable et il est entouré de personnes bienveillantes qui partagent ses valeurs. Beaucoup, dans son entourage, pensent comme lui: la santé passe avant l’argent. C’est pourquoi nous devons refuser des sollicitations presque chaque jour. Mais toujours avec la conviction de faire ce qu’il y a de mieux pour Marco. Vous savez, certains athlètes ont mis fin à leur carrière au même âge que lui, épuisés ou parce que d’autres priorités ont pris le dessus dans leur vie.

Cela signifie-t-il que Marco Odermatt renonce à de l’argent?
Oui, et pas qu’un peu: à beaucoup d’argent.

Pouvez-vous quantifier cela?
On parle chaque année d’un montant à six chiffres qu’il pourrait facilement encaisser en plus. Mais c’est justement l’un des traits que j’admire chez lui: il refuse de se laisser tenter par, disons, deux jours de ski avec un multimillionnaire au Kazakhstan.

Cette offre a-t-elle vraiment existé?
Oui.

Pour combien?
150 000 francs.

Vous dites deux jours de ski, c'est bien cela?
Oui. Nous nous sommes immédiatement mis d’accord: nous ne nous lançons pas dans ce genre de choses. De même, se produire sur une scène pour un montant quelconque n’est pas adapté à un athlète du niveau de Marco Odermatt. S’il s’était laissé entraîner dans ce type d’engagements, il n’aurait jamais obtenu ses succès. Il dispose d’une liste de priorités claires. Il honore ses engagements envers ses sponsors et regroupe plusieurs missions en une seule journée. Là où d’autres échoueraient, lui y parvient. Là où certains certains sont nerveux avant une apparition, Marco, lui, peut enchaîner cinq interventions dans la même journée.

«C’est une qualité exceptionnelle»

Son modèle est Bernhard Russi. Etes-vous animé par l’idée de faire de Marco Odermatt le prochain Russi?
Je pense que Russi a tout fait correctement et est donc devenu un modèle aux yeux du public. J’ai grandi avec lui, je l’ai suivi et j’ai même eu la chance de le rencontrer plus tard. Il a expérimenté beaucoup de choses, il a aussi commis des erreurs, mais il les a toujours assumées.

Marco Odermatt (à gauche) aux côtés de Bernhard Russi.
Marco Odermatt (à gauche) aux côtés de Bernhard Russi.image: Sven Thomann

Comme Russi, Odermatt doit-il rester lié au ski après sa carrière et continuer à être une figure majeure en Suisse?
Il doit d’abord en avoir l’envie, et le public doit également le vouloir.

Mais vous savez qu'aucun sportif n'est plus populaire que lui en Suisse.
Rester authentique est déterminant dans ce contexte. Et c’est précisément ce que fait Marco. S’il est en colère, il ne le cache pas. Quand il rentre en bus avec son fan-club, ce n’est pas une mise en scène de ma part. S’il a une raison de faire la fête, il célèbre pleinement. Je ne sais pas si Marco souhaite suivre un chemin similaire à celui de Russi. Mais il a la possibilité de jouer un rôle positif dans la société au-delà de sa carrière. Elle pourrait se prolonger même après sa retraite sportive. Mais tout cela reste encore loin.

D'autant qu'il a récemment prolongé pour cinq ans avec Stöckli.
Ce qui n'était pas non plus un coup de relations publiques de ma part, mais le reflet de sa conviction. Il a vraiment envie de continuer à skier à un très haut niveau pendant de nombreuses années.

«Je sais que je vais décevoir de nombreux Autrichiens en disant cela»

Vous devriez toutefois vous montrer mesuré sur le thème de la rivalité. Après tout, vous aidez au développement des talents. Comme nous l’avons appris, vous gérez depuis peu l’Autrichienne Julia Scheib. Et voilà qu'elle remporte le géant d'ouverture de Sölden.
(Rires) Oui, je me sens parfois comme un homme chanceux. Quand j’avais 14 ans, ma mère me disait: «Etre le septième enfant, né le septième jour de la semaine, donc un dimanche, ça ne peut être que du bon». Et mon père m’a confié peu avant sa mort en 1987: «Fais ce que tu aimes. Alors, un jour, tu deviendras bon. Et quelqu’un finira par te payer pour ça».

Julia Scheib a décroché la semaine dernière sa première victoire en Coupe du monde.
Julia Scheib a décroché la semaine dernière sa première victoire en Coupe du monde.image: Anna Szilagyi

Comment en êtes-vous venu à gérer Julia Scheib?
Sur recommandation d’un sponsor autrichien. On m’a demandé si je pouvais envisager de m’occuper de Julia, puis nous avons échangé et l’alchimie a été immédiate. J’ai surtout rapidement compris que Julia est une personne très indépendante.

Pourquoi a-t-elle dû attendre ses 27 ans pour remporter sa première course en Coupe du monde?
Je n’y ai contribué que très peu. Elle a su identifier les points clés du succès et elle a désormais le bon état d’esprit. Pour certaines personnes, il faut parfois un peu plus de temps. D’autres n’y parviennent jamais. Odermatt, Shiffrin, Gut-Behrami ou Hirscher font partie des exceptions.

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